Han Psi, typographe de formation, aura consacré sa vie et son œuvre au jaillissement du sens dans la duale complémentarité du noir et du blanc. Le sombre fait sens en émergeant du silence de la page. Pureté des formes et perfection incisive de l’équilibre nous offrent des compositions qui éveillent et aiguisent notre regard.

HAN PSIC’est dans trois médiathèques de ce pays que l’on rattache régulièrement à la légendaire Brocéliande (Paimpont, Monterfil, Plélan-le-Grand) qu’est organisée du 4 mars au 31 mai 2017 une émouvante et très fine rétrospective en hommage à l’artiste Han Psi (1933-2015). Né à Rennes en 1933, typographe de formation, cet étonnant et discret artiste se consacrera entièrement à son œuvre à compter de 1980. Mais son œuvre quelle est-elle ? Pour mieux cerner cette vie artistique assez atypique, nous avons posé la question à Yves Prié. Le fondateur des éditions Folle Avoine, ce grand ami des poètes, poète lui-même et collaborateur des artistes sensibles a bien connu l’artiste Han Psi et son parcours aussi humble et sinueux que ses émouvants gestes calligraphiques.

Unidivers : Comment avez-vous découvert l’art de HAN PSI ? Pourquoi vous a-t-il séduit ?

HAN PSI

Yves Prié : J’ai découvert le travail de Han Psi lors d’une exposition des idéogrammes à l’abbaye de Boquen en 1970. Ce qui m’a frappé c’est la sobriété du travail et la justesse de la mise en place. Ancien typographe, Han Psi avait le sens de la mise en page, de la juste place dans la feuille. Par la suite, j’ai pu constater combien il était soucieux de l’équilibre des signes sur la feuille ; toute son œuvre est la recherche de l’équilibre entre la spontanéité du geste et la mise en place des éléments du dessin.

Unidivers : Quels rapports avez-vous entretenu avec l’artiste Han Psi et son oeuvre ?

Yves Prié : Nous nous sommes rencontrés en 1970 et intéressé par mon projet d’édition en typographie traditionnelle, il m’a aidé. C’est grâce à lui que j’ai appris les fondamentaux du livre, la composition à la main et la mise au point d’une maquette. Le premier travail que nous avons réalisé ensemble est un ensemble de 14 poèmes-affiches, dont certains sont exposés à la Médiathèque de Plélan-le-Grand.

HAN PSINous nous sommes aperçus ensuite que nous avions travaillé sans le savoir au même moment sur l’idée du cercle, d’où une exposition intitulée « Cercle premier », titre du recueil paru chez Rougerie, présentée entre autre à la Bibliothèque de Pontivy, grâce à François Pacqueteau, bibliothécaire et à la Maison de la Culture à Rennes sur une proposition de Gilles Fournel. En 1981, il a illustré une série de mes poèmes sous le titre « Granits ». Tout au long des années, nous avons échangé les travaux, confrontés les points de vue. Avec Louis Le Bihan, publié pour plusieurs titres aux éditions, une amitié riche en projets et réalisations s’est poursuivie jusqu’à la fin. Il a illustré, entre autres « L’Ombre à manger », « Palimpsestes de l’air » et donné plusieurs vignettes pour ses recueils.

Unidivers : Pourquoi avoir décidé d’organiser une rétrospective de ce discret artiste du signe et pourquoi dans ces lieux particuliers ? Comment les choses se sont-elles déroulées ?

HAN PSIYves Prié : Depuis les années 80, Han Psi avait coupé tous les ponts avec le milieu du marché de l’art pour se consacrer uniquement au travail dans l’atelier, ce qui a eu pour conséquence l’oubli. Il a exposé à Paris, à Bâle et à Toronto et dans de nombreuses villes au hasard de ses pérégrinations familiales. A son décès, il laisse une œuvre importante qu’il faut préserver, classifier et faire connaître. Le problème était de trouver des lieux susceptibles de s’intéresser à cette redécouverte. La famille est originaire de Plélan-le-Grand, bien qu’il soit né à Rennes, et il a passé une grande partie de son enfance là. Le nom Han Psi est la déformation du lieu-dit Psihan. Toute son œuvre s’est nourrie des éléments, eau, végétation, paysages, vus dans sa jeunesse, sans faire de la peinture locale évidemment. C’est là le secret de la création, transformer une origine en création qui s’adresse à tous. « Enraciné, mais que l’on ne voie pas tes racines » disait le poète espagnol Juan Ramon Jimenez.

HAN PSIJ’ai proposé à Jean-Louis Meloche, responsable de la Médiathèque de Plélan une exposition;proposition qu’il a tout de suit acceptée et élargie puisque ce sont deux autres bibliothèques – Paimpont, Monterfil – qui se sont associées au projet, ce qui permet de présenter une vue plus large de cette œuvre multiple, chacun ayant choisi un axe particulier. En plus, Anne Delamare de la Boutique Nomade à Rennes a découvert le travail de Han Psi et propose en mai une exposition dans ses locaux. En espérant que beaucoup aient le désir de découvrir à leur tour Han Psi.

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La rétrospective Han Psi se tient du 1er mars au 31 mars à la Bibliothèque de Paimpont, du 1er mars au 29 avril à la Médiathèque de Plélan-le-Grand et du 28 avril au 31 mai à la Médiathèque de Monterfil

Infos 02 99 61 80 03

La culture est une guerre contre le nivellement universel que représente la mort (P. Florensky) Journaliste, essayiste, musicien, a entre autres collaboré avec Alan Stivell à l’ouvrage « Sur la route des plus belles légendes celtes » (Arthaud, 2013)
thierry.jolif [@] unidivers .fr

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