Ruth Maier (1920-1942) est née à Vienne en 1920 dans une famille bourgeoise et cultivée. Juive réfugiée en Norvège, où elle vivra 4 ans,  Ruth y laissa son âme lors de la grande rafle contre les juifs menée dans Oslo. Elle est arrêtée avec 500 autres juifs et embarquée sur un cargo afin d’être déportée. Elle meurt à Auschwitz le 1er décembre 1942. Elle n’a que 22 ans et déjà une vie remplie d’aspirations artistiques aux accents saphiques.

Ruth a tenu un journal toute sa (courte) vie. En fait, il débute à ses douze ans et s’arrête peu avant sa mort, deux jours après son 22e anniversaire. 1200 pages manuscrites et 350 lettres retracent finement un parcours insolite. Ruth Maier n’était pas une personne normale.

Mardi 16 octobre 1934, Vienne
Fini ! Ce que je suis heureuse ! Hier, j’ai trouvé maman en train de coudre une espèce de culotte. « C’est une protection périodique, m’a-t-elle dit. On ne sera pas prises au dépourvu, comme ça. » Aujourd’hui, j’ai été chaleureusement félicitée pour ma rédaction (« Raconter ses vacances »). Mademoiselle Pany a dit qu’elle était poétique, entre autres. Je suis très flattée. J’aimerais beaucoup devenir écrivaine ou comédienne, je ne veux pas faire un métier dans lequel on ne grandit pas. Je crois que j’ai la folie des grandeurs. Je fais toujours les mêmes grimaces devant le miroir. J’ai pensé des centaines de fois que j’allais écrire, ou que sais-je.

Alors qu’elle n’a que dix-huit ans et étudie au lycée, l’Anchluss de mars 1938 la convainc de quitter le Reich allemand dont l’atmosphère insupportable l’étouffe déjà. Elle s’embarque pour la Norvège jusqu’à Lillestrøm où elle s’installe en 1938 et où elle passe le bac en 1940.

En arrivant en Norvège, elle rencontre bien vite la poétesse Gunvor Hofmo avec qui elle se lie d’une amitié profonde. C’est avec elle qu’elle sillonne la Norvège et forge son expérience de jeune femme.

En septembre 1942, elle s’installe seule dans la capitale et s’inscrit aux cours du soir à l’école des Beaux-Arts. Son rêve de carrière artistique est brisé net : elle est arrêtée pour vivre son dernier voyage. 188 femmes, 42 enfants et 116 hommes seront ses compagnons pour l’enfer. Leurs corps seront brûlés en plein air. Pour ces 346 personnes, il n’existe pas d’actes officiels de décès.

En sus de montrer le caractère entier d’une jeune fille assoiffée d’une vitalité éloignée des standards bourgeois, Le journal de Ruth Maier fait montre d’une qualité stylistique aussi délicate qu’admirable.

Le Journal de Ruth Maier est l’un des documents les plus marquants sur la déportation des juifs qui ait été retrouvé en Norvège. Son témoignage intimiste peut être rapproché de celui d’Anne Frank, mais avec, en plus, un souffle de vie créatrice éminemment authentique. Saisissant.

Le journal de Ruth Maier, De 1933 à 1942, une jeune fille face à la terreur nazie,Traduit du norvégien par Alex Fouille, sept. 2012, 480 p., 24€

 

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