Quand vous aurez découvert ces lettres à un jeune auteur de Colum Mccann – clin d’œil aux Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke –, il est tout à fait envisageable que le recueil ne quitte plus votre table de travail si vous écrivez, votre table de chevet si vous vous passionnez pour l’art d’écrire comme celui de lire.

colum mc cann

Avec investissement et force de l’analyse, avec une sorte de détachement plutôt sain, avec une bonne dose d’humour, Colum McCann nous propose là ses réflexions quant aux bonheurs, aux désillusions, aux aléas, aux angoisses, aux exaltations que procure l’art de l’écriture. Il n’est pas donné à tous, mais tout le monde peut s’arroger le droit d’écrire. Car écrire ne vise pas nécessairement la publication. En l’occurrence ici, c’est aux jeunes auteur(e)s de tous âges qui ambitionnent les rayonnages des bibliothèques, les devantures des libraires, le cœur et l’esprit des lecteurs, que l’auteur propose ses missives courtes, tranchantes souvent. Les destinataires se reconnaîtront autant que l’écrivain irlandais McCann qui s’y inclut comme un éternel apprenti.

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Crédit photo © Patrice Normand_Opale_Leemage

Se référençant souvent avec pertinence à des maîtres es lettres, Colum McCann nous propose des conseils pour aborder avec passion, mais célérité des projets littéraires, pour nourrir nos ambitions d’écrivains, même si cela peut apparaître pédant aux yeux d’aucuns, d’aucunes. Nous avons besoin de tous comme de personne et sûrement pas de justifications à fournir à d’autres dans l’acte d’écrire, dans celui de publier. Dans celui de créer. C’est d’abord une démarche personnelle, une rencontre avec soi-même pour tout(e) auteur(e). C’est ensuite un partage avec d’autres, l’éditeur, le lecteur. Et si le « maître » aborde sans détour l’acharnement que l’on peut passer à peaufiner les recherches, la structure du texte, sa musicalité, sa technique, la rigueur qu’il appelle sans cesse, il ne se défausse pas devant la petite folie qui consiste dans l’aspect « merveilleux ». D’où vient cette grâce qui touche parfois certains auteurs qui ont commis ou commettent des textes que le lecteur n’oubliera pas, des textes qui changeront la vie de ceux qui les lisent comme de celui ou celle qui les aura écrits ?
En effet si tout ou presque peut s’expliquer dans l’art de l’écriture (selon certains pédants peut-être trop rationnels ou trop fats), rien ou tout ne peut se prouver. Il réside – dans l’art d’écrire – quelque chose d’inexplicable et qu’il serait illusoire de vouloir absolument classer. Il faut garder une part de mystère dans cette histoire-là. Il faut conserver une part d’inconnu, d’impalpable dans cette affaire-là.

La démarche de Lettres à un jeune auteur est réjouissante et rafraîchissante, car l’auteur s’affranchit et nous pousse à dépasser certains codes. Il n’est pas nécessairement obligatoire d’avoir accompli de grandes études littéraires pour produire un excellent roman, une bonne pièce de théâtre, pour donner naissance à des poèmes qui retourneront le cœur des aficionados des rimes. Dès lors qu’on maîtrise un peu les techniques de l’écriture, on peut se libérer des liens de la didactique et laisser son imagination travailler, tous les sens de l’observation en éveil afin de construire avec du temps et de la constance une histoire qui mariera la fiction à l’universel et renverra tout lecteur, toute lectrice à sa propre existence. Le Graal : maîtriser ses émotions, jongler avec, les offrir et les transmettre aux lecteurs.

Avec humilité, mais non sans une part d’ego nécessaire, tout apprenti auteur constant ou lecteur débutant ou confirmé se retrouvera au cœur même de ces lettres qui font mouche toutes, sans exception. On en sort souriant et gonflé à bloc ! Et c’est heureux. Vive la littérature.

Lettres à un jeune auteur, un roman de Colum McCann, Éditions Belfond. 170 pages. Parution : mai 2018. 16,00 €.

Traduites de l’anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre

Colum McCann est né en 1965 à Dublin et vit aujourd’hui à New York. À dix-neuf ans, il quitte l’Irlande pour les États-Unis, où il exercera divers métiers – chauffeur de taxi, professeur, guide de randonnée, journaliste et reporter. Lauréat des prestigieux prix de littérature irlandaise Hennessy (1992) et Rooney (1994) pour ses nouvelles, il est l’auteur de deux recueils : La Rivière de l’exil (Belfond, 1999 ; rééd. Belfond, 2007 ; 10/18, 2001, rééd. 2005) et Ailleurs, en ce pays (Belfond, 2001 ; rééd. Belfond, 2007 ; 10/18, 2003), et de cinq romans : Le Chant du coyote (Marval, 1996 ; rééd. Belfond, 2007), Les Saisons de la nuit (Belfond, 1998 ; rééd. Belfond, 2007 ; 10/18, 2000), Danseur (Belfond, 2003 ; 10/18, 2005), Zoli (Belfond, 2007 ; 10/18, 2008) et Et que le vaste monde poursuive sa course folle (Belfond, 2009 ; 10/18, 2010) – Prix littéraire du Festival du Cinéma américain de Deauville, élu Meilleur livre de l’année par le magazine Lire et lauréat du prestigieux National Book Award, et Transatlantic (Belfond, 2104). Ces Lettres à un jeune auteur constituent sa première incursion dans la non-fiction.
Il est aussi le maître d’œuvre d’Être un homme (Belfond, 2014), qui rassemble soixante-quine textes d’auteurs majeurs de la scène internationale pour son association, Narrative 4.

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Christophe Maris
Christophe Maris est journaliste et écrivain, agrégé de Lettres modernes. Il collabore à plusieurs émissions de TV et radio et conçoit des magazines pour l'enseignement où il a oeuvré une quinzaine d'années en qualité de professeur de lettres, d'histoire et de communication.

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