Vivace commence par un Madison… Mardi 17 mars 2020, Alban Richard, chorégraphe et directeur du Centre Chorégraphique National de Caen, devait invité le tempo vivace et l’imaginaire du public au Triangle – Cité de la danse. Entre vitalité, acharnement et persistance, les deux interprètes devaient se mettre en mouvement pour un duo chorégraphique précis et éclatant ! Si le Triangle a fermé ses portes samedi 14 mars, la lutte contre la coronavirus ne doit pas nous empêcher de nous cultiver. Alban Richard a répondu aux questions d’Unidivers.

alban richard vivace

 

Unidivers – En recherche constante d’une nouvelle langue et d’un nouveau corps, chacune de vos créations est propice à une nouvelle expérience. Créée en 2018, la pièce Vivace tire son nom du terme italien vivace, un mot pour qualifier un rythme allant de 132 à 170 battements par minute sur une partition musicale (« avec entrain », dit-on aussi). De quelle manière est née l’idée et l’envie de travailler sur ce tempo en particulier ?

Alban Richard – Cette nouvelle pièce est reliée à une problématique musicale et à la relation d’autorité entre la danse et la musique, dans le cas d’une œuvre existante ou d’un moment historique musical avec un compositeur. Au moment de la création de Vivace, je travaillais simultanément à la réalisation de Fix me, une collaboration avec Arnaud Rebotini, dj français et figure emblématique de la scène électro française, en live sur le plateau.

Fix Me et Vivace offrent un travail en regard et l’occasion de traiter la pulsation de manière très différente. Vivace traduit cette obligation d’être toujours sur la pulsation ou du moins d’incorporer la pulsation afin de voir de quelle manière les corps se réorganisent face aux différentes contraintes posées par ce rythme singulier. A contrario, Fix Me traite de cette volonté de ne jamais se caler sur la pulsation de la musique d’Arnaud Rebotini.

Le terme italien vivace fait également référence aux plantes vivaces et interroge sur l’organisation et la transformation dans un milieu prime abord hostile, mais également propice à l’apparition de nouvelles formes. Cette question de la réorganisation renvoie autant à la pulsation qu’aux plantes vivaces.

Unidivers – Les deux interprètes Anthony Barreri et Yannick Hugron suivent justement cette pulsation allant de 132 à 170 bpm pendant 35 minutes. La processus créatif a t-il nécessité un entraînement spécifique ?

Alban Richard – Plus qu’un entraînement spécifique, c’est plutôt la pratique régulière pendant la création qui permet l’obtention d’un résultat. Plusieurs types d’organisations sont possibles vis à vis de cette pulsation : marche t-on dessus ? Devient-elle un continuum à déposer dans la colonne vertébrale par exemple ? Plusieurs façons permettent d’appréhender la pulsation, mais c’est essentiellement le travail de répétitions qui permet à chaque création d’être endurant ou au contraire plus délicat.

Je collabore régulièrement avec Nathalie Schulmann, une danseuse contemporaine et spécialiste dans l’analyse fonctionnelle du corps dans le mouvement dansé. Nous inventons des outils pour les interprètes dans le but de faciliter leur travail.

Unidivers – La pièce semble justement traiter du geste dansé et du mouvement du corps lui-même. Le fait peut-être de sa capacité à s’adapter à la musique peu importe le rythme – baroque, techno, etc.

Alban RichardVivace traduit l’envie de travailler sur la manière dont le spectateur change son observation des corps en fonction de la musique qui passe. Sauf exception, le changement musical n’induit pas de changement de matériel corporel la plupart du temps. Cela questionne la manière dont le spectateur vient poser son imaginaire ou ses références sur le corps des danseurs alors que ces derniers continuent avec la même matière. Cet imaginaire change au fur et à mesure de l’humeur, la tonicité, la texture ou les qualités du mouvement. Le travail a été tel que l’on a fait en sorte que les interprètes ne soient pas affectés par le changement de musique.

alban richard vivace
Vivace © Agathe Poupeney

Unidivers – La musique influe automatiquement sur le rythme cardiaque du spectateur même quand il est simplement assis dans une salle de spectacle…

Alban Richard – Bien sûr. La pièce traite de cette empathie à l’endurance et à la résistance. Le début de Vivace interroge également sur la mémorisation. Beaucoup de spectateurs se demandent comment il est possible de mémoriser les pas de danse.

Ce spectacle fait partie d’une collection de pièces tout terrain imaginée avec l’équipe du Centre Chorégraphique National de Caen. Dans ce cadre, Herman Diephuis réalisé la pièce Impressions, nouvel accrochage (2013), Vivace est la seconde et une troisième verra le jour avec une nouvelle artiste.

Ces résidences s’effectuent en ruralité avant de pouvoir tourner autant en intérieur qu’en extérieur – une prairie, un gymnase, une salle des fêtes, un théâtre, un lieu patrimonial, etc. Ces pièces sont destinées à rencontrer tous les publics avec comme problématique principale : comment faire entrer des spectateurs néophytes ou ceux plus avertis dans ces propositions et trouver du plaisir ou une intelligence à la pièce. L’enjeu de cette collection tout terrain est justement la diversité des lectures possibles.

Unidivers – La scénographie a d’ailleurs été pensée de façon à pouvoir voyager et à s’adapter à tous les contraintes et contextes – intérieurs et extérieurs.

Alban Richard – La scénographie se veut autonome puisque la lumière est entièrement connectée et reliée à la musique envoyée par les danseurs. Elle tend à se développer en tout autonomie.

L’émergence de l’interprète lui-même, le développement de son individualité, est très important dans Vivace.

Unidivers – Au début de Vivace, les interprètes suivent le même rythme, créant de ce fait un certain effet miroir. La suite de la pièce évolue t-elle avec cette notion d’autonomie ?

Alban Richard – La dramaturgie du spectacle fonctionne vraiment là-dessus. Vivace commence dans l’asservissement à la pulsation et qui relève de l’unisson. Cependant, au fur et à mesure, la pièce révèle l’identité des interprètes. D’une danse partitionnelle on passe à des contraintes d’écriture en temps réel pour Anthony Barreri et Yannick Hugron. Les contraintes sont posées – durée, matériel, fluidité et trajectoire, mais il y a une sorte de libération de la partition pour entrer dans le développement du propre matériel des danseurs à l’intérieur de Vivace.

À l’intérieur de ces structures d’improvisation, une certaine exagération des humeurs corporelles fait apparaître des personnages plus que des styles de danse. Il s’agit de s’interroger sur la manière dont ces pulsations et ces musiques colorent l’humeur du corps. Les danseurs travaillent sur la question de leur propre imaginaire.

Unidivers – Je vous remercie Alban Richard.

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Vivace @ Agathe Poupeney

ALBAN RICHARD :
(biographie tirée du site du Centre Chorégraphi que National de Caen)

Alors qu’il est engagé dans des études littéraires et musicales, Alban Richard bifurque vers la danse avec la certitude d’avoir trouvé son véritable mode d’expression et l’envie très vite de créer des spectacles. Il sera interprète pour des chorégraphes aussi différents qu’Odile Duboc, avec qui il travaillera de 2002 à 2010, Olga de Soto ou Rosalind Crisp…

Il fonde l’ensemble l’Abrupt, en 2000, pour lequel il crée plus d’une trentaine d’œuvres avec l’ambition affirmée d’inventer, à chaque nouvelle création, un nouveau corps, une nouvelle langue. Faisant œuvre de recherche, Alban Richard n’impose pas une signature gestuelle repérable entre toutes, une méthode, un style, mais expérimente à chaque nouvelle pièce, dans un rapport étroit à une partition musicale le plus souvent jouée en direct. Chaque projet s’ouvre comme un laboratoire érudit et sensible, creusant des questions structurelles et formelles à partir de la musique, de l’écriture et de la composition. Ne jamais reproduire, toujours repartir de zéro quitte à passer de l’expressionnisme, avec une pièce telle que Luisance (2008), à des objets plus abstraits tels que Breathisdancing (2017) ou Vivace (2018).

Alban Richard prend la direction du centre chorégraphique national de Caen en Normandie en 2015, avec un projet fondé à la fois sur une démarche d’auteur et un travail en lien avec le territoire, autour de l’émancipation des publics.

Suite…

Mardi 17 mars 2020, 19 h – Le Triangle, Cité de la danse.
Vivace d’Alban Richard – Centre Chorégraphique de Caen en Normandie

conception, chorégraphie & lumières Alban Richard / créé en collaboration avec les interprètes Anthony Barreri, Yannick Hugron / musique playlist d’extraits de musique allant du baroque à la pop, des musiques traditionnelles à la musique électro et dont la pulsation varie de 132 à 170 battements par minute / réalisation du dispositif lumineux Enrique Gomez / vêtements Christelle Barré / assistante chorégraphique Daphné Mauger

conseillère en analyse fonctionnelle du corps dans le mouvement dansé Nathalie Schulmann / régie générale Florent Beauruelle, Valentin Pasquet / Production déléguée centre chorégraphique national de Caen en Normandie
Coproductions : Conseil départemental de la Manche Avec le soutien de la Communauté d’Agglomération Mont-Saint-Michel Normandie

Cette création a bénéficié du dispositif du Conseil départemental de la Manche « Résidence d’artistes dans les établissements d’enseignements artistiques » / centre chorégraphique national de Caen en Normandie est subventionné par le Ministère de la culture – DRAC Normandie, la Région Normandie, la Ville de Caen, le Département du Calvados, le Département de la Manche et le Département de l’Orne. Il reçoit l’aide de l’Institut Français pour certaines de ses tournées à l’étranger.

TARIFS
18€ plein
13€ réduit
6€ – 12 ans
4€ / 2€ SORTIR !

PASS Triangle :
13€ plein
10€ réduit
5€ – 12 ans

AUTOUR DE
SAS Vivace
MARDI 17 MARS / 19 h
Danse
Vivace

 

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