Le septième roman de Marc Pautrel La vie princière a été publié dans une discrétion médiatique qui étonne. Peu d’articles de presse ont parlé de ce beau livre qui décrit l’éblouissement d’une rencontre entre un écrivain et une jeune étudiante en littérature. Tableau mélancolique d’un amour fulgurant sans lendemain, ce court et merveilleux texte, ciselé et sensible, a la finesse, la douceur et la grâce d’une eau-forte. Un petit chef-d’œuvre de la littérature d’aujourd’hui.

MARC PAUTREL

Ce roman, ou cette autofiction – c’est l’auteur qui le dit – est une lettre d’amour de 60 pages, écrite en quelques heures – c’est toujours l’auteur qui le dit – qui dépeint le fulgurant état amoureux dans lequel tombe Marc Pautrel, le temps d’un colloque de quatre jours dans un lieu enchanteur de Provence dédié à des séminaires et des rencontres scientifiques ou littéraires, des résidences d’artistes, d’écrivains et de chercheurs, un endroit où tout est organisé pour le bien-être des invités qui y mènent une « vie princière ». Parmi eux, L***, jeune Italienne doctorante « en séjour d’étude ici pour une semaine », dont la seule vue et la seule voix foudroient Marc, le romancier, invité lui aussi dans ce lieu de travail et de partage.

MARC PAUTREL
La librairie Le Passeur (Bordeaux)

Leur rencontre, forte de part et d’autre, et la chaleur, immédiate, qui va la nourrir bouleversera Marc. Peut-être aussi L***, qui sait ? Ce sera la permanente et douloureuse interrogation de Marc. Pendant ces quatre jours, ils ne se quittent pas, déjeunent ensemble, se promènent ensemble, parlent ensemble, beaucoup, et de tous les sujets. Elle est curieuse de le connaître, de découvrir sa vie et son travail de romancier qui « publie dans cette maison d’édition légendaire [Gallimard] », un rêve qu’elle nourrit secrètement. « Parler, parler sans cesse, expliquer, imaginer, se souvenir, inventer, interroger, démontrer, raconter, échanger nos idées, nos mots, nos vies ».

Toute occasion est bonne pour être aussi dans une proximité physique troublante pour Marc : écouter L*** qui lui traduit dans le creux de l’oreille en français des propos de conférenciers en anglais, « ta bouche à quelques centimètres de ma joue », examiner tous les deux de près un objet qu’un pensionnaire en résidence place sous leurs yeux : « Nous nous touchons et aucun de nous n’a de mouvement de recul, la distance habituelle entre deux personnes, même amies, est ici réduite à néant, je pense en un éclair : si nous étions seuls, je l’embrasserais ».

Marc Pautrel décrit avec une simplicité et une grâce infinies cette attraction muette, cette complicité joyeuse et spontanée qui s’est installée, cet enthousiasme et « cette électricité rieuse » qui émanent de la jeune femme. En même temps qu’un trouble ravageur s’empare de lui dès lors qu’elle lui dévoile l’existence de son « compagnon » dans le flot de leurs échanges. Une blessure pour Marc, un désespoir et une faille irrémédiable pour lui : ils ne seront jamais amants. Malgré un intime et ultime dîner en tête à tête où Marc livre à la jeune Italienne, subjuguée, des propos lumineux d’érudition sur le sujet de la thèse qu’elle est proche de soutenir : « C’est à cet instant-là où tu es comme ensorcelée que je pourrais tenter quelque chose, faire pivoter les forces du monde et te faire succomber. Je ne le fais pas, j’ignore pourquoi ».

Après la séparation – le titre du livre d’ailleurs aurait pu reprendre ce mot – le romancier fixera par l’écriture, « la seule chose que je sache faire dans la vie », les enivrants échanges de cette forme d’amour courtois, platonique et sans lendemain. Ces échanges auront enchanté les quelques journées de « vie princière » de l’amoureux foudroyé et le porteront à écrire cette lettre à l’absente qui s’ouvrira et se refermera dans la même mélancolie: « Je voudrais te remercier pour tout. […] Je sais qu’on ne se reverra jamais ».

« Comment peindre le bonheur s’il ne laisse pas de souvenirs ? » disait Stendhal dans « De l’amour ». Marc Pautrel s’est attaché à nous le raconter, dans la pudeur et la douceur de ses mots infiniment tendres.

La vie princière un roman de Marc Pautrel, Collection L’Infini, Gallimard. 80 pages, janvier 2018, 10,50 €

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