Jardin à l’anglaise, à la française, jardin de grand-mère, jardin d’hiver, jardin secret… ? Autant de reflets , autant d’écrins. Poésies végétales, textures de musique, sonorités de plantes : un voyage sensoriel dans le noir, mêlant textes, sons et musiques. Voyants et non-voyants, une expérience à partager. Le 3 juin 2014, la bibliothèque des Champs libres invitait ses visiteurs dans la salle La Borderie à participer aux  « Éclats de jardin : poésie et musique dans le noir ».

Derrière cet intitulé insolite se cachent le comédien Hervé Arnoux et le musicien Frédéric Bodu. Ils sont tous deux membres du Théâtre de l’Improbable qui conçoit des spectacles mêlant poésie et musique ainsi que des ateliers de théâtre et de sophrologie.  Des propositions souvent originales à l’image de ces Éclats de jardin qui ont offert à un public composé d’une trentaine de curieux de (re)découvrir des textes de célèbres poètes… sans la vue.  Une expérience intrigante, tout à fait nouvelle pour beaucoup.

La surprise commence à la porte : des masques sont mis à disposition du public. Une fois chacun guidé et installé sur un siège, la représentation commence. Une voix masculine sur fond de bruitages enregistrés se fait entendre ; peu à peu, une atmosphère auditive prend vie. Hervé Arnoux se met alors à réciter des poèmes de Paul Eluard et Boris Vian notamment. À ses côtés, Frédéric Bodu intervient à l’aide de deux saxophones (ténor et soprano) aux timbres riches. Des accessoires et une bande sonore de bruits de nature résonnent de loin en loin. Le chant d’un merle, l’eau douce d’une rivière, le frottement des graviers, une pelle fendant la terre… élaborent un jardin imaginaire. En renfort de l’ouïe, l’odorat est mis à contribution : des bouquets de lys embaument la salle. L’objectif est atteint : faire entendre les poèmes autrement. Texte, sons, musique, parfums se développent ainsi durant 50 minutes. Une expérience du plaisir des mots… hors du livre, en compagnie d’aveugles aux sens en état d’accueil. Chez certains se sont des images qui défilent dans leur esprit ; chez les autres, une suite d’émotions physiques. Pour tous, une expérience au final apaisante, entre rêve d’évasion et expérience du moment présent.

La représentation terminée, les masques tombent. Le jardin onirique laisse place à la salle, ce décor oublié durant près d’une heure. Le public exprime alors son ressenti et souligne quelques détails regrettables sans être dramatiques : la sonnerie d’information des Champs libres qui perturbe l’immersion, un mixage entre les voix, les bruitages et le saxophone parfois maladroit et à la qualité inégale selon le placement, l’absence de mouvements des deux artistes cantonnés à un seul endroit ne contribue pas à surprendre un public pourtant prédisposé. En somme, une spatialisation du son par des haut-parleurs serait profitable. Si ce spectacle auditif nécessite encore quelques arrangements pour arriver à maturité, nul doute qu’elle mérite l’attention du public. Les Champs libres devraient d’ailleurs le renouveler durant la prochaine saison. Une idée poétique qu’il faut laisser germer et venir entendre éclore.

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