rouge gorge contes et silhouettes
Image issue du court-métrage Poucette © Carlotta films

L’Opéra de Rennes accueille, vendredi 23 février 2024, le ciné-concert Contes et silhouettes de Rouge Gorge, accompagné de Rónán Ó Luasa. Dans le cadre du festival du cinéma Travelling, les deux musiciens donnent à voir et à écouter l’univers d’ombres et lumières de l’Allemande Lotte Reiniger, pionnière du cinéma d’animation qui a réalisé dans les années 50 de nombreux courts-métrages marqués par les contes et le merveilleux. 

Les ciné-concerts proposés pendant le festival de cinéma Travelling sont devenus un rendez-vous attendu du public. L’association Clair Obscur invite pour sa 35e édition, du 20 au 27 février 2024, le Rennais Robin Poligné, que l’on connaît sous le nom d’artiste Rouge Gorge. En binôme avec Rónán Ó Luasa, le duo de musiciens accompagnera, vendredi 23 février dans l’écrin de l’Opéra de Rennes, l’œuvre étrange mais poétique de Lotte Reiniger. L’Allemande a signé en 1926, avec Les Aventures du prince Ahmed, l’un des tout premiers longs-métrages d’animation de l’histoire du cinéma. 

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Robin Poligné, alias Rouge Gorge

Depuis ses études au conservatoire puis au Pont Supérieur de Rennes, Robin Poligné s’est construit une carrière musicale sous l’alias Rouge Gorge. Il vient initialement de la chanson et a deux albums son actif (Rouge Gorge en 2018, René en 2019) à son actif, dans un univers nouvelle synthé pop minimale. Il approche la musique d’images en réalisant la bande son du documentaire Arvor de 2 à 5 de Corentin Doucet et Corentin Massiot. « Je venais de sortir mon deuxième disque donc j’étais un peu perdu et essoufflé en matière d’écriture », raconte-t-il.

Le musicien envisage l’expérience comme un renouvellement dans sa manière de travailler et trouve des similitudes dans ces deux approches différentes de la musique. « Si on remplace l’image par les paroles, le rapport est à peu près égal. Dans le cinéma, on a tendance à dire que le son et l’image c’est 50/50. La musique doit être complémentaire ou accompagnée, mais ne pas prendre le dessus », souligne l’auteur-compositeur en relevant tout de même des différences. « Le matériel est moins défini que des paroles, ça offre plus de possibilités de transformation. »

Robin Poligné voit dans l’invitation du festival Travelling l’occasion d’expérimenter une musique instrumentale née de styles qu’il n’a encore jamais traité. Il réduit le champ des possibles qui s’offre à lui en se donnant des contraintes, avant même la sélection du film. Il prend ainsi le parti de travailler sur la bizarrerie, autant musicale que visuelle. « C’est une musique que j’associe plus au cinéma. » Il cite notamment le collectif d’artistes américains The Residents, dont la musique est « un peu biscornue, le jumeau maléfique de la musique pop ». 

Son premier choix se porte sur le film américain Freaks de Tod Browning (1932), mais l’idée est avortée pour des questions de droits. Particulièrement touché par les films qui parlent de la monstruosité trouvable un peu partout, du décalage avec la norme, il aime que la musique instrumentale ne soit pas totalement déconnectée du monde, a envie que la création soit porteuse de sens. « Ce n’est pas parce qu’il y a pas de paroles que c’est complètement hors de la réalité. » Il jette alors son dévolu sur quatre courts-métrage de contes remasterisés de l’Allemande Lotte Reiniger envoyés par la société de distribution de films et d’édition Carlotta à l’association Clair Obscur : Hansel et Gretel (1956) et Blanche-Neige et Rose-Rouge (1954) d’après les contes des frères Grimm, La Belle au bois dormant (1954) d’après Charles Perrault et Poucette (1955) d’après Hans Christian Andersen.

Robin Poligné trouve dans les contes de la réalisatrice allemande le bon terreau pour développer l’étrangeté dont il souhaite nourrir sa création, bien que la version rééditée ne contienne pas l’aspect inquiétant. « C’est limite un peu mièvre, une narration de conte plus classique avec une musique d’orchestre. » Lissés par les Frères Grimm, aseptisés par les Studio Disney, les contes sont loin de l’image édulcorée véhiculée depuis des décennies. Le côté freaks recherché se retrouve dans l’histoire originale des contes, car on oublie trop souvent que les belles-sœurs de Cendrillon se coupent les orteils pour parvenir à entrer dans le soulier tant convoité, ou que la belle-mère de la Belle au bois dormant est une ogresse qui souhaite la manger… 

Les courts-métrages de l’Allemande s’inspirent autant du théâtre d’ombre chinois que du travail de Georges Méliès. Quand on découvre son travail, on pense au film d’animation Princes et Princesses de Michel Ocelot (1989), autant dans le théâtre d’ombres que dans l’esthétique des personnages. Cette esthétique marquée par les silhouettes découpées donne une animation étrangement désarticulée qui répond aux recherches de Rouge Gorge.

Le musicien est accompagné dans la création de Rónán Ó Luasa, attiré par le croisement avec le cinéma et le thème « freak » choisi par son ami qu’il connaît depuis les études. Effectuant deux résidences artistiques, respectivement à l’Echonova de Vannes et au Jardin Moderne de Rennes, le duo s’est amusé des sonorités afin de proposer une création hybride qui mêle sons acoustiques et électroniques, dans une grande liberté de création. « On a pris une direction plus dissonante et inquiétante que la musique des courts-métrages originaux », déclare Ronàn qui a déjà travaillé avec Robin pour des arrangements.

Pour créer un décalage sonore particulier, ils utilisent des synthétiseurs et des boîtes à rythme, mais aussi du banjo, des percussions (carillon, tombasse, etc.) et un piano préparé – on ajoute des éléments dans les cordes pour modifier le son du piano -, pour une plus grande diversité sonore. « Les bases de ce qu’on fait ont été posées par des compositeurs comme Edgard Varèse », affirme Ronàn. Robin ajoute : « Le piano préparé a beaucoup été utilisé au début du XXe par John Cage ou Fluxus. C’est l’idée d’appliquer ces principes de synthés sonores sur des instruments acoustiques. » 

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Le binôme a aussi cherché ce que l’image tremblante de Reiniger pouvait apporter en termes de sons. « On a rapidement eu envie que certains éléments de musique soient des bruitages, que des sons entre musique et bruitages soient synchronisés avec l’image et donnent un effet dramatique ou humoristique », renseigne Rouge Gorge. Sur scène, ils se serviront notamment d’un micro entouré d’une serviette avec du riz. « Comme l’esthétique est assez redondante, changer complètement le son en plein milieu permet de se concentrer différemment sur le film. » 

De la musique originale, il ne reste que de légers pastiches, quelques parodies pour souligner des moments mièvres de la version originale. « On a cherché différents moyens de jouer avec l’image et le son original pour que ce soit ludique autant pour le spectateur que pour nous, qu’on ne soit pas que dans de la mise en musique » comme associer un son à un animal, à un personnage, comme il est coutume de faire à l’opéra. « À un moment, la voix du narrateur résonne plusieurs fois comme un écho, c’est le seul moment où ça arrive dans le film et on l’a laissé. » 

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Satisfait de l’ensemble sonore créé et son esthétique, Robin et Ronàn se voient bien retravailler ensemble. Au détour de la conversation, nous apprenons d’ailleurs que le ciné-concert tournera probablement après le festival Travelling…

Retrouvez le ciné-concert Contes et silhouettes de Rouge-Gorge, à l’Opéra de Rennes, vendredi 23 février 2024 à 20h, dans le cadre du festival Travelling. Durée : 45 minutes

En partenariat avec Vedettes, Carlotta films et le Jardin Moderne.

Tarif unique : 11 €
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