KHALIL : PARCOURS RADICAL D’UN JEUNE MUSULMAN DE MOLENBEEK

Khalil, un roman éprouvant mais probablement nécessaire. Cette fois, Yasmina Khadra revient sur les attentats de 2015 en s’attachant plus particulièrement à la période de l’automne de cette année meurtrière.

KHALIL KAHDRA

Khalil, jeune Marocain, qui vit à Molenbeek, tombe sous la coupe d’islamistes radicaux et participe à l’attaque du Stade de France. Il part donc ceinturé d’explosifs pour faire sauter un des métros de Paris en kamikaze. Mais voilà, son déclencheur est défectueux et son acte est manqué. Il se retrouve donc en cavale et erre dans un premier temps de planques en planques dans la banlieue de Bruxelles.

MOLENBEEK

Le jeune homme de 25 ans est issu d’une famille modeste, mais de musulmans tranquilles. Certes, le père est alcoolique, mais sa mère et ses sœurs sont plutôt des personnes aimantes, surtout sa jumelle, Zahra. Dans ses amis, il compte également des garçons plutôt modérés, mais voilà, il y a aussi son pote Driss qui, lui, s’est déjà radicalisé. Et qui va l’entraîner vers le pire. Khalil n’a pas réussi ses études comme son camarade Rayan, devenu ingénieur en informatique, et tout son ressentiment va se concentrer dans l’envie d’en découdre avec une société occidentale qu’il rend responsable de ses échecs.

Les djihadistes vont trouver en lui le candidat idoine au terrorisme et lui laver le cerveau pour en faire un disciple de leur cause fanatique.

À travers ce récit totalement angoissant, Yasmina Khadra nous retrace le parcours dramatique de jeunes gens qui glissent vers l’horreur entraînant dans la mort des innocents. C’est aussi une peinture de sociétés qui peinent à donner du sens alors que d’autres pensent que l’avenir est dans le chaos, promettant à leurs jeunes recrues le paradis et des actes nécessaires et salutaires pour faire payer à l’Occident tous les crimes que le radicalisme religieux leur attribue.

Même trois ans après les attentats qui ont endeuillé la France et l’Europe, à la lecture de ces quelque 260 pages, on ne peut chasser les images qui ont tourné dans nos médias et l’angoisse présente au début du roman se renforce jusqu’au dénouement tragique comme on pourrait s’en douter. Et pourtant, habilement, Yasmina Khadra nous permet souvent de croire à une sorte de rédemption, comme si Khalil allait faire marcher arrière et fuir ses propres démons. Mais l’espoir n’est pas à l’ordre du jour de ce livre « apocalyptique ».

Khalil, Yasmina Khadra. Éditions Julliard. 265 pages. Parution : août 2018. 19,00 €

Couverture : © Ouchene Amine – Photo auteur Yasmina KHADRA © DR

Yasmina Khadra est l’auteur de la trilogie Les Hirondelles de Kaboul, L’Attentat et Les Sirènes de Bagdad. La plupart de ses romans sont traduits dans une cinquantaine de pays. L’Attentat (prix des Libraires 2006) et Ce que le jour doit à la nuit (meilleur livre 2008 pour le magazine Lire) ont déjà été portés à l’écran et une adaptation des Hirondelles de Kaboul en film d’animation sortira en salles courant 2018.

Non loin du centre prospère de Bruxelles, Molenbeek, deuxième commune la plus pauvre de Belgique, avec un taux de chômage qui atteint 45 % pour les moins de 25 ans, a vu grandir ou passer nombre des auteurs d’attentats islamistes qui ont marqué l’actualité depuis trente ans. Mais c’est au lendemain des attaques du 13 novembre 2015, dont quatre des responsables étaient des enfants du quartier, que celui-ci est devenu mondialement célèbre comme un berceau du djihadisme européen. Le tournage de ce documentaire a commencé peu après, et ses auteurs étaient sur place quand Salah Abdeslam a été arrêté, le 18 mars 2016, et, quatre jours plus tard, quand de nouveaux attentats ont ensanglanté Bruxelles.

À la rencontre d’habitants et de travailleurs sociaux, ils tentent de comprendre pourquoi Molenbeek a ainsi nourri le djihadisme, mais aussi comment leurs interlocuteurs vivent les événements et s’organisent pour y faire face. Jeunes et vieux, parents meurtris et écoliers, imam ou curé, travailleurs sociaux et artistes, sans oublier un slameur en herbe, ils composent un portrait de groupe sensible, riche de visages et de questions, et rappellent combien la stigmatisation collective induite par des médias avides de simplification relève de l’absurde.

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