L’aphorisme est une proposition énoncée en peu de mots qui résume un principe ou cherche à caractériser un mot, une situation sous un aspect singulier. Souvent, l’aphorisme se veut le contraire du lieu commun en désignant du particulier dans le général. Leur valeur, leur force évocatoire et leur pertinence dépendent avant tout de la bouche qui les formule.

Aphorismes, Dires et contre-dires paru en 1909 rassemble les aphorismes de l’Autrichien Karl Kraus (1874-1936). Ils ont été publiés dans son journal Die Fackel. L’auteur s’empare et traduit les fantasmes de la société prussienne de la Belle Epoque. Les femmes y sont à l’honneur. Et Dieu que le propos est succulent…

Partant de l’Ève et de la différence entre elle et l’homme, ce recueil se conclut par un retour sur l’enfance. Entre les deux se déploie toute la panoplie du monde : la morale, l’érotisme, le christianisme, la presse, le théâtre, la politique, la bêtise, etc. À la fois système d’un monde et déconstruction du monde, ces textes révèlent le chatoiement de la pensée de Kraus : irritante et enthousiasmante, réactionnaire et progressiste, injuste et pertinente, impertinente toujours !

L’ensemble sonne comme une ode à la sensualité, à la grivoiserie, à la délicatesse et à tous ces jolies traits et choses qui animent la vie mondaine. L’homme galant sublime ses désirs dans un rôle de séducteur – il se vante d’initier les femmes à l’amour pur – tant en se pliant au rôle de serviteur de la gent féminine. Et si avec la parole, il se débrouille déjà bien, son art rhétorique tutoie le sublime quand il s’exprime dans la presse, la politique et l’écriture romanesque. De séducteur, il se fait alors le pourfendeur des savants de pacotille.

Il leur oppose un point de vue relativiste-révélateur : ne pas tenter de fixer une vérité intangible mais faire émerger des cohérences d’équilibres polysémiques dans un monde en perpétuelle variation. Il trouve ainsi les mots et rapprochements ad hoc pour faire comprendre plus encore qu’il ne dit. Ou moins qu’il ne pourrait dire…

L’aphorisme ne recouvre jamais la vérité ; il est soit une demi-vérité, soit une vérité et demie.

David Norgeot

Karl Kraus, Aphorismes, Dires et contre-dires, Bibliothèque rivages (19 octobre 2011), 209 pages, 19€

 

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