Dans cette seconde émission et cette nouvelle série de candidats, tout semblait écrit d’avance et se répéter comme l’acte I (cf. notre aticle). Mais…

La France a retrouvé le trio journalistique dont le centre de gravité penche toujours plutôt… à droite ainsi qu’un animateur branché immigration et islamisme et pétri d’une compréhension très personnelle du libéralisme.

En toile de fond,  toujours ces prises de vue de ces coulisses de l’émission, vides de sens et d’information. Une tentative de mise en scène du vide toujours aussi troublante…

Coup du sort, le favori de l’émission du jour, Nicolas Sarkozy, se retrouve en 3e position tout comme…. François Hollande la veille. Apparait premier débatteur, pardon candidat, en la personne de François Bayrou. Contrairement à un petit candidat, on ne lui ressasse pas la question de légitimité de sa candidature, mais ses sujets de prédilection : produire français, la santé (enfin), l’éducation. Mais David Pujadas ne peut s’empêcher de commencer par… l’affaire Merah. François Bayrou s’en dépêtre maladroitement d’abord avant d’affermir sa verve. Les échanges sont polis, lisses et le ton professoral endormirait quasiment…

Oh un graphique de Lenglet ! Il nous manquait ceux-là ! Comme d’habitude, le spectateur émerveillé devant la technique contemple une courbe sans contextualisation ni comparaison. Quel mépris que cette vision simpliste de l’économie bercée par un air de “la finance pour les nuls, parce que vous n’avez pas la capacité de comprendre”. Après cette prestation qui ne convaincra finalement que les militants du Modem succède un gros plan sur… l’arrivée de la star, Nicolas Sarkozy, comme le fut hier son homologue François Hollande.

Mais c’est Nathalie Arthaud qui prend place. Dans sa présentation, Pujadas oublie de préciser qu’elle est agrégée d’économie et de gestion. Ritournelle oblige : la légitimité de la candidature, la vision communiste marxiste de la société ; enfin, les idées de la candidate peuvent être évoquées. Elle est combative avec un débit très rapide, martelant son désir de lutte sociale, son envie d’une autre société. Il se dégage incontestablement de la sincérité dans son propos, mais aussi la colère de nombreux Français. C’est une différence de style avec Poutou sur des idées pourtant proche, montrant au passage qu’une lutte pour des idées peut prendre plusieurs formes.

Hélas, il fallait bien que Namias vienne gâcher la fête avec une question ô combien importante pour les Français  dans ce choix électoral : la comparaison de la bande de Gaza à un camp de concentration. Le journaliste s’insurge de la comparaison qui renverrait pour lui à l’Allemagne nazie, mais le voilà renvoyé à ses études par la candidate qui lui rappelle la signification du mot et l’histoire des Boers ou encore les camps français. Le Namias narquois n’en sort pas grandi à l’avenant de la rédaction qu’il représente.

Ah, enfin, le voilà ! Après une arrivée quasi enjouée, Nicolas Sarkozy est tout de suite mis en opposition avec son binôme, François Hollande. S’en suit un long monologue du candidat sur la crise, la conduite du pays. Le silence des journalistes est total, pour la première fois dans l’émission ! Oh quel courage a-t-il fallu à Namias pour rapporter les propos d’Éva Joly sur les affaires Karachi et Bettencourt ! Mais c’est pour mieux laisser le candidat répondre à côté. Il demande qui est Éva Joly pour se permettre de telles accusations. Le plus simple ne serait-il pourtant pas de clarifier une bonne fois pour toutes les liens troublants entre marché des armes et financement de campagne ?

On s’amusera (un soupçon tristement) des erreurs et simplifications que choisissent de ne pas relever les journalistes. Et François Lenglet ne montrera pas de graphique (tout comme à François Hollande la veille, comme le soulignera Jean-Luc Melenchon) pour préférer un article du Financial Times (on prononce “efti” avec un bel accent français pour faire spécialiste de la finance) expliquant que l’austérité n’est pas une solution. Encore une manière de l’opposer à son rival sans aborder de solutions concrètes. Sarkozy n’aura finalement que rassuré son camp durant cette courte prestation.

Mais voilà l’étrange Jacques Cheminade (cf. notre article précédent). Les journalistes l’attaquent sur sa place de petit candidat, sur ses financements, sa vie professionnelle (étonnant qu’ils n’aient pas mis l’accent sur les condamnations pour escroquerie que son maître LaRouche et lui ont connu). L’opération de destruction massive est lancée comme s’ils avaient gardé tout leur fiel qui se déferlait désormais. Cheminade leur oppose une indéniable culture économique, parvenant tant bien que mal à faire passer ses idées, souvent enrobées dans un pseudoésotérisme sur lequel insiste le trio à tour de rôle.

Question programme, les journalistes soulignent les liens de Cheminade avec le très controversé Lyndon LaRouche. On glisse – pour le coup assez naturellement – vers la théorie du complot, le 11 septembre (Pujadas est heureux, il y a des islamistes !) en s’éloignant toujours plus sûrement de la campagne. Assez justement, Cheminade soulignera que les journalistes ne sont pas dans la campagne alors que lui, si. Le quart d’heure imparti se résume à du grand n’importe quoi qui n’apportera de l’eau qu’au moulin du candidat et de ses adeptes.

L’autre star de la soirée est… Jean Luc Mélenchon. Seul autre candidat à avoir droit aux vues à partir des coulisses. Un traitement de faveur sans intérêt. Avec sa gouaille habituelle, il se met rapidement l’auditoire dans la poche, n’hésitant pas à préparer le terrain avec les graphiques de Lenglet par quelques taquineries. Lorsqu’on l’embarque sur la question du vote du second tour, il recentre habilement le débat, mais pas assez rapidement. Cela  l’empêche de développer le nouveau produit spéculatif sur la dette.

Le format court ne permet pas de parler du fond, mais permet tout de même de renvoyer Lenglet à ses études économiques pour approfondir le financement de la dette américaine. Il fallait bien que Namias ramène le sujet de Cuba ! Là encore, un sujet particulièrement en phase avec l’élection et au coeur des préoccupations des Français. Si Melenchon reste efficace, l’exercice ne lui permet pas d’apporter suffisamment d’arguments sinon l’envie de lire son programme qu’il brandit en plusieurs occasions.

L’émission se termine par une synthèse de Franz Olivier Giesbert du Point et de Hélène Jouan de France Inter. En fait de synthèse, il s’agit d’un numéro de cabaret aux accents de pitrerie, genr frères ennemis ou Elie et Dieudonné, le talent en moins (cf. notre article).

Fidèle à son premier acte, l’émission a poursuivi sur sa lancée d’une vision tronquée de la politique, d’une sorte de censure sournoise qui ne met pas sur un pied d’égalité chacun des candidats. Pas de thèmes communs, pas de débat d’idées, pas de prise en compte des besoins des électeurs, des sujets étrangement récurrents. Exactement ce qu’il faut pour sortir de là avec l’envie de… ne pas voter et de railler la profession journalistique ici particulièrement mal représentée.

 

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