Dans ce mardi matin ensoleillé qui baigne d’un lumière douce l’avenue qui conduit au Hilton, Farid se remémore le peu entraperçu la veille dudit Fontenay. Environ la soixantaine ; peut-être plus, peut-être moins. De type européen, le visage lisse et pâle, grand, svelte, élégant – un bel homme. Un costume gris taillé sur mesure et une chemise d’un blanc immaculé. Couleur des yeux – indéfinissable ; ou plutôt, impossible de s’en souvenir. On l’imagine naturellement dans un quartier d’affaires aussi bien que de magasins de luxe.

Quand il frappe à la porte de la chambre 606, Farid se demande en souriant si sa vie va basculer. Sur l’invite de son occupant, il pénètre un grand salon au luxe un brin tapageur. Un intérieur plutôt classique malgré quelques détails curieux. Pas le temps d’en faire le tour car Robert Fontenay, dont l’air contrarié tranche avec celui engageant de la veille, le presse de prendre place sur un large sofa pivoine devant une table-basse pourvue d’un solide petit-déjeuner pour deux.

–      Asseyez-vous, asseyez-vous, je vous en prie, M. El Guerrouj. Je vous remercie de votre ponctualité. Café, thé ?

–      Café, je vous prie.

–      Sucre ?

–      Non merci.

–      Pour le reste, servez-vous. Il y a des viennoiseries et des toasts, et tout ce qu’il faut pour les accompagner.

Robert Fontenay se presse de servir les deux tasses et reprend sans attendre.

–       Allons droit au but : vous vous demandez qui je suis, n’est-ce pas ?

– Bien sûr… Votre carte de visite en dit peu… Mais j’ai pris mes renseignements avant de venir. Déformation professionnelle oblige…

– C’est notamment pour votre formation professionnelle que je me suis adressé à vous. Mais pas seulement… Et même si je doute fortement que vous ayez trouvé des informations sur mon compte… Allons, cessons cette entrée en matière qui ne nous mènera pas bien loin. J’irai droit au but : je vous ai fait venir parce que je vais mourir… Ou devrais-je dire : je dois mourir.

– Rien que cela… Allons, Monsieur Fontenay, vous allez prendre un petit remontant et ça ira beaucoup mieux !…

– S’il vous plait, essayons d’avancer. En fait, si je dois mourir, c’est parce que je mens… Je mens à l’humanité toute entière sur ce que je fais… Depuis bien longtemps.

— …Si vous comptez m’expliquer que vous trompez Madame votre épouse, je ne pense pas être l’oreille  indiquée pour recevoir votre confession…

– …Comme des milliers d’autres personnes semblables à moi, je manipule des êtres humains pour me nourrir. Et le temps est venu d’y mettre un terme, car une autre solution existe.

– Je ne comprends vraiment pas de quoi vous parler. Et je crains fort que cet entretien ne nous mène nulle part.

– Ecoutez-moi quelques minutes en silence, puis vous déciderez ou non de vous en aller… Mais prenez des notes, elles pourraient vous être fort utiles…

Arrivé à ce stade des présentations, Farid, un peu piqué au vif, mais à la curiosité aussi, a le choix entre se relever, tourner les talons et mettre toute la distance nécessaire entre lui et cet olibrius givré ou… rester encore un peu. Etant donné qu’il avait fait le déplacement… il se saisit lentement de son fidèle calepin et d’un stylo puis fait signe à son singulier hôte qu’il est tout ouïe.

– Vous connaissez le mythe de Dracula, j’imagine. Cette sombre fable tissée par Bram Stoker à partir de Vlad Dracul, petit seigneur roumain sanguinaire qui terrifiait les Ottomans au XVe siècle. Eh bien, ce ne sont que des balivernes. Les seules vampires qui existent ne craignent absolument pas le jour…

– Mais bien sûr…

– Cessez donc ce ton railleur. Nous n’avons vraiment pas le temps de jouer. Il est écrit que ce que j’incarne doit mourir. Et c’est vous qui devrez me tuer.

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Retrouvez chaque vendredi un épisode des 11044. Cette histoire rédigée par Nicolas Roberti s’inspire d’Une aventure impromptue, un feuilleton écrit par Didier Ackermann directement selon les consignes proposées par le site Les Impromptus Littéraires. Chaque vendredi, jusqu’à septembre, découvrez un nouveau chapitre d’une aventure qui engage… l’avenir de l’humanité… Opera in progress…

Animula blandula vagula : Âme de diaphane intimité, hôtesse et compagne de mon corps, tu verses vers des lieux délavés, escarpés et dénudés, où ne résonnent tes jeux d'esprit…

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