« La mondialisation n’est pas que la globalisation économique. Il se constitue un fonds commun de références qui, quels qu’en soient les utilisations ou les réinvestissements, finit par prendre corps. C’est le résultat du travail idéologique sur le développement, sur l’inégalité, sur les droits de l’homme, associé au fait qu’un nombre sans cesse croissant de spectateurs dispersés accède au spectacle du Monde. » (p. 143)

Denis Retaillé fait œuvre d’historien en nous rappelant, à temps et contretemps, que de tout temps le monde fut monde. Alors, le changement n’est que d’angle et de perspective. Phénomène de longue durée, la mondialisation se distinguerait donc de la globalisation (unification économique par le marché) par « l’humanisation et la civilisation de la Terre des hommes qui se poursuivent au point que Babel s’en trouve rachetée » (p.13). Le lecteur le comprend donc : c’est à une rectification de la confusion langagière que l’invite Denis Retaillé.

Cela afin de pouvoir rendre à nouveau le monde pensable. Pensable par-delà cet ensorcellement de l’intelligence par le langage qu’évoquait déjà Wittgenstein. Ce système monde, ce réseau monde, auquel nous appartenons, il s’agit de le convoquer à nouveau par-delà les imprécations hallucinées ou dévotes. Ce livre-itinéraire s’appuie pour ce faire « sur une forme inexplorée de la limite : l’horizon. » (p.15) parce que « la géographie n’a pas atteint sa fin. Non parce que des terres inconnues restent à découvrir, mais parce qu’il continue de se produire quelque chose quelque part : des lieux. » (p.19). Distinction hautement évocatrice de « ce qui se trame » dans la toile du « Monde comme lieu » (p.15) – entre lieux, sites et localités et entre événements historiques et échos et impacts réels.

« Les lieux de la mondialisation se distinguent-ils des lieux de la terre ? Non, avons-nous postulé d’emblée. Tous les lieux sont au Monde mais plus ou moins. Le niveau de leur mondialité provient de l’importance que prend le mouvement mondial de leur caractère. » (p.191)

Outre le résultat stimulant, car issu d’une réflexion non partisane, La mondialisation offre nombre d’outils au lecteur attentif afin de se mesurer aux perspectives de l’auteur. Cet itinéraire fraye des pistes enrichissantes et propose un robuste antidote aux constructions intellectuelles unilatérales, qu’elles soient cauchemardesques ou idylliques. Un itinéraire re-construit qui s’avère pourtant un excellent guide pour retrouver un point de contact avec un réel devenu inaudible, fuyant, voire in-visible, sous un vernis politico-médiatique souvent aussi indigeste qu’intellectuellement et humainement pauvre.

Tierry Jolif

Les Lieux de la mondialisation, Denis Retaillé, Le Cavalier Bleu éditions, 2012, 200 pages, 18 euros

La culture est une guerre contre le nivellement universel que représente la mort (P. Florensky) Journaliste, essayiste, musicien, a entre autres collaboré avec Alan Stivell à l’ouvrage « Sur la route des plus belles légendes celtes » (Arthaud, 2013)
thierry.jolif [@] unidivers .fr

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