Après Les pervers narcissiques écrit et publié en 2009, Jean-Charles Bouchoux revient avec Dans le champ de Narcisse. Dans la suite logique du précédent, il rappelle que toute manifestation narcissique n’entraîne pas forcément de la perversion. L’ouvrage est très bien documenté. Et il comporte en sa fin, la reproduction de deux entretiens téléphoniques passionnants.

Dans la première partie, l’auteur aborde les principales questions qu’on lui pose en consultation au sujet de pervers narcissiques. Et il répond avec beaucoup de patience et de pédagogie afin de comprendre pourquoi Narcisse prend tant de place dans notre société et dans nos esprits.

Dans le champs de Narcisse
Dans le champs de Narcisse

Le narcissisme, c’est une odyssée. D’où vient ce besoin d’exposer et de surexposer son intime ? Pourquoi la société, et nos propres parents, ont-ils versé dans la paradoxalité, nous rendant presque narcissiques malgré nous ? Pourquoi rencontre-t-on, parmi les narcissiques, des pervers (pas tous), des psychopathes, victimes de leurs propres programmes ? Pourquoi faut il souvent une combinaison d’absence de père et d’une mère toute puissante, conditions presque « idéales » réunies chez les personnes devenues narcissiques ?

Voici ici, l’analyse de tous les comportements narcissiques portés à notre connaissance. On peut repérer, à travers les contes de la mythologie – comme l’avait fait Freud – et la figure d’Achille, de Munchausen, l’affabulateur-Sauveur, celle de Che Guevara, de Jim Morrison, dont les symptômes narcissiques prononcés ont marqué nos consciences et orienté nos réflexions sur notre capacité à imiter, à mimer.

Avec nombre de témoignages recueillis et dispensés dans les chapitres, on comprend l’orientation de certains vers le fantasme de grandeur. On comprend surtout pourquoi la présence du père est fondamentale, indispensable, dans toute relation. Qui préserve l’individu de sa souffrance.

Le père, en s’interposant, dans la dyade mère/enfant, signifie à celui-ci qu’il est UN morte. Il l’oblige à sortir du gynécée, et le castre de son sentiment de toute-puissance. Il lui ouvre grand les portes du monde et l’invite à prendre une place, en fonction de ses capacités, à l’égal de ses pairs.

Le rôle du père est d’expulser l’enfant du gynécée, en l’obligeant à se créer un monde intérieur. Si certains pères avaient été plus présents dans l’éducation de leurs enfants, il y aurait moins de pervers narcissiques. (La faute aux mères castratrices ? Seulement ?).

Le livre de Bouchoux brille également par ce qu’il explique le mécanisme des ressorts délétères de nos habitudes, notamment par rapport aux réseaux sociaux, où la place de l’intime est galvaudée, où nous assistons à une forme de mutation totalement néfaste pour les individus que nous sommes.Pourquoi se dire en public ? À quoi ça sert ? Si l’on ne connaît pas tout à fait les causes de ces nouveaux comportements autrement qu’en y voyant une faille narcissique certaine, on peut néanmoins en apprécier les conséquences.

Si castration était le mot à retenir chez Freud, Paradoxe est celui qui domine aujourd’hui. Il est clair que nous avons régressé d’une société œdipienne à une société narcissique. D’une société où l’idéal à atteindre était le père et où l’angoisse de ne pas posséder ce qu’il faut, à une société où l’image prime, sur tout et où l’angoisse afférente est une angoisse d’abandon.

Point de jugements de valeur ici, dans cet essai qui cherche avant tout à comprendre, et à proposer des solutions. À défaut d’être tous des (pervers) narcissiques, nous sommes tous, à plus ou moins forte dose, des victimes. Nous pouvons renoncer à nos fantasmes de grandiosité : c’est ce qui nous fera grandir et nous préservera. Contrairement au pervers narcissique, vampirisé par ses mécanismes de défense, et qui, parce qu’il est malade, ne pourra jamais s’en sortir.

Jean-Charles Bouchoux Dans le champ de NarcisseEditions Ovadia, juin 2014, 18 euros

 

Depuis plus de 10 ans, Jean-Charles Bouchoux, psychanalyste, participe à la formation de thérapeutes, de psychanalystes et de public confrontés à la relation d’aide. Ancien animateur de maison verte, Jean-Charles Bouchoux supervise de nombreuses structures (association d’aide, de gestion de tutelles, de curatelles, crèches, thérapeutes). Il tient de nombreuses conférences en France, en Suisse et en Belgique.

 

Écrivain et chroniqueuse littéraire, Laurence Biava contribue à plusieurs revues culturelles. Elle a créé, en 2011, l’association Rive gauche à Paris afin de créer et de soutenir des événements culturels liés au milieu littéraire ainsi que deux Prix littéraires. Le premier, le Prix Rive gauche à Paris, rend hommage à l’esprit rive gauche parisienne depuis le 19e siècle, et récompense une œuvre littéraire en langue française, qui privilégie la fiction. Le second, le Prix littéraire du Savoir et de la Recherche, est tourné vers tous les savoirs et les sciences.

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