LE PONT MORANDI S’EFFONDRE. BUSSY REVIENT SUR CETTE TRAGÉDIE

    14 août 2018 : le pont Morandi en Italie s’effondre. Un pont est érigé pour relier… non pour diviser, tuer et nier celles et ceux qui l’empruntent… Et pourtant entre deux rives on peut passer à l’oubli…

    PONT BUSSY

     

    Au moment même où s’achève la lecture de ce récit, Le Pont, rédigé par la plume juste de Florent Bussy, les sénateurs français en appellent à un « plan Marshall » de quelque 1,3 milliard d’euros auprès de l’État, sur dix ans, afin de rénover pas moins de 25 000 ponts sur notre territoire qui en compte aujourd’hui entre 200 et 250 000 (le nombre exact semble impossible à obtenir). En effet, environ 10 % de ces ouvrages présenteraient des risques dont certains très dangereux pour les usagers et les riverains. Ce qui dément par là-même les déclarations des autorités de transport en 2018, qui se voulaient rassurantes quant à cette situation sur le territoire français.

    PONT BUSSY

     

    On nous aurait menti ? Ce ne serait pas la première fois malheureusement, chacun à encore en mémoire le fameux nuage radioactif de 1986 (suite à l’explosion de la centrale de Tchernobyl, Ukraine), qui, fort heureusement, s’était arrêté à la frontière franco-allemande, nous épargnant du même coup. Foutaises !

    L’ouvrage de Florent Bussy « tombe » à point nommé – si l’on peut se permettre. Il revient avec justesse, crudité et transparence sur la catastrophe qui a eu lieu le 14 août 2018 à 11 h 40 quand le viaduc de Gênes, construit en 1967 sous la houlette de Riccardo Morandi, s’est effondré en quelques minutes sur tout un quartier de la ville, faisant 43 morts et quantité de blessés, de traumatisés à vie.

    Que s’est-il réellement passé ? D’après les premières enquêtes, la qualité du béton, la structure de l’édifice seraient à remettre en cause. L’ouvrage datait de cinquante ans ; est-ce qu’il avait réellement été prévu pour durer cinq décades quand on avait déclaré à l’époque qu’il pourrait rester en l’état pendant un siècle ? A-t-on menti aux gens ? Qui a menti ? Le promoteur, l’État italien, l’architecte, le réalisateur ? Probablement personne et un peu tout le monde. Des recommandations d’entretien avaient été publiées au fil des années ; malheureusement, les experts d’aujourd’hui s’aperçoivent que bien peu de travaux ont été réalisés… Ce qui est criminel. Et même si les victimes, les familles des victimes sont un jour indemnisées, cela ne ramènera pas les morts, de toutes nationalités puisque ce viaduc était un passage incontournable pour circuler sur la côte occidentale de la botte italienne. De même, ce viaduc permettait le transport de marchandises entre le premier port italien et la capitale lombarde, Milan.

    Et puis… Les ingénieurs des années 60 avaient-ils prévu, ambitionné, que les trafics routiers s’intensifieraient autant en un demi-siècle ? Sûrement pas. Chaque jour plus de 5 000 camions chargés empruntaient le pont, chaque année, c’étaient des millions de voitures qui passaient par là. Et comme on crache depuis toujours sur le ferroutage… Ce 14 août 2018, sous une pluie d’orage, l’ouvrage a craqué, s’est écroulé. Définitivement. Emportant avec lui des dizaines d’innocents. Il y eut des miraculés, ils sont souvent présents dans le récit de Florent Bussy.

    Plus politiquement enfin, et c’est heureux que l’auteur pose la problématique : quand l’État vend ses biens comme les Italiens l’ont fait pour le pont (cédé à Autostrade per l’Italia), comment est-il assuré que les recommandations d’entretien seront suivies ? Comment ne pas craindre les actionnaires soient bichonnés et rémunérés au détriment des usagers, de la sécurité de tous ? Une vraie question qui nous ramène dans l’Hexagone quand notre propre État envisage de céder une partie des joyaux publics à des entreprises privées avant tout animées par le profit.

    Le PontÉditions Carnet nordFlorent BUSSY – Prix : 13,00 €. 128 pages. Parution : 16 août 2019.

    Couverture : © Getty Images – Photo auteur Florent BUSSY © DR

    florent bussy

    Florent BUSSY, né en 1972, est professeur de philosophie en Normandie. Il a travaillé sur les régimes totalitaires avant de s’intéresser à la question écologique. Il a écrit, entre autres, Critique de la raison automobile, Ce qui nous fait, L’avènement d’homo ecologicus ? (Ed Libre et Solidaire) et Qu’est-ce que le totalitarisme ? (Ed Vrin).

     

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