Les sujets des films comme leurs affiches sont parfois trompeurs. Avec La Dame de Fer, on s’attend à un biopic dédié à la vie de Margareth Thatcher. Eh bien non…

Pourtant, les premières minutes du film montrent une Meryl Streep troublante de ressemblance avec l’ancienne première ministre britannique. Mais bien vite, le spectateur comprend qu’il va suivre les pas de la Miss Maggie âgée et non son ascension au pouvoir. Il l’observe converser avec feu son mari, interprété par l’excellent Jim Broadbent (le père de Bridget Jones dans les adaptations cinéma). Bref, celle qui incarnait la toute-puissance de l’Angleterre des années 80 est désormais une vieille dame sénile.

Comme à son habitude, Meryl Streep est excellente dans le rôle. On est alors tenté de se prendre d’affection pour cette vieille dame tandis que de rares et courts flashbacks rappellent sa difficile ascension dans la so misogyne classe politique anglaise. Une femme politique qui n’a jamais trahi ses premiers idéaux de jeunesse inculqués par un père omniprésent face à une mère effacée à qui elle ne veut surtout pas ressembler. Ce qui l’unit à son époux, une complicité non dénuée d’humour, est bien montré ; pourtant le versant familial – le mari et les deux enfants – aurait gagné à être développé.

Somme toute, la réalisatrice a choisi de traiter presque exclusivement le sujet de la vieillesse et de la mort. Si cette lecture est tout à fait respectable et ne dessert pas le film, il reste troublant eu égard à une personnalité aussi complexe, aussi haïe. Résumer en deux scènes la difficile ascension de l’échelle politique par une femme (cela vaut pour les affaires) est décevant ; cela renvoie à la question de la place réservée aux femmes dans les années 60, 70 et même 80. Pour mémoire, en France, aucune femme n’a accédé au poste de premier ministre ou de président – à l’exception d’Édith Cresson qui avait hérité d’un poste dont personne ne voulait.

Comme la posture de la réalisatrice et la lecture du scénariste pourraient s’appliquer à n’importe quel personnage autrefois au pouvoir, La Dame de fer laissera le spectateur sur sa faim, voire avec le sentiment d’avoir été trahi par cette histoire. Car, finalement, à quoi aspire la curiosité qui mène au biopic ? A des informations originales, des détails inédits, un coup d’oeil dans les coulisses de la vie d’une célébrité.

Même si la réalisatrice – que l’on suppose plutôt anti-thatcher – tente de faire comprendre quelques décisions délicates de la Dame de Fer, la première échoue à susciter de l’empathie autour la seconde. En ce sens, certains tiendront ce film pour un échec.

Ice

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Réalisé par Phyllida Lloyd, avec Meryl Streep, Jim Broadbent, Susan Brown,  15 février 2012 (1h 44min)
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4 Commentaires

    • Oscar qui ne veut plus dire grand chose depuis quelques années. Meryl Streep en avait elle réellement « besoin » alors que sa copine Glenn Close n’a rien eu malgré une remarquable prestation dans Albert Nobbs ? Elle va détenir le record de nomination sans succès, si cela continue.

  1. Pour ma part il ne s’agit pas d’en avoir besoin ou non mais de le mériter et au minimum d’être légitime. Et les deux performances dont il est question dans ton propos le mérite. On est pas non plus à discuter de la récompense attribué à Omary SY pour cause de discrimination positive. Après c’est une question de goût, de couleurs et surtout d’ensemble. Car une performance se mesure aussi à l’aune du résultat d’ensemble.
    Et question nomination-nom récompense, une petite pensée pour l’ami Patrick DEWAERE 7 FOIS nominés pour aucune récompense

    • Lorsque je parlais de « besoin » (notez les guillemets), c’était surtout par rapport à l’égo de l’acteur et à sa reconnaissance par ses pairs. Meryl Streep avec plusieurs oscars à son actif, n’en a guère besoin maintenant mais en même temps elle est une des rares actrices à avoir peu connu le creux de la cinquantaine.
      Après vous parlez de discrimination positive pour Omar Sy. Ah bon? C’est votre point de vue là aussi et cela sous entendrait qu’il n’est pas bon ? Bon, là nous allons dériver sur un autre sujet mais même si je ne tiens pas Intouchables pour un très bon film, et qu’il y avait d’autres acteurs plus « performants » cette année, ce n’est pas non plus un scandale, presque moins que Jean Dujardin….
      Oui je fais la transition avec Dujardin (dont je traite le cas The Artist « chez moi » d’une autre manière qu’ici) et je fais le parallèle avec Dewaere. Pour moi, il va sans dire que le second méritait mieux que le premier, du moins à cet instant de la carrière de Dujardin. Mais il y a des cercles d’influence dans ce métier et Dewaere n’était pas dans le « bon ». Kassowitz a eu le sien à une époque. Besson en a un mais est mal vu des autres. Langman utilise très bien cela avec ses choix de production. Je connais quelques techniciens dont le démarrage a été facilité par les bonnes relations et qui n’ont pas tardé à recevoir des prix. Bref, la valeur d’un prix est aussi à voir sous la lumière des influences ou lobbies. Aux Etats Unis s’ajoutent aussi les influences des syndicats et guildes. La Screen Actors Guild a par exemple un role important et il est bon d’y être affilié. Son rôle fut trouble pendant le mac Carthisme mais c’est une autre histoire…
      Bref, les prix ne sont pas forcément le résultat d’un ensemble en terme de qualité cinématographique. Mais pour nous qui sommes en dehors de la profession et des influences, c’est le souci et n’y attachons pas plus de valeurs que cela. C’est juste triste pour un artiste que l’on apprécie lorsqu’il ne l’a pas.
      (cela vaut aussi en Musique)

      PS : D’immenses acteurs n’en ont pas eu de prix, comme Michel Simon par exemple. Ils ont eu le culot d’inventer les césars après sa mort ! :p

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