françois leotardFrançois Léotard, né le 26 mars 1942 à Cannes. Député du Var et maire de Fréjus pendant près de vingt ans, il a été deux fois ministre. Il a été président du Parti républicain, puis de l’UDF de 1996 à 1998. Il a tout plaqué en 2001 à la mort de son frère Philippe Léotard, pour se consacrer à la littérature et profiter d’une vie loin des honneurs. Il est l’auteur de 15 romans et essais où il se souvient des bonheurs et des bassesses de son aventure au sommet de l’État. À ses yeux, « écrire un roman, c’est le mentir vrai. Sans conséquence. Contrairement au monde politique. » Présentation du dernier ouvrage de François Leotard Habitare Secum.

 

« Demain quand nous prendrons la fuite dans le Transsibérien, la petite Jeanne et moi, vers Port Arthur, vers Kharbine, vers les vagues de plomb de l’Amour où, comme des rondins, des cadavres jaunes remontent toujours en surface, nous trouverons enfin le chemin qui mène à soi et à l’amour… » (Frédéric Sauser alias Blaise Cendrars, La légende de Novgorod, 1907)

 Ainsi s’ouvre cet opuscule philosophique. Habitare secum invite le lecteur à une plongée dans l’Océan poétique de la fuite ondulante du monde vers soi-même. Un voyage introspectif.

habitare secum, françois leotardL’ouvrage est composé de 22 micronouvelles. Chacune brosse le portrait d’un personnage. Variés, ces croquis balaient les différentes strates de la société, depuis l’humble ouvrier au plus haut chef d’État. Beaucoup ont en commun :

…vous glissez vers la mort avec une incroyable gaieté. Une gaieté publicitaire, sexuelle, libérée…Elle envahit chaque moment de votre vie, déborde sur le début des jours et la fin des nuits, le travail, le métro. Elle fait envie à tous les dépressifs de France Telecom…Vous parlez bagnole, bouffe, bringue, biftons parce que tout cela c’est quand même mieux quand c’est payé en liquide…

Quelques-uns de ces portraits comme certains lecteurs pourront peu ou prou recevoir le message de paix délivré par l’auteur. Objectif : une véritable introspection loin de toute agitation et une lecture solitaire. Voilà la solution au regard de l’absence de sens, au vide, aux catastrophes naturelles et à la bêtise humaine.

« Il y a de bonheur à s’éloigner du monde. Prenez un livre et planquez-vous. Adoptez la formule de Joyce : le silence, l’exil et la ruse… »

L’ouvrage se termine par un dialogue fictif du Lecteur avec l’Auteur. Dans cet ultime portrait ou autoportrait, François Léotard, après avoir précisé être un nostalgique, fait un aveu qui prend tout son sens :

 – Quel est votre nom exactement ? Rappelez-le-moi, je l’ai oublié…
– Il figure sur la couverture de ce livre. J’aurais bien voulu en changer, mais c’est un peu tard. Si cela avait été possible, j’aurais demandé à mes parents de m’appeler Télémaque. C’est un nom grec. Il signifie « loin de la guerre »… C’était le fils d’Ulysse, l’homme « aux mille ruses.

Habitare secum est un vadémécum de sagesse, de poésie et de nostalgie. Un déroulé de phrases amples, rythmées, orales, de puissantes références à la Grèce Antique et une véritable passion de la langue qui transparaît dans la maîtrise des imparfaits du subjonctif si beaux à voir avec leurs chapeaux comme des acteurs saluant à la fin d’une représentation. Une invitation à la lecture comme émerveillement et ultime “ruse” pour échapper à l’apparente absurdité de la vie.

Alors, laissez-moi écrire sur cette absence. Et peut-être à cette absence. Mais s’il n’y avait que cela (…) C’est un peu comme si on voulait arrêter sur une plage la marée montante. Vous êtes là, tout seul… Vous écartez les bras. Vous savez que c’est idiot, que cela ne sert à rien et, assez vite, vous êtes noyé. Peut-être suis-je un petit garçon qui a construit un château de sable. Ou peut-être celui qui va le détruire d’un coup de pied. Comme ça, en passant.

François Léotard Habitare Secum, (ed. SudarèneS, 2011), oct. 2011, 52 p., 4€

 

 

2 Commentaires

  1. Bonsoir Monsieur le ministre,
    J’ai vu ce soir l’émission de france 2 sur vous et votre frère.
    Je n’ai jamais été fanatique de votre action politique. Mais j’aurai aimé vous avoir pour frère. Et que dire de Philippe !)

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