Le malheur du bas… ou quand le non-dit entraîne le pire…

« On ne peut vivre longtemps dans la frénésie. La tension était trop forte en ce monde qui promettait tant, qui ne donnait rien. »

Georges Perec, Les Choses.

INES BAYARD
Photo Albin Michel (Facebook)

Primoroman pour Inès Bayard qui nous promet le pire, le pire du pire. Quand le non-dit, parce qu’indicible, conduit une femme au pire, à la destruction totale des autres, de soi. Et elle y parvient avec une force qu’elle décuple page après page. On n’en sort pas indemne.
Marie est une jeune femme qui travaille dans une agence bancaire comme cadre ; elle y paraît épanouie. Mariée à Laurent, avocat, ils semblent tous deux posséder le meilleur pour une vie heureuse. Ils s’entendent bien, habitent un bel appartement parisien et viennent d’accueillir le jeune Thomas au sein de leur couple, de leur foyer. Oui, mais voilà… Dès le début du roman, c’est la fin qui frappe le lecteur. Marie vient d’attenter à la vie de son fils, de son mari. Marie s’est également suicidée. Les secours arrivent… Un peu tard.

Que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui a déclenché le geste de Marie ? Comment en est-elle arrivée à ces actes extrêmes ?
Inès Bayard va remonter le temps, les épreuves, les outrages, les petites morts subies par Marie pour tenter de nous expliquer son geste, la colère, l’abattement, la dépression, la haine qu’a dû supporter pendant trop longtemps, enfermée dans le silence, prisonnière de son propre malheur, la jeune femme. Pourquoi Le malheur du bas ? Parce que tout sera passé par ce bas, le bas de Marie, son intimité sacrifiée, son « bas » qu’elle ne supporte plus, bafoué par l’homme, par les hommes.

Ce roman, tragique, permet un pont avec les affaires du temps, avec ces femmes qui hurlent – à juste titre -, depuis des mois, des années, combien des hommes les maltraitent, les jugent inférieures à eux-mêmes, installés dans la toute-puissance parce que possesseur d’une force phallique qui les autoriserait à tout, à humilier LA femme, LES femmes sans qu’elles puissent se défendre, sans qu’elles puissent parler des horreurs dont elles sont victimes.

Dans une société machiste où règne l’omerta, Inès Bayard nous interroge sur la question du respect de l’une de l’autre, tout autant qu’elle pose la problématique d’un corps qui est dépossédé de son identité, de sa propre vie, parce que violé, violenté, sali, meurtri, assassiné, confisqué, volé.

ME TOO
Photo Washington Post. Tarana Burke #MeToo (Damian Dovarganes/AP)

Un premier roman bouleversant et grave à l’heure des langues qui se délient, au moment de la prise de puissance de mouvements comme #metoo, de femmes qui se battent et se débattent pour être reconnues, honorées et libres.

Le malheur du bas un roman d’Inès Bayard. Éditions Albin Michel. 270 pages. Parution : août 2018. 18,50 €.

Couverture : © Narcisse – Photo autPrix :  – www.albin-michel.fr

 

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