Soft City est l’un des plus grands romans graphiques dans l’histoire des arts. Tout, dans ces pages, dans son auteur, Hariton Pushwagner, comme dans son histoire rocambolesque et sa postérité tardive, invite à le croire. Les éditions Inculte / Dernière marge le publient pour la première fois en France. Avec une présentation, s’il vous plaît, de Chris Ware. The Soft City is risen again 

SOFT CITYPushwagner : rien que le nom de cet artiste, qui s’appelle en vérité Terje Brofos, est une œuvre en soi. Hariton Pushwagner, né en 1940 à Oslo, est un peintre pop norvégien. Il est surtout célèbre pour avoir réalisé le roman graphique Soft City.

Curieuse histoire que celle de la postérité de cette pièce : réalisée en 1970, il faudra attendre les années 2000 pour qu’elle soit reconnue et acclamée. Une exposition à Berlin en 2008, une critique élogieuse du New York Times, une réédition en anglais préfacée par Chris Ware, le génial auteur de bande dessinée américain. En France, on avait déjà Villemolle 81, le film parodique de Winshluss, auteur de BD lui aussi. Mais il manquait la traduction de Soft City.

SOFT CITYLes éditions Inculte / Dernière marge sont les acteurs de cette traduction tant attendue. Leur ligne éditoriale 2017 s’intéresse de près à des jalons de l’histoire de la BD et de ses épigones. Après le Soft City de Pushwagner viendra, en août, la gigantesque traduction, par Claro, du roman Jerusalem d’Alan Moore. Du lourd. Si le roman graphique cherchait ses lettres de noblesse, il les avait trouvées il y a déjà des décennies dans Soft City. Quand Chris Ware en parle comme d’un « miracle », il faut mieux l’écouter.

L’histoire ? Une journée dans la peau d’un cadre moyen. Où ? Dans une mégalopole sans nom et sans commune mesure.

SOFT CITYOn dirait Kafka qui dessinerait 1984, secondé par le Jodorowsky de La Montagne sacrée. Une journée, comme dans l’Ulysse de Joyce, mais une journée dans une société de surveillance dystopique. La peinture de Pushwagner est certes présente, mais surtout le vertige architectural des planches. Gargantuesque, sérielle, la cité molle se déploie dans un format proche du livre d’artiste. On touche avec les yeux : Soft City ne se lit pas, il se regarde. Dans ces pages, le dessin trouve toute son autonomie et sa singularité. Et la cité de faire peur, tout comme Bingo, ce bébé à la Big Brother qui lui aussi nous regarde…

Soft City Hariton Pushwagner est un roman graphique publié par les éditions Inculte / Dernière marge, avril 2017, 160 pages, 30 euros

 

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