GRAIN : LA MARQUE DE COSMÉTIQUE ARTISANALE ENGAGÉE D’ANAÏS BOUILLY

Depuis novembre 2018, Anaïs Bouilly s’est lancée le défi de créer une marque de cosmétique artisanale engagée. La marque Grain a vu le jour à Guipel, lieu où elle cultive le jardin médicinal qui fournit les matières premières de ses crèmes. Avec un début prometteur, Unidivers a rencontré l’initiatrice du projet pour plus de précisions. Entretien.

grain cosmétique artisanale engagée

Unidivers : Quel est votre rapport aux cosmétiques de manière générale ?

Anaïs Bouilly : J’utilise très peu de cosmétiques et pas de produits proposés en pharmacie. La composition des crèmes solaires, par exemple, même celles qui se revendiquent bonnes pour la peau, effraie un peu (rires). La création de la marque Grain a été générée par cette constatation.

« J’ai voulu fabriquer ce que je recherchais en tant que consommatrice : un produit simple avec très peu d’ingrédients, les plus locaux possibles »

Unidivers : Comment est né le projet de la marque Grain ?

Anaïs Bouilly : Avec quatre amis, nous avons acheté un terrain à Guipel pour y développer un projet de micro-ferme. Le maraîcher qui était avec nous voulait construire un maraîchage et on avait tous certaines envies. Notamment celle de faire un lieu de culture agricole qui serait un acte militant et politique de circuit court, autour du local et de productions de saison, tout en créant du lien au sein d’une commune.

Je me suis toujours intéressée aux plantes, donc me suis lancée dans la création d’un jardin médicinal après avoir acheté le terrain, il y a deux ans. J’ai suivi des formations pour la transformation en cosmétiques. La petite surface que je cultive n’est pas assez grande pour accueillir de quoi faire de la tisane. Comme je prépare mes produits depuis longtemps (crèmes, produits ménagers, etc.), Grain me semblait dans la continuité, mais à plus grande échelle.

grain cosmétique artisanale engagée

La parcelle où je cultive les plantes médicinales est labellisée bio. Je travaille avec des producteurs indépendants pour les autres ingrédients : l’huile de cameline est fournie par Daniel, Christian habite à Belle-Île en mer et s’occupe de la cire d’abeille que je reçois en vrac sans qu’elle soit chauffée. Julien et Amélie distillent et m’envoient l’hydrolat de mélisse. Ceux sont de très belles matières premières françaises, sans déchets, point important dans la démarche.

Unidivers : Qu’est-ce qu’un cosmétique artisanal engagé ? Comment définir la marque Grain ?

Anaïs Bouilly : À travers l’engagement de la marque Grain, j’ai voulu transmettre la simplicité, le retour au bon sens de consommer des produits qui n’impactent ni d’autres humains ni l’environnement, et qui sont bons pour soi. Permettre à l’économie locale de fonctionner, utiliser la démarche du circuit court, faire qu’un producteur gagne mieux sa vie. Car aujourd’hui, malheureusement, ce n’est pas le cas. Toute cette politique relève d’un cercle vertueux.

MARQUE GRAIN GUIPEL

Unidivers : Comment avez-vous choisi le nom de la marque Grain ?

Anaïs Bouilly : Je rêvais d’appeler le projet Pétrichor, l’odeur de la terre après la pluie, mais mon entourage me l’a déconseillé (rires).

Le mot grain évoque le côté simple de la marque et le rapport à la graine, base de tout – des plantes, de l’huile, etc. Il se réfère également au grain de peau et en tirant un peu, au grain breton. Je voulais ce rapport à la pluie, à la culture sous la pluie… ce mot regroupe autant d’idées cohérentes avec le projet.

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Produits de la gamme Grain

Unidivers : Comment avez-vous déterminé la gamme de produits ?

Anaïs Bouilly : Après une étude de marché, j’ai constaté qu’il n’existait quasiment pas de cosmétiques en crèmes en Ille-et-Vilaine. J’ai vite compris pourquoi. Avec la batterie de tests pharmaceutiques à réaliser, la mise en œuvre s’avère longue, à un prix exorbitant. De nombreuses personnes ont renoncé à un projet du même style à cause de ce genre de difficultés. J’ai moi-même failli lâcher en cours de route.

La gamme devait être plus large, mais la validation de chaque produit coûte mille euros. Dès l’instant où l’eau devient un ingrédient — c’est ce qui permet de créer une émulsion donc une crème — une ribambelle de tests est à prévoir. Car c’est là que le développement microbien est le plus risqué (plus qu’avec de l’huile ou des baumes) : des tests allergènes et des challenges tests : un test microbio qui accélère le vieillissement du produit. Le laboratoire le conserve pendant trois mois afin de voir si des bactéries ou moisissures s’y développent.

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Unidivers : Comment avez-vous choisi les ingrédients qui composent vos produits ?

Anaïs Bouilly : Je cherchais des ingrédients locaux et bons pour la peau. La première interrogation a été de trouver quelles plantes étaient adaptées au climat breton pour mon jardin médicinal. Sur douze variétés, seulement certaines ont tenu sur le terrain puis ont été acceptées par les laboratoires. Finalement, il n’en reste plus que trois.

Le cheminement a été le même pour l’huile de cameline. Beaucoup de produits artisanaux sont réalisés à base d’huile de coco, de tournesol ou d’olive qui n’ont aucune vertu pour la peau. L’huile de cameline est une huile sèche antioxydante, elle pénètre très vite et n’est pas grasse. Les hydrolats de mélisse sont produits localement, à un coût raisonnable, et ont aussi des vertus pour la peau.

 

MARQUE GRAIN GUIPEL BOUILLY

Unidivers : À quel type de peau s’adresse votre gamme ?

Anaïs Bouilly : Les enfants, les adultes, les peaux sensibles, mixtes et grasses. Les produits Grain ne contiennent pas d’allergènes. En cela, ils constituent un produit de base pour tout le monde. Il suffit d’adapter la dose à son type de peau. Une personne qui aura la peau sèche en mettra plus que celle qui a la peau grasse. Je conseille généralement deux coups de pompe pour la crème visage.

Unidivers : Quelle est l’importance de la transformation des produits à froid ?

Anaïs Bouilly : Cette technique permet de conserver les principes-actifs des ingrédients (plantes et huiles) et de ne pas dénaturer leurs propriétés. Seule la cire d’abeille est chauffée pour le baume. À partir du moment où ils subissent une chauffe, les produits sont altérés et la transformation à froid empêche ça. L’ingrédient reste vivant.

Unidivers : Jusqu’à présent, avez-vous rencontré des difficultés dans la visibilité de vos produits ?

Anaïs Bouilly : L’univers de la cosmétique artisanale engagée se rapproche énormément de celui du zéro déchet. Dans les marchés zéro déchet auxquels je participe, plusieurs personnes passent devant le stand sans s’arrêter ou s’arrêtent sans conviction car la gamme est conservée dans des flacons en plastique. Il s’agit de plastique recyclable, mais le contenant pose problème.

MARQUE GRAIN GUIPEL BOUILLY

Le zéro déchet, comme tout le reste, est une réflexion à avoir sur la totalité de la chaîne d’opération et pas seulement sur le produit fini, comme le voient aujourd’hui la plupart des consommateurs. Sur mon produit fini, il s’agit en effet d’un flacon en plastique et je sais que ce n’est pas idéal. Mais la chaîne de fabrication est 100 % zéro déchet, en contact direct, sans emballage ni transport aérien. Ces personnes n’achètent pas mon produit, mais un autre vendu sans emballage — savon, shampoing, etc. — composé d’huile de coco ou de beurre de karité importé de l’autre bout de la planète avec six intermédiaires et des réemballages plastiques à gogo. Le trajet, les transformations, les conditions de travail des producteurs et le nombre de déchets que le fabricant détient dans ses poubelles ne sont pas visibles sur le stand… Je ne critique absolument pas, je consomme ce genre de produits, mais je pense que tout est une question de choix et qu’aucun des deux n’est parfait.

Je travaille actuellement sur l’utilisation de contenant en verre consigné, mais c’est long à mettre en place. Utiliser un contenant en verre sans mettre en place un système de consigne et de stérilisation s’avérerait aussi polluant que le plastique, car le pourcentage du verre recyclé est infime… Dans l’idéal, le verre devrait être trié par couleurs, car ils ne sont pas recyclables de la même manière.

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Unidivers : Une actualité pour 2019 ?

Anaïs Bouilly : Je compte développer cette gamme avec des produits plus bruts et simples : des huiles de plantes pour massages, des sérums aux huiles et des baumes.

« Aller vers plus de simplicité avec de nouveaux mélanges de plantes et des nouvelles compositions »

Je ne mettrai plus d’eau dans les produits. Plutôt que de partir sur une crème, j’aimerais fabriquer des baumes en pots : des baumes cicatrisants, anti-migraines, comme du baume du tigre et des huiles de massages.

Un déodorant solide ne va pas tarder à sortir et je réfléchis actuellement à la fabrication d’un shampoing. J’en fabriquais avant pour moi, mais j’ai découvert les travers du SCI (N.D.L.R. : Sodium Cocoyle Isethoniate), un tensioactif présent dans les shampoings qui donne l’effet moussant nocif pour les océans… J’essaie de composer une formule de shampoing uniquement à base de poudre de plantes diluées. Mais comme il ne mousse pas, je ne sais pas si les gens oseraient utiliser ce genre de produits. Si je n’y parviens pas, j’opterai pour un shampoing solide. À quel point suis-je prête à faire des compromis sur un produit que je sais polluant, mais tout de même mieux que ce que l’on trouve en supermarché ? Dois-je rester intransigeante dans ma démarche ? Pleins de questionnements auquel je dois faire face…

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