Amoureuse impénitente, Macha Méril n’a jamais dissimulé sa passion des belles histoires. Éternelle jeune femme, elle croque la pomme et mort la vie depuis toujours. C’est chez elle, au cœur de Paris, qu’elle a reçu Unidivers. Une entrevue pour tous ceux qui aiment, veulent aimer ou être aimés.

Jérôme Enez-Vriad : L’amour coupable, l’amour amitié, l’amour de Dieu, l’amour d’un jour… Ce sont au total 33 nouvelles évoquant chacune un amour particulier. Ces histoires sont-elles vraies ?

Macha Méril : Elles m’ont toutes été inspirées par des faits réels dont certains relèvent d’une expérience personnelle. Je peux même vous confier que, sans être un livre à clef, plusieurs récits évoquent des personnes célèbres. Bien entendu, je tais leurs noms. L’idée maîtresse du livre tend à essayer de comprendre ce qu’est l’amour à travers plusieurs vécus.

Macha Méril
Macha Méril

A vous lire, on a le sentiment que l’amour ne suffit pas toujours pour bien le vivre, et que c’est peut-être pour ça qu’il est dans tous ses états…

Mais l’amour est un mystère depuis la nuit des temps, plus grand que celui de la vie ou de la mort ; qu’il suffise ou non importe peu du moment qu’il soit là. L’époque est aux rencontres virtuelles, tout l’inverse de ce dont nous avons besoin. Il est temps de retrouver le goût des vrais contacts. Malgré une apparente gratuité, Internet reste un commerce, et le commerce de l’amour est mortifère pour l’âme. C’est un non sens à l’idée même de la vie, de ce pour quoi nous sommes faits. Il faut vivre l’amour à bonheur perdu et seuls les contacts physiques en sont garants.

Au chapitre  L’amour africain, vous faites parler un jeune homme burkinabé : 

« A force de se demander si on les aime, les français se tordent les boyaux et se fabriquent des dysfonctionnements. (…) Ce soir une jeune fille m’a arrêté sur le parking. Une « sondeuse » m’a-t-elle dit. Elle faisait un sondage sur le président Hollande. Rebelote : elle m’a demandé si je l’aimais, si j’aimais ses ministres, lequel je préférais, etc. C’est une manie, on doit forcément aimer ou ne pas aimer. (…) Il ne me viendrait jamais à l’esprit de demander à mon père s’il « aime » notre président Blais Compaoré, comme cette jeune fille du parking. »

Pour l’africain, il existe autre chose que l’indifférence entre l’amour et le désamour, alors que l’occidental éprouve la nécessité de choisir entre aimer ou ne pas le faire par crainte de se retrouver mal à l’aise.

Absolument. Et cet état d’esprit influe sur notre comportement amoureux. Les pays riches ont un besoin viscéral de combler. Le vide nous insupporte parce que nous sommes victimes d’un marketing sibyllin. Les publicitaires s’appliquent à faire croire qu’il n’existe rien entre amour et désamour et que, ce faisant, il faut impérativement choisir l’un ou l’autre. Le pire est que ça marche ! Dans le premier cas nous consommons pour rester amoureux, et dans le second pour le devenir. Mais n’oublions jamais que la publicité est exempte de sentiment.

Ce besoin de rupture avec la norme sociétale est-il la raison des chapitres en alexandrins ? 

Pas seulement. J’avais envie que les gens se promènent avec moi. Je souhaitais donner un rythme propre à chaque nouvelle. On ne peut pas évoquer l’amour africain et l’amour de Dieu de la même façon. Tout va trop vite aujourd’hui, même l’écriture est uniformisée pour des raisons commerciales, alors que l’auteur doit être respectueux de ses lecteurs en adaptant son style au temps nécessaire à la découverte de son propos.

François Hollande
François Hollande

Nous évoquions à l’instant le président du Burkina-Faso. Comment qualifieriez-vous les amours de François Hollande ?

Formidables ! Épatantes ! Un chef d’état n’en est pas moins homme. S’il m’avait sollicitée, j’aurais dit oui. J’étais prête ! (Rire) Cet homme est intelligent et a un charme ravageur. Tous ceux qui vous disent le contraire ne l’ont jamais rencontré ou sont de mauvaise foi. Et puis l’histoire témoigne que le pouvoir est un extraordinaire aphrodisiaque. Une fois encore, il faut saisir l’amour quand il se présente, quitte à mettre ses adversaires dans tous leurs états !

Puisqu’il a votre bénédiction, poursuivons sur l’amour de Dieu, Je vous cite « En glissant sa main entre ses jambes, elle s’aperçoit qu’elle est humide, qu’une partie de son corps pleure l’absence de quelque chose, de quelqu’un. » C’est beau mais c’est chaud  pour quelqu’un dont l’amant convoité est promis à Dieu.

Cette jeune femme ne sait pas que l’homme qu’elle aime va bientôt entrer dans les ordres, d’où sa projection charnelle. Mais vous savez, il n’y a pas d’amour sans sexualité et j’oserais même dire qu’il existe un rapport homosexuel platonique chez tous les séminaristes qui renoncent à fonder une famille en choisissant de donner leur vie à Dieu par invocation de leur amour pour le Christ. 

En tout cas, s’il y a une situation qui n’est objectivement pas catholique, c’est celle du chapitre consacré à l’amour bigame.

C’est également une histoire vraie. Sans doute l’ai-je moins romancée que les autres car c’était inutile. Mais attention ! Lorsque j’évoque la bigamie il n’est pas question d’amours passagères avec maîtresses interchangeables. Il s’agit d’un homme ayant contracté un engagement avec deux femmes auxquelles il reste fidèle. En amour, tout est possible. Chacun est libre. Je suis d’origine russe et savez-vous que la constitution soviétique aurait dû contenir un article spécifiant que le couple était partie prenante de la collectivité ? De fait, il n’eut pas dû être limité à deux personnes ? Ce n’est pas extraordinaire ?

En effet, ça aurait pu changer le cours de l’histoire : difficile dans ces conditions de réclamer une perestroïka ! Pour autant, de cet homme vous dites que « dans sa lâcheté » il rompt avec sa maîtresse par l’intermédiaire de son épouse.

Oui. C’est très masculin. Les hommes s’arrangent toujours pour ne jamais partir les premiers. Ils poussent au maximum afin de rendre la situation invivable et que ce soit la femme qui rompe. En ce sens, ils sont effectivement très lâches.

Face à l’amour bigame, le chapitre suivant évoque l’amour fidèle à travers un homme constant au souvenir de son épouse défunte.

Je suis très touchée par les veufs et les veuves inconsolables. Je connais une actrice dans cette situation. Après la mort de son mari, elle n’a jamais refait sa vie et ne la refera pas. Elle s’est reconstruite dans l’idée respectable du sacrifice suprême à  un mort. On peut ne pas comprendre mais je trouve ça très beau. C’est, en quelque sorte, assez proche de l’amour de Dieu.

Certes, mais placer l’église au milieu du village en restant fidèle au cas où le défunt vous apercevrait du paradis, est une construction de l’esprit. Manifestement, vous préférez l’amour In Vivo !

Oui, c’est ma clinique de jouvence.

Vous évoquez également une femme soucieuse de la qualité de ses services, avec la particularité de gagner sa vie en vendant ses charmes.

Ses charmes et son corps.

Le gouvernement est en train de légiférer sur la verbalisation des clients des prostitué(e)s. Etes-vous pour ou contre ?

Autant j’ai pris position à l’avantage du mariage pour tous, autant sur ce sujet je reste perplexe. 

Etes-vous pour la réouverture des maisons closes ?

Yvette Roudy
Yvette Roudy

Oui.

Une réouverture reviendrait à donner un statut officiel à la prostitution, par là même aux prostitué(e)s, ce qu’a toujours refusé Yvette Roudy lorsqu’elle était ministre des Droits de la Femme (1984/86), arguant qu’elle ne pouvait officialiser une profession dont aucune femme ne souhaite voir son enfant reprendre la clientèle.

C’est très juste. Quoi qu’il en soit, le sexe est essentiel. Je préfère ceux qui le pratiquent à ceux qui s’abstiennent. Baiser est indispensable, à cet égard les travailleuses et travailleurs du sexe ont un rôle crucial. Il faut, en revanche, engager une lutte drastique contre l’exploitation humaine par les souteneurs.

Le dernier chapitre évoque l’amour d’un jour. Est-il possible de faire plus court encore… L’amour de trente secondes, par exemple ?

Pourquoi pas ? Mais il faut un minimum. La séduction est une courtoisie et la courtoisie c’est la civilisation. Rien n’est plus laid qu’un amour discourtois. La civilisation prend du temps, même en amour… (Silence avant de reprendre)… Surtout en amour.

Aujourd’hui, vous sentez-vous davantage princesse, féministe, engagée ou amoureuse ?

(Après hésitation) Vous m’auriez interrogée il y a quelques semaines, je vous aurais répondu autre chose. Aujourd’hui, mon classement est le suivant : Amoureuse / Princesse / Engagée / Féministe. Mais reposez-moi la question d’ici un mois… !!!

Nous avons beaucoup souri durant cet entretien. Un sourire peut-il être envisagé comme un acte d’amour ?

Oui, s’il dit vrai. 

Et du temps que nous venons de passer ensemble, peut-on le qualifier d’un amour d’une heure ?

C’est au pire une bribe d’amour, et au mieux une promesse. (Large sourire)

Si vous aviez le dernier mot, Macha Méril ?

L’amour est toujours derrière la porte. Libre à chacun d’ouvrir…

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L'amour dans tous ses états - Editions Flammarion
L’amour dans tous ses états

L’amour dans tous ces états Macha Méril aux éditions Flammarion
Livre Gutenberg : 19  / Format numérique : 15 

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Rencontre avec Macha Méril : Une belle amour dans tous ses états

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