10 ans que nous attendions le retour du grand David…ou que nous n’attendions plus rien puisque tout le monde le croyait rangé de la musique. Et le voilà qui revient avec 14 titres ! L’occasion est de se pencher sur une carrière qui se conclut (?) par ce retour.

Gamin de Londres élevé au son des hits rock et soul de l’époque, le jeune David se dirige très vite vers la musique et le spectacle. Il goûte au jazz puis au blues et à la folk, fait ses armes de groupe en groupe, à la recherche de sa propre voie musicale. Nous sommes dans le Londres des années 60. Une atmosphère riche en bizarreries artistiques et musicales. Bowie étudie l’art dramatique, le mime, s’inspire du théâtre d’avant-garde pour émerger finalement dans cette scène musicale polymorphe.

Après un essai infructueux, son second album Space Oddity remporte un certain succès en 1969 grâce au single homonyme. Il s’inscrit dans la veine psychédélique tout autant que progressif du moment : une structure de morceau déjà parsemé de ruptures de rythme, un sens du refrain et de la mise en scène certains à un moment où la dimension spatiale est en vogue. Il se marie avec Angela Barnett qui le stimule artistiquement à l’instar de sa rivalité avec un certain Marc Bolan (T Rex). Bowie fait évoluer le son de son troisième album vers un son plus rock. Le single du même nom, « The Man Who sold the World » est emblématique, il annonce déjà les prémices du glam rock parsemé d’influences hard rock.

Son look androgyne accouche bientôt du personnage de Ziggy Stardust. Il fréquente Iggy Pop, Lou Reed et les influences conjointes du trio, complété de Mick Ronson, ne sont pas négligeables dans la suite de la carrière de Bowie. Il finit par tuer ce personnage de Ziggy en 73 à la recherche d’un second souffle. Il le trouve finalement aux États-Unis. Il y collabore avec Lennon, s’inspire de la musique noire, d’Elvis, son idole de jeunesse, et son addiction à la drogue l’emmène sur des voies (voix ?) dangereuses.

Il finit par fuir L.A. et sa drogue pour… Berlin. Berlin, sa froideur et son effervescence artistique. Il y retrouve Brian Eno, ancien concurrent glam au sein de Roxy Music et son Iggy Pop, lui aussi en proie aux addictions. S’inspirant des débuts de la musique électronique allemande autant que des expérimentations d’Eno, il y ajoute la guitare de Robert Fripp pour composer ce qui sera sa trilogie berlinoise – à l’origine de nombre de vocations New Wave. Il aborde ces années 80 avec un nouveau personnage, une sorte de pape d’une new wave élégante, tout en étant plus présent au cinéma où pourtant il ne percera jamais réellement. On le voit avec Queen, Michael Jackson et son album Let’s Dance de 1983 est un savant melting pot de ses influences tout en étant un marqueur important dans la musique de l’époque.

Sentant le succès décliner, il tente de retrouver un second souffle avec Tin Machine avant de surprendre encore par un concept-album très électronique avec Brian Eno. Si musicalement, il n’est plus l’artiste au top, il jouit dès lors d’une aura qui lui permet de s’inspirer librement des sonorités du moment d’une manière dont il a le secret, le mettant définitivement hors des modes. C’est aussi un visionnaire dans sa manière de percevoir la musique. Il participe à des jeux vidéos comme « Nomad Soul » et s’investit dans des plateformes de musique numérique. Après un dernier album, Reality, en 2003, il affirme en avoir fini avec la musique.

Ce n’est pas un hasard si la pochette de ce dernier album, The Next Day, utilise le visuel de celle d’Heroes, album de 1977. Il y a en effet des similitudes dans l’atmosphère dégagée par l’ensemble et la patte de Brian Eno. C’est un Bowie moins novateur et plus tourné vers le passé qui nous arrive ici. Est-ce un mal ? Il y a forcément une exigence différente avec un tel artiste, Bowie semble chercher une synthèse de différentes époques. Entre pop et rock avec quelques tonalités hard rock, c’est plus un Bowie antérieur à 1990 qui se donne à écouter. Mais après tout, la musique actuelle n’est elle pas tournée vers le passé ?

Le très groovy « The Next Day » est efficace et rappellera ses hits les plus « dansants » avec ce qu’il faut de funk dans une pop toujours aussi léchée. Au contraire « Dirty Boys » et son intro plus sombre et déstructurée sentent bon les années 70. « The Stars » s’affirme dans la veine de son « Scary Monsters », mais sans son originalité, lissée par le temps. La tonalité de l’album est globalement sombre comme ce « Love is Lost », avec un riff des plus classiques, lequel n’en rappelle pas moins ceux du passé. Que dire du single « Where are we Now » ? Mélancolique et nostalgique, il n’est peut être pas représentatif de l’album musicalement, mais en donne parfaitement le ton. Il n’a rien d’un hit fédérateur (encore que l’air reste en tête après quelques écoutes), mais on comprend le choix de l’artiste de l’offrir comme vitrine. L’émotion est si palpable que l’on se surprend à vouloir savoir ce qu’il y a derrière, autour, autrement dit d’écouter les autres titres. Enchainer sur « Valentine’s Day » et ses accents glams et décadents est particulièrement surprenant. « If you can see me » présente une intro entrecoupée de ruptures rythmiques et d’emprunts à la musique ethnique et électronique. Doit-on y voir un clin d’oeil à sa période « electro » ? Sa voix recouvre curieusement les accents « Ferryesque » de sa période glam de Roxy Music. Le très Pop « Boss of Me » n’aurait pas dépareillé à côté d’un Let’s Dance, son de saxo dans les couplets sur fond de guitare saturée.

Toutefois, cet album n’est pas exempt de remplissage comme le très moyen « Dancing Out In Space ». On retrouve un versant décadent et psychédélique dans « How The Grass Grow » qui laisse définitivement penser que cet album est un testament musical. Bowie surprend pourtant avec « (You will) Set the World on fire » et son mélange de son Hard-Rock 70s et de mélodie Pop, comme Bolan et lui en avaient le secret. Le très expérimental et sombre « Heat » avec un Bowie à la voix très grave presque larmoyante chantant « I Don’t Know Who I Am… » (Je ne sais pas qui je suis…) termine efficacement l’album dans cette tonalité.

Qui est David Bowie, finalement ? Le sait-il encore lui même après avoir emprunté autant de chemins musicaux, s’être travesti dans autant de personnages ? Musicien, chanteur, acteur, homme de spectacle, il y a un peu de tout ça dans cet album mélancolique où l’on retrouve un titre aussi évocateur qu’« You feel so lonely you could die » (Tu te sens si seul que tu pourrais mourir), balade très 70s.

Commercialement, cet album est un joli coup de marketing tout en donnant une furieuse envie d’aller explorer à nouveau les anciens albums de l’artiste. Car en évoquant subtilement chaque moment de sa carrière sans fournir de hit imparable, il montre que Bowie a encore tout compris à l’industrie musicale qui se replie sur elle même et ne veut plus fournir que des plaisirs éphémères. Cet album fera plaisir aux fans. Sans doute sans les rassasier. Mais que nous réserve encore Ziggy ?

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