coronavirus

La pelouse de mon voisin Grégoire est comme sa chevelure : coupée ras, très ras. Le confinement n’y a rien changé ; on peut même dire que la fréquence de tonte a augmenté puisque, d’après mes observations, Grégoire en est arrivé à trois tontes par semaine. Le résultat est superbe. Imaginez une surface d’environ 200m2 avec du gazon pure race taillé en brosse de 4cm de longueur. Parfaitement uniforme, sans un seul pissenlit, sans une seule fausse note. Je crois bien que pour Grégoire, cette obligation de rester cloîtré chez soi a été une divine surprise. Il en a même profité pour huiler et astiquer Ginette, sa tondeuse thermique, fidèle compagne de ses allers et retours gazonniers, dès que la belle saison arrive. Il est comme ça, Grégoire. Il adore donner des prénoms affectueux à tout ce qu’il aime.

Donc aujourd’hui, 14ème jour de confinement, il pousse gentiment Ginette qui ronfle de plaisir en sectionnant l’herbe sous elle. Le jardin de Grégoire ressemble au Central de Wimbledon sauf que, en son milieu, trône en majesté un superbe prunier en fleurs. C’est l’unique arbre du green. A son pied, allongée sur un transat à rayures rose et blanc, Helen, la femme de Grégoire, se repose. Elle lit le journal et sur un guéridon, un café finit de refroidir. Grégoire fait une pause. Il se penche sur Helen  et lui caresse tendrement la joue. Ils se disent quelques mots. Ginette ronronne doucement à côté.

Helen est d’origine anglaise et elle a connu son futur mari grâce à ce qui ne s’appelait pas encore Erasmus. Elle a toujours été femme au foyer et elle écrit aussi des nouvelles étranges dont quelques unes ont été publiées confidentiellement chez un libraire de Leeds. Helen est la reine incontestée du Plum Pudding au sucre glacé, le pudding aux quetsches de son cher prunier du jardin.

Une petite brise s’est levée et les feuilles de l’arbre frémissent au-dessus de sa tête. Elle doit avoir un peu froid.

Alors Grégoire la soulève doucement et la prend dans ses bras. Sa lady est si légère. Elle passe son bras gauche autour du cou de son mari pour l’aider. La porte de la maison n’est pas loin, dix mètres de pelouse tout au plus.

Cela fera huit ans fin août qu’Helen est tombée du haut de son prunier.

Paralysée des deux jambes.

Le confinement n’a plus de secret pour elle.

Laisser une réponse

SVP rédigez votre commentaire
Merci d'inscrire votre nom