Le tout premier Grand Marché Vrac de France s’installe en septembre prochain à Rennes ! Quand David Sene, gérant de la boutique Day by day, sise rue Saint-Hélier, lance le financement participatif de son nouveau projet, il ne se doute pas que la somme sera atteinte en moins d’une semaine… 100 000 € récoltés en 5 jours seulement ! Unidivers l’a rencontré. Grande distribution, gaspillage alimentaire et vrac sont au menu de cet article ! 

Unidivers – Après 10 ans dans la grande distribution, quel a été l’élément déclencheur qui a poussé à vous investir dans un travail plus éco-responsable ?

David Sene – Le sentiment d’être démuni. Je ne cherche pas à jeter la pierre à l’agroalimentaire, mais le principe de la grande distribution est la vente d’une marque plutôt que celle d’un produit et ses valeurs nutritionnelles. L’aspect marketing prime alors qu’avec Day by day, j’ai retrouvé cette valorisation du produit et de l’agriculteur, comme le quinoa de Damien et Marion dans Le Berry. C’est plus parlant qu’une boîte de thon de telle ou telle marque.

J’entendais beaucoup de clients parler du fait que les quantités ne correspondaient pas à leurs besoins réels, autant au niveau des produits d’hygiène et d’entretien qu’alimentaires – comme les épices quand on veut tester une recette. Ces quantités disproportionnées constituent un gaspillage conséquent pour chaque foyer. Tout est conservé dans les placards avant un déménagement ou le ménage et on finit par les jeter… Il a pourtant fallu une masse importante d’énergie afin de fabriquer, conditionner et transporter le produit. Cette prise de conscience sur ce gaspillage alimentaire inutile a été l’élément déclencheur dans ma décision de m’orienter vers un autre système de consommation.

« En termes de gaz à effet de serre, le gaspillage alimentaire représente trois fois l’aviation »

La majorité associe mon activité au zéro déchet, mais je ne définis pas la boutique comme un magasin zéro déchet. C’est le but ultime de plusieurs personnes dans cette démarche, mais il ne faut pas se mettre la pression pour autant. Quand des clients se désespèrent de ne pas y arriver, je leur rappelle que l’on est 67 millions en France. Ce travail se doit d’être collectif, il n’a pas à être qu’individuel. Si chacun diminuait ses déchets ne serait que de cinq kilos/an, l’impact serait déjà énorme.

Unidivers – En décembre 2015, la première épicerie 100 % vrac à Rennes via le réseau Day by day voit le jour. En cinq ans, avez-vous constaté une évolution de consommation, une augmentation de la clientèle et de la demande ?

vrac day by day

David Sene – À l’ouverture, les habitants ne savaient pas où placer le magasin. La France est un pays qui aime catégoriser, mais la case vrac n’était pas encore à l’ordre du jour. Au début, ils s’interrogeaient : est-ce un magasin bio, de produits sans gluten, vegan, etc. Après un travail de pédagogie afin de montrer les valeurs de la boutique – la lutte contre le gaspillage l’alimentaire et participer à la réduction des déchets, la clientèle s’est familiarisée au concept. Au début, le panier moyen s’élevait à 5/6€, aujourd’hui il est passé à 18/20€.

L’écologie est un sujet extrêmement vague, il n’est pas possible de tout rassembler dans un magasin : du bio, du local, du sans gluten, du végétalisme, etc. Le but de ce type de projet est de changer les choses donc se retrouver dans une niche n’est pas judicieux. Day by day, comme le futur grand marché vrac, propose des produits du quotidien et valorise le territoire français afin de montrer que c’est accessible à tout un chacun qui veut passer le pas. Même ceux qui ne sont jamais entrés dans un magasin bio peuvent essayer en prenant la juste mesure de ce dont ils ont besoin, en bio ou non bio. Avoir du bio qui a fait le tour du globe jusqu’à sa destination finale est contradictoire avec la démarche écologique… Puis quand un grossiste a la main, on perd la traçabilité du produit alors que les producteurs français non biologiques en partenariat avec nous se placent dans une agriculture raisonnée aux valeurs semblables aux nôtres.

vrac day by day

Unidivers – Les personnes pensent parfois à tort que le vrac coûte plus cher que les produits en grand distribution…

David Sene – Le principe est de trouver un juste prix plutôt que de chercher le prix le moins cher. Malheureusement, la misère se cache souvent derrière les prix les plus bas. Des agriculteurs qui se suicident tous les jours ou une personne qui travaille comme quatre afin de proposer des prix discount sont une réalité. Préfère-t-on l’exploitation humaine ou que tous puissent manger à sa faim et dans de bonnes conditions de vie ? Quand les gens se fournissent dans un magasin vrac, ils achètent la juste mesure. Ils peuvent évaluer la quantité en fonction de leurs besoins donc ils achètent moins. En grande distribution, plus le format est petit, plus le prix est cher au kilo. À Day by day, le prix reste linéaire que vous preniez 10 ou 600 g. Le prix au kilo est moins cher à qualité comparable par rapport à la grande distribution.

Unidivers – Quand on achète en vrac, il est nécessaire d’aller dans plusieurs magasins. Votre nouveau projet s’inscrit dans la continuité de Day by day et va plus loin : Épicerie fine, boucherie et charcuterie, fromagerie et crèmerie, droguerie et hygiène, tout sera réunis dans un seul endroit et en vrac !

David Sene – Les produits comme le riz, la moutarde ou le ketchup se trouvent difficilement sur les marchés actuels. Le Grand Marché Vrac vient de l’idée de réunir l’épicerie sèche et la droguerie avec des produits que l’on trouve généralement sur le marché. Dans une société où nous sommes de plus en plus pressés, ce projet tend à créer un lien avec le producteur, ce qui permet également une traçabilité du produit. La grande distribution essaie, mais les pôles bio des fruits et légumes restent très normés : pas de légumes « disgracieux » sur les étals.

vrac day by day

« Je cherche à retrouver l’ambiance place de village, un lieu de rencontre entre consommateurs et producteurs du coin »

Unidivers – Le local se situera dans la première couronne rennaise, mais pas dans le centre-ville. Sera-t-il facilement accessible en transport en commun ?

David Sene – J’aurais pu rouvrir une boutique de 60 m2 dans un autre quartier, mais la clientèle n’aurait pas été plus diversifiée alors que le développement du concept est l’idée première. Sans s’installer dans une zone commerciale isolée, le lieu doit être accessible autant en bus qu’à vélo ou en voiture. Les habitants de la rue Saint-Hélier, surnommé le village Saint-Hélier, ont tout sur place, mais ce n’est pas le cas de tout un chacun. En prenant en compte le centre ville, les autres quartiers de Rennes et la périphérie, on s’adresse autant aux ruraux qu’aux urbains.

Puis, beaucoup viennent me rendre visite à la boutique afin de montrer leur intérêt, avoir des conseils ou simplement dire leur intention d’ouvrir une enseigne de vrac. Le concept se démocratise et quatre à cinq boutiques ouvriront probablement d’ici la fin de l’année. Il a fallu créer le marché quand il n’existait pas, mais aujourd’hui cette concurrence crée une émulsion, c’est bien. Le Réseau Vrac a d’ailleurs été créé afin d’aider les indépendants à se lancer dans la démarche de vente en vrac dans de bonnes conditions – hygiène, traçabilité du produit, etc. Certains sont obligés de prendre la voiture ou de la garer et prendre ensuite un bus. La conduite en ville – avec les feux, la consommation d’essence – est beaucoup plus polluante que de rouler cinq minutes sur la rocade.

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David Sene

« Mon but est de développer le vrac et de le rendre accessible à tous, autant aux urbains qu’aux ruraux »

Unidivers – Vous allez collaborer avec des producteurs locaux comme Chez Fanch, Le Rheu Maraîcher. Avez-vous déjà trouvé l’ensemble des producteurs ou les recherches se poursuivent-elles ?

David Sene – Comme Day by day, aujourd’hui constitué à 75 % de production française, le sec rassemblera au maximum des produits de nos régions.

Je préfère ne pas trop parler de l’emplacement, car nous cherchons justement un dernier partenaire, celui de la boucherie-charcuterie. Je suis assez difficile, car je recherche un éleveur qui s’occupe de la chaîne opératoire de A à Z : de l’élevage à la transformation, avec ses filières dans l’abattage non cruel, etc. Des pistes se dessinent et des personnes nous contactent grâce à la visibilité dans plusieurs médias. Nous avions trouvé une personne qui est finalement partie vers d’autres aventures après la Covid-19. Je cherche aussi du pain bio, avec peut-être un artisan local ou des fermes qui fabriquent du pain dans leur four à pierre, avec de la farine de proximité.

Un espace ateliers non payants, ou peut-être avec une participation minime pour les frais, sera également installé. J’accueillais déjà ce genre d’événements à la boutique, mais l’espace est devenu trop petit. Beaucoup d’activités de ce type existent, mais le prix varie entre 20 et 40€, un budget qui peut être important. En proposant des ateliers pédagogiques et initiatiques, les intéressés pourraient se saisir de cette opportunité et participer à un atelier de confection de cosmétiques ou produits d’entretien afin de réduire les déchets. Par ailleurs, beaucoup d’intervenants s’installent en ville et recherchent une visibilité.

J’ai même l’idée de créer un lieu de rencontres, peut-être sous forme d’association. Beaucoup de retraités viennent me voir et me disent qu’ils s’ennuient. De cette manière, les personnes peuvent partager un savoir, comme recoudre un vêtement, réaliser un produit d’entretien, etc.

vrac day by day

Unidivers – Le financement participatif a été lancé le 25 mai 2020 et la somme voulue (100 000€) a été atteinte au bout de seulement cinq jours. Vous attendiez-vous à un tel engouement ?

David Sene – C’est assez impressionnant et encourageant. Plutôt que d’investir sur un livret A ou un PEL qui rapporte peu, ce mode de fonctionnement encore méconnu permet aider un jeune entrepreneur et l’économie réelle. Avec ce système du prêt rémunéré, les épargnants jouent le rôle de la banque et certains assurent même leur retraite de cette manière. De ce point de vue, le site Mimosa fait l’intermédiaire entre l’emprunteur et les épargnants et a été à l’écoute de nos recherches et demandes Il y avait un minimum de 50€ au départ sur la base d’un remboursement sur 5 ans, je peux néanmoins rembourser par anticipation sans frais, ce qui est différent d’une banque.

Daybyday est mon bébé, il restera avec sa vocation de magasin de proximité et Je serai présent sur les 2 !

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