Victime d’une tentative de braquage, un bijoutier panique et tire. Faisant écho aux drames de l’autodéfense, le téléfilm TUER UN HOMME est finement mis en scène et joué par Frédéric Pierrot et Valérie Karsenti.

 

tuer un homme filmD’origine italienne, Matteo Belmonte a repris avec sa femme Christine la bijouterie de ses beaux-parents dans une petite ville du sud de la France. Lorsqu’un jour, un homme fait irruption dans leur magasin, tout bascule. Pointant une arme vers Christine, l’inconnu réclame le contenu des présentoirs. Mais cette dernière refuse d’obtempérer : en quelques mois, c’est la troisième fois qu’ils sont victimes d’un cambriolage. Tandis que le ton monte, Matteo s’empare d’un revolver et, craignant pour la vie de son épouse, fait feu à deux reprises. Touché à l’abdomen, le voleur rejoint un complice avec lequel il s’enfuit en scooter. À quelques rues de là, Romy, la fille des bijoutiers, se précipite près d’un homme qui s’écroule, inanimé, sur la chaussée…

FATAL ENGRENAGE

TUER UN HOMME FILMLégitime défense ou tentative d’assassinat ? Alors que Christine (Valérie Karsenti) s’enfonce peu à peu dans la dépression, Matteo (Frédéric Pierrot) s’accroche pour ne pas perdre pied. Pris dans la mécanique judiciaire, leur couple vacille, les réseaux sociaux s’emballent, les racistes sortent du bois, l’appétit électif d’un intrigant s’aiguise, la compassion s’épuise. Coécrit par Pierre Chosson (Hippocrate) et Olivier Gorce (Chocolat ou Primaire, en salles le 4 janvier), le film d’Isabelle Czajka déroule sans manichéisme une lente désagrégation à l’œuvre et les douloureuses conséquences d’un acte irréparable.

ISABELLE CZAJKA, LA RÉALISATRICE

TUER UN HOMME FILMAprès L’année suivante, D’amour et d’eau fraîche et La vie domestique, Isabelle Czajka poursuit dans Tuer un homme son observation des malaises de la France contemporaine. Une histoire
aux allures de fait-divers qu’elle aborde à hauteur d’homme, pour en dévoiler la complexité. L’histoire de Tuer un homme évoque de récents faits divers. Qu’est-ce qui vous intéressait dans ce point de départ ?

L’idée n’est pas de moi, c’est celle des scénaristes Pierre Chosson et Olivier Gorce, qui se sont effectivement inspirés de plusieurs faits-divers pour aborder la question de la légitime défense. L’histoire de Matteo Belmonte m’a intéressée parce que c’était, m’a-t-il semblé, une occasion de parler de la France d’aujourd’hui. J’ai voulu la situer dans le Sud, dans une de ces villes moyennes, typiquement françaises… une de ces villes qui au-delà de leur centre historique, s’étendent maintenant dans des zones périurbaines disparates, dont la population se sent écartée des métropoles environnantes, et où les positions politiques se durcissent. L’acte du bijoutier va réveiller, dans son entourage, ceux qui sont sensibles aux idéologies sécuritaires. Sur ce point je voulais éviter le manichéisme, ne pas stigmatiser, car cela reviendrait à enfermer les gens dans un mode de pensée dont on veut justement sortir. La légitime défense est un sujet rarement traité en France. Votre film est-il porteur d’une morale ? Non, je n’ai pas voulu me situer dans un débat de société. Pas plus que je n’ai voulu faire un film de procès : dans la partie consacrée au procès du bijoutier, j’ai choisi de ne pas montrer les rouages de la justice. Ce qui m’intéressait, c’était les témoignages des protagonistes.
J’ai essayé d’explorer la dimension humaine de cette situation. C’était important qu’on ne puisse pas avoir d’avis tranché sur les choix des personnages, sur leurs actions. Cette idée a guidé le scénario, la mise en scène, le choix des décors et des acteurs. J’ai souhaité garder une certaine âpreté dans le ton et une forme de lucidité sur les personnages, qui empêche de les juger.

TUER UN HOMME FILMDerrière le fait divers et le tableau social, il y a aussi une histoire de famille ?

J’ai voulu ancrer le drame dans un quotidien, une intimité. Les comédiens que j’ai choisis m’ont aidée à aller dans ce sens. Valérie Karsenti dégage quelque chose de vif, de pimpant, tout en incarnant une Madame tout le monde à laquelle les gens peuvent facilement
s’identifier. Frédéric Pierrot est un homme doux, qui inspire l’empathie, ce qui rend son acte de violence d’autant plus dramatique, complexe. Matteo Belmonte veut protéger sa famille, mais en le faisant il la détruit… Au cours de l’écriture, les personnages de la mère et de la fille sont finalement devenus les plus actifs : ils se
transforment volontairement, contrairement à Matteo.

UN COUPLE DANS LA TOURMENTE

TUER UN HOMME FILMVenus d’horizons différents, Frédéric Pierrot (Polisse, Les revenants) et Valérie Karsenti (Maison close, Scènes de ménages) sont réunis par Isabelle Czajka dans Tuer un homme. Justes, intenses, ils interprètent un couple de bijoutiers qui doit faire face à l’irréparable.

Qu’est-ce qui vous a séduit l’un et l’autre quand on vous a proposé ce projet ?

Frédéric Pierrot : Une heureuse combinaison entre le scénario et le fait qu’Isabelle Czajka le réalisait. Je trouve que les films inspirés de faits divers ont souvent tendance à simplifier les choses, mais là, j’avais le sentiment que son regard rendrait justice à la complexité de la situation. Nous voulions éviter l’explication, le commentaire des faits. Faire en sorte de ne pas coincer l’imaginaire du public, qui est déjà envahi par toutes les images liées à ce type d’événements.
Valérie Karsenti : Le sujet de l’autodéfense nous interroge tous, mais chacun de ces drames est unique. On a donc joué celui-ci comme une histoire vierge de tout précédent. Ce qui était intéressant dans le scénario, c’est qu’il traitait des conséquences du geste, de manière non manichéenne. Isabelle Czajka est une réalisatrice très fine, j’avais beaucoup aimé ses précédents longs métrages. Le film abordait aussi beaucoup d’autres choses, comme la tentative de récupération de l’affaire par l’extrême droite, ou la situation de ces petites villes françaises qui étouffent parce qu’elles sont de plus en plus délaissées.

Avez-vous eu besoin de vous expliquer l’acte du bijoutier pour pouvoir le jouer ?

TUER UN HOMME FILMF. P : On ne peut pas expliquer cela. Il y a une image qui me semble assez juste pour définir le geste de mon personnage, c’est celle de l’éclair. L’éclair tombe sans prévenir. Il surprend tout le monde, il assomme, et il peut aussi tuer. Des masses se rencontrent dans des
circonstances particulières, créent une différence de potentiel, et déclenchent une décharge… Dix secondes après il est trop tard. La justice va essayer d’éclaircir ce geste, mais on ne peut pas vraiment savoir ce qui se passe à ce moment-là. Pourtant les conséquences sont
irréparables.
V. K : Le personnage de Frédéric est prostré, comme figé dans son geste. Toutes ses certitudes sont remises en question, alors qu’au départ il pensait avoir agi comme il faut, pour protéger les siens. Progressivement se dessine la possibilité qu’il aurait pu ne pas tuer. Sa femme est perdue elle aussi. Elle doute. Est-ce qu’elle était réellement en danger ? Elle ne le saura jamais. Ce couple se retrouve dans une situation très violente, qui marque un avant et un après.
Leur histoire d’amour est d’ailleurs au cœur du drame…
F. P : C’est la seule chose qu’on s’est dite avec Valérie avant de commencer : partir de la certitude que ce couple s’aimait. À partir de là, on pouvait se laisser gagner par la situation, abandonner les personnages à leur histoire.
V. K : C’est un couple qui va bien sur le plan amoureux. Bien sûr, il y a des insatisfactions, et le drame va les faire surgir… Lui, il s’est battu pour l’épouser, pour avoir ce commerce. Elle, elle a choisi cet homme, mais pas forcément la vie qui allait avec. Voilà ce qu’elle va remettre en question. Le fait de voir son mari devenir un tueur devant elle, dans cette boutique, lui révèle qu’elle ne peut plus vivre cette vie-là. C’est tout aussi dramatique pour elle, car elle aussi perd son amour.

Comment Isabelle Czajka vous a-t-elle dirigés ?

TUER UN HOMME FILMF. P : Elle ne laisse rien passer ! Elle nous aide à gommer les tics, le trop-plein, à interpréter le moins possible pour ménager des silences, laisser les scènes ouvertes. On était tous conscients de l’endroit où on voulait se placer par rapport à l’histoire et aux personnages. Je n’ai fait aucune recherche, je me suis concentré sur les scènes. J’ai une petite méthode personnelle qui consiste à réécrire à la main, dans un cahier que je garde tout le temps sur moi, les scènes que je dois jouer, dans l’ordre du tournage – ma partie, mais aussi celle de mes partenaires. Cela me permet d’identifier les difficultés, de m’approprier le texte, le rythme, parfois de proposer des idées.
V. K : On a beaucoup ri, tout en essayant de travailler au plus juste. En ce moment, dans mon métier, j’ai la chance de pouvoir alterner les registres. La comédie reste une partition précieuse, car elle m’offre une liberté et une folie auxquelles je laisse moins libre cours dans le
drame. En dehors de la comédie, je n’aime pas beaucoup l’impudeur… Je cherche à travailler sur des émotions plus contenues, plus ramassées.

TUER UN HOMME est une fiction réalisée par Isabelle Czajka, scénario Pierre Chosson et Olivier Gorce. Avec Frédéric Pierrot, Calérie Karsenti, Éva Lallier, Éric Pucheu. VENDREDI 27 JANVIER 2017 à 20.50 sur Arte

MEILLEUR TÉLÉFILM AU FESTIVAL DE LA ROCHELLE 2016

LISTE ARTISTIQUE
MATTEO BELMONTE : FRÉDÉRIC PIERROT
CHRISTINE BELMONTE : VALÉRIE KARSENTI
ROMY : ÉVA LALLIER
PAUL : ÉRIC PUCHEU
MAÎTRE CASTEL : LAURENT POITRENAUX
RUFIN MOKILI : SAMUEL ARNOLD
LISTE TECHNIQUE
RÉALISATION : ISABELLE CZAJKA
SCÉNARIO : PIERRE CHOSSON ET OLIVIER GORCE
IMAGE : RENAUD CHASSAING
MONTAGE : ISABELLE MANQUILLET
MUSIQUE : ÉRIC NEVEUX
COPRODUCTION ARTE FRANCE, DIAPHANA FILMS (FRANCE 2016, 84MN)
DIRECTEUR DE LA FICTION D’ARTE FRANCE : OLIVIER WOTLING
CHARGÉE DE PROGRAMMES : ISABELLE HUIGE
PHOTOS © EMILIE DE LA HOSSERAYE
TEXTES : JONATHAN LENNUYEUX-COMNENE

Laisser une réponse

SVP rédigez votre commentaire
Merci d'inscrire votre nom