La France n’a pas réussi à faire pencher le vote des États membres de l’Union européenne sur le glyphosate. Après trois ans de débats houleux, marqué par un constant lobbying du géant Monsanto, producteur du très critiqué Roundup, l’UE a décidé une nouvelle autorisation de l’herbicide pour une durée de cinq ans. Autrement dit a minima jusqu’en 2022.

 

glyphosate monsanto

Plutôt défavorable jusque-là, l’Allemagne a pourtant voté favorablement à l’instar de 17 autres pays, 9 se sont opposés et 1 abstenu. Après ce vote bien malheureux au regard de la santé des consommateurs européens et de la crise de confiance dans les agences européennes sanitaires, la France reste déterminée à sortir du glyphosate « au plus tard dans 3 ans » a indiqué le président Emmanuel Macron dans un tweet publié après la décision européenne.

« J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans 3 ans », a souligné le chef de l’État. La France, lâché par l’Allemagne, « entend continuer, avec d’autres États membres, à peser au niveau européen pour que la Commission mène des études supplémentaires sur la dangerosité du produit et sur les alternatives pour les agriculteurs ».

« Il faut voir d’où on vient. Si nous n’étions pas intervenus, l’UE aurait revoté une autorisation pour dix ans », a souligné sur RTL le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot. « Mais cinq ans, c’est trop long et les mesures d’accompagnement pour l’instant sont insuffisantes. Alors, on va regarder ce que la France peut faire de son côté », a-t-il ajouté, se disant « un peu triste » que l’Europe n’ait pas entendu « l’expression citoyenne » en faveur du principe de précaution. « Je suis convaincu que les alternatives (au glyphosate) existent, et trois ans me paraît un calendrier raisonnable pour concilier les points de vue », a-t-il dit.

Syndicat agricole majoritaire, la FNSEA a pris acte du vote, mais a déploré que Paris ait « fait bande à part ». Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, s’est, lui, déclaré « heureux » qu’un accord européen ait été conclu, tout en appelant à trouver des solutions de remplacement au fameux principe actif du Roundup de Monsanto.

Après le vote européen, les ONG en avaient appelé au gouvernement français. « Il est toujours possible pour un pays (d’interdire) une matière active autorisée en Europe, il faut simplement le justifier auprès de l’UE, explique François Veillerette, porte-parole de Générations futures. La France doit être à la hauteur de sa promesse. »

monsanto

Le glyphosate fait l’objet d’une âpre bataille depuis son classement parmi les cancérogènes probables, en 2015, par le Centre international de recherche sur le cancer (agence de l’OMS). L’Efsa, agence européenne de la sécurité alimentaire, est arrivée à la conclusion inverse. Résumé :
GLYPHOSATE

Le glyphosate est une molécule chimique herbicide de la multinationale américaine Monsanto commercialisée depuis 1974 sous la marque Roundup. Le glyphosate est le désherbant le plus vendu dans le monde (plus de 700 000 tonnes par an). « En France, le glyphosate fait partie, avec le soufre, des deux substances phytosanitaires les plus vendues », précise l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) : environ 8000 tonnes sont utilisées pour un usage agricole (6500 tonnes) et jardin (1 500 tonnes). Or, le 10 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) classe le glyphosate comme « cancérogène probable pour l’homme ». Mais le 12 novembre 2015, l’Agence de sécurité alimentaire européenne (Efsa), rend un avis contraire : « il n’y a pas de lien de causalité entre l’exposition au glyphosate et le développement de cancer chez les humains ». Entre deux, l’Agence européenne des produits chimiques (Echa) estime que le glyphosate est « une substance causant des lésions oculaires graves, toxiques sur le long terme pour les organismes aquatiques, mais n’est pas cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction ». Cela étant, l’Anses juge « préoccupant » l’association du glyphosate et de l’un de ses adjuvants la tallowamine. Le 20 juin 2016, l’Anses retire les autorisations de mise en marché de 126 produits associant glyphosate et tallowamine. L’enquête de Marie-Monique Robin renfonce le clou : le glyphosate serait à l’origine de pathologies sévères chez les végétaux, les animaux et les humains. Au final, l’OMS est la seule institution à tenir le glyphosate pour « cancérogène probable ». Normal ! Comme viennent de le révéler Stéphane Foucart et Stéphane Horel du Monde, les études européennes (en vert sur l’infographie) ont été menées sous influence de Monsanto ; certains passages des documents du géant se retrouvant purement et simplement copiés-collés dans les rapports européens.

MONSANTO LE ROUNDUP FACE À SES JUGES : DÉNONCIATION D’UN ÉCOCIDE

Laisser une réponse

SVP rédigez votre commentaire
Merci d'inscrire votre nom