Kimberley des Cognets partage sa vie entre Guingamp et Carhaix, elle est en Terminale ES au lycée Diwan. 2017, l’année du bac et des choix de poursuite d’études. 2016 a été pour elle l’occasion d’un bel exploit sportif. À l’occasion du Championnat d’Europe de luttes celtiques qui s’est déroulé à Brest en avril dernier, Kimberley des Cognets a été sacrée meilleure lutteuse dans la catégorie des moins de 53 kg.

 

KIMBERLEY DES COGNETS
A 18 ans, Kimberley Des Cognets sacrée meilleure lutteuse de Bretagne et d’Europe

C’est grâce à sa passion pour le gouren que Kimberley des Cognets  a décroché ce titre. Elle a quatre ans quand elle découvre ce sport à Pontivy. Aujourd’hui, c’est elle qui entraîne les petits, dans son nouveau club, à Louargat. Bien sûr, elle passera l’option gouren au bac et remettra son titre en jeu lors des prochains championnats d’Europe déjà programmés à Brest en 2018.

Au Championnat d’Europe, c’était impressionnant, c’était beau de voir la lutte bretonne et la lutte écossaise réunir des gens du monde entier. C’est soi-disant un sport mineur, mais la salle de l’Arena s’est remplie sans problème. Le fait d’être en compétition ne nous a pas empêchés de vivre de superbes moments avec les autres jeunes et adultes d’autres pays.

La lutte bretonne : le gouren

KIMBERLEY DES COGNETS
Durant l’entraînement, avant les championnats d’Europe

Le gouren est une pratique très ancienne. Ses adeptes se réfèrent à un serment et utilisent le vocabulaire breton usité dans cette discipline sportive. D’après Kimberley, c’est une activité prisée qui a de l’avenir. On y apprend à surmonter ses peurs, à coordonner ses gestes, à avoir confiance en soi et en l’autre. Il faut être minutieux, c’est très rare qu’il y ait des blessés au gouren.

C’est avant tout une affaire de précision, de technique. Ce n’est pas un sport de combat au sens classique du terme, c’est une histoire d’initiation au respect et à la solidarité, qui se vit à travers la maîtrise du corps et le développement de sa force mentale.

KIMBERLEY DES COGNETS
Photo : Eric Legret

Quatre entraîneurs, Kristian Salaun, Benoît Fol, Frédérique Nouvel et Jacques Guermont ont accompagné Kimberley et les autres lutteuses bretonnes qui ont remporté ensemble le trophée par équipe des espoirs féminins, signe de leur détermination et de leur niveau d’engagement dans ces championnats d’Europe.

Le plus beau, c’est que nous avons pu créer ensemble. Je vois mon sport différemment grâce à cette expérience d’équipe avec d’autres lutteuses bretonnes qui étaient mes adversaires jusqu’alors. Pendant le championnat, j’étais tellement dedans que je ne me suis pas vraiment rendu compte de ce que nous étions en train de vivre de si exceptionnel. Les émotions sont si intenses, c’est comme un rêve, un monde parallèle. C’est après coup qu’on réalise, quand par exemple, les enfants viennent te demander une signature, qu’ils ne te regardent plus pareil, cela me donne des responsabilités.

luttes celtiquesEn 2017, le Championnat de Bretagne de gouren aura lieu à Pontivy, en clôture du programme de la Fête de la Bretagne, le dimanche 21 mai. Un beau retour aux sources pour la championne d’Europe.

Le Championnat d’Europe de Luttes Celtiques a eu lieu du 20 au 23 avril 2016 à l’Arena de Brest. Organisés tous les 2 ans, les championnats d’Europe de Luttes Celtiques opposent 12 nations celtes fortes de leur culture et disposant de leur propre style de lutte d’inspiration celtique.

Kimberley des Cognets a été sacrée championne d’Europe de back-hold et de gouren dans la catégorie des moins de 53 kilos.

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Gouren, le serment :

À chaque début de compétition, intérieure ou extérieure, le serment des lutteurs est prononcé simultanément par tous les lutteurs inscrits. Ce serment est spécifique au gouren. Il est récité avant chaque compétition, engageant ainsi chaque lutteur à combattre avec honneur et loyauté.
drapeau bretonEn breton
M’hen tou da c’houren gant lealded
Hep trubarderezh na taol fall ebet
Evit ma enor
Ha hini ma bro.
E testeni eus ma gwiriegezh
Hag evit heul giz vat ma zud-kozh
Kinnig a ran d’am c’henvreur
Ma dorn ha ma jod.

En français
Je jure de lutter en toute loyauté
Sans traîtrise et sans brutalité
Pour mon honneur
Et celui de mon pays.
En témoignage de ma sincérité
Et pour suivre la coutume de mes ancêtres
Je tends à mon adversaire
Ma main et ma joue.

Les Skolioù

Le gouren est pratiqué un peu partout en Bretagne. On compte de nombreux skolioù à travers la Bretagne, l’essentiel étant dans le Finistère.

  • Finistère : 24 skolioù
  • Côtes d’Armor : 9 skolioù
  • Morbihan : 7 skolioù
  • Ille et Vilaine : 6 skolioù
  • Loire Atlantique : 1 skol

De manière marginale, on peut noter quelques clubs comme en région parisienne à Colombes ou bien aux États-Unis à la Nouvelle-Orléans.

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Historique du gouren par la Fédération de gouren

Un sport de nobles et de chevaliers

Crédit photo Eric LEGRET
Crédit photo Eric LEGRET

Le gouren est la lutte traditionnelle de Bretagne. Elle a été importée en Armorique par les Bretons de Grande-Bretagne au 4e siècle, lorsqu’ils ont été chassés de leur pays par les tribus nordiques. Le gouren était à ce moment-là un sport très prisé, et pratiqué uniquement par les nobles. C’était un jeu pour s’entraîner à l’art guerrier, mais aussi un moyen de montrer son adresse et sa bravoure lors de tournois, ou de gagner le cœur d’une belle demoiselle. La légende veut que de célèbres chevaliers tels que Gauvain, Lancelot ou Perceval soient d’excellents lutteurs. Le roi Arthur lui-même aimait affronter ses chevaliers au cours de luttes. Plus tard dans l’histoire, c’est le roi François I qui se mit à la lutte, rencontrant en personne le roi d’Angleterre Henri VIII et lui marquant un magnifique Lamm.

Une démocratisation du gouren

Après avoir été réservé aux nobles, le gouren s’est démocratisé, et devint un sport très populaire dans les campagnes. Les paysans s’entraînaient dans les champs après leur journée de labeur, à même le sol. Le dimanche était l’occasion de rencontrer les lutteurs des communes voisines, et de défendre l’honneur de son village. Les prix étaient très variés, allant d’un mouchoir brodé ou d’un chapeau à un mouton, une somme d’argent, ou même un taureau lors des tournois de Scaër. Les lutteurs conservaient jalousement leurs techniques, et les transmettaient uniquement à leurs fils. Un serment était déjà prêté avant chaque tournoi, très empreint de superstition : les lutteurs devaient jurer de n’avoir fait appel à aucun sortilège pour gagner. Les combats n’avaient pas de durée limitée, la victoire étant obtenue uniquement par Lamm. Certains combats ont, paraît-il, duré une nuit entière. Ils étaient arbitrés par des anciens lutteurs ou des personnalités importantes du village, et aucune catégorie d’âge ou de poids n’existaient.

Après la Première Guerre mondiale, de nouveaux sports tels que le football ou le cyclisme apparurent, et le gouren commença à perdre sa notoriété. Il continua toutefois à être pratiqué, et la valeur des lutteurs bretons resta célèbre. Charles de Gaulle engagea même un lutteur comme garde du corps ! De grands tournois étaient organisés à Paris, et rassemblaient les Bretons émigrés à la capitale. Mais malgré ces coups d’éclat, le gouren tomba peu à peu dans l’oubli.

En 1930, le docteur Charles Cottonnec, porté par l’élan de Coubertin, décida donc de redonner un coup de jeune à ce sport. Il commença par modifier les règles, tout en conservant l’esprit de ce sport. Ainsi il créa des catégories d’âge et de poids, imposa une durée de combat, et instaura des résultats intermédiaires, tels que le Kostin (point) ou le Kein (avantage). Il essaya également de répertorier les techniques existantes, tâche difficile, car les lutteurs n’aimaient pas montrer leurs techniques. Une fédération de gouren fut créée.

Un sport moderne
Après plusieurs scissions et réunifications (BAG et BRUG, puis FALSAB et FALSTAB), la fédération de gouren devient celle que nous connaissons actuellement. Elle compte aujourd’hui un peu plus de 1600 licenciés, elle est associée à la Fédération Française de Lutte, agréée Jeunesse et Sport et Éducation nationale, et reconnue par les instances municipales, départementales et régionales. Un Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Éducation Populaire et du Sport (BPJEPS) lutte et disciplines associées option gouren a été mis en place, des rencontres UNSS sont organisées depuis 2000, et une option gouren au Bac existe depuis 1998.

Plus d’une dizaine de compétitions en salle, sur tapis, sont organisées chaque année, durant la saison d’hiver (novembre-mai). De nombreux tournois sont organisés l’été en plein air sur sciure.

De nombreux échanges ont lieu avec des lutteurs d’autres pays. Des championnats d’Europe sont organisés chaque année.

Pour soutenir la Fédération de gouren, c’est ici

KIMBERLEY DES COGNETS : une lutteuse bretonne déterminée was last modified: janvier 18th, 2017 by Francoise Ramel

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