CORNEILLE AU MUSÉE DE PONT AVEN : « L’ART, C’EST DU DÉSIR BRUT »

Dix ans après la disparition de l’artiste néerlandais Guillaume Corneille (1922-2010), le Musée de Pont-Aven rend hommage au plus « poétique des artistes de CoBra » avec l’exposition Corneille, un CoBra dans le sillage de Gauguin. Au vue du contexte actuel, l’exposition initialement prévu jusqu’au 24 mai 2020 est prolongée jusqu’au 20 septembre 2020. Corneille, un CoBra dans le sillage de Gauguin ou l’itinéraire artistique aux mille envolées colorées d’un peintre voyageur.

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Le commissaire scientifique Victor Vanoosten, la conservatrice Estelle Guille des Buttes et le scénographe Éric Morin.

Deux ans après la grande rétrospective CoBra, la couleur spontanée (2018), le musée de Pont-Aven prend le pari de mettre à l’honneur l’un des membres fondateurs de CoBra : Corneille. « L’exposition CoBra a permis d’évoquer des champs communs à l’école de Pont-Aven : la volonté de revenir aux sources de l’art, s’ouvrir à différentes formes d’expressions et d’influences possibles, le souhait d’interroger la spontanéité du geste, faire voie commune et être en recherche constante d’un ailleurs », souligne Estelle Guille des Buttes-Fresneau qui quittera prochainement ses fonctions de directrice et conservatrice en chef des musées de Concarneau Cornouaille Agglomération (CCA) pour une nouvelle affiliation au Ministère de la Culture.

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Corneille et Walasse Ting, The Dreaming Mermaid (La Sirène qui rêve), 1987, Acrylique sur toile (176,5 x 247 cm). Collection privée

Réalisé dans la dernière décennie de son œuvre, L’Oiseau des îles (1984) ouvre la voie. Aplats de couleurs, cernes, voyage, art africain, femme et simplicité des formes, la toile semble concentrer l’intégralité des recherches du peintre et révéler la fin d’un voyage artistique de plus de quatre décennies. De quelle manière Corneille est-il arrivé à cet aboutissement pictural ?

Toujours en mouvement et en recherche constante, Guillaume Cornelis Van Beverloo n’a pas choisi son nom d’artiste par hasard. L’oiseau – au même titre que la femme – traverse son œuvre depuis ses débuts … Quel en est la réelle signification ? Accroché au dos du tétrapode, le visiteur sillonne l’œuvre de Corneille dans un voyage à la fois géographique et spirituel, à la recherche d’« une voie vers une peinture nouvelle, libre, saine et poétique », comme il l’écrit à Louis Tiessen en 1947.

« Le premier espace réunit toutes les périodes de Corneille. À partir de ce principe, j’ai développé l’idée d’ouverture afin d’apercevoir les sections suivantes. Une sélection de grandes reproductions photographiques jalonnent également le parcours. Quelque part, elles incarnent l’œuvre et l’artiste », Eric Morin, scénographe de l’exposition

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« Le motif jaillit de la couleur elle-même », Guillaume Corneille en Hollande.

Né en 1922 (Liège), l’œuvre de cet admirateur de Vincent Van Gogh et Paul Gauguin commence durant les années de guerre à Amsterdam. Le contexte d’oppression et d’occupation lui insufflent les ombres noires de Sans-Titre (1944). Elles traversent une rue de la même manière qu’elles traversaient le quotidien de l’artiste. Néanmoins, la couleur est déjà présente. Elle est pure et appliquée en aplats, les formes sans perspective sont cernées de noir. Une modernité que les artistes de CoBra reprendront par la suite.

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En 1943, il s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts d’Amsterdam avant de refuser cet enseignement trop académique hérité du XIXe siècle où l’on considère Van Gogh comme un tabou et Matisse, un décorateur. A contrario, Corneille recherche les attitudes réalistes des odalisques de Matisse et leurs lignes serpentines. Il rencontre néanmoins Karel Appel sur les bancs de l’école et partage avec lui  la même admiration pour Van Gogh et les expressionnistes allemands. « 1945 marque le retour à la couleur et la liberté. Une nouvelle joie de vivre parcourt l’œuvre de Corneille alors qu’il entreprend ses premiers voyages ».

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Corneille et Karel Appel voyagent ensemble en Belgique (1946) et découvrent les formes cubistes et collages de Pablo Picasso, un véritable choc pour l’artiste néerlandais. Au même moment, l’art africain entre dans sa vie par l’intermédiaire du professeur Amaat Burssens à Gand. Débute alors une grand histoire d’amour nourrie de voyages et de peinture. Dans la simplicité des formes, Corneille trouve un chemin artistique qui l’habitera toute sa vie. « Il peint le vol des oiseaux à travers ses flux de couleurs et de lumières qui traversent la toile comme l’oiseau traverse le ciel », déclare Victor Vanoosten.

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Femme et Oiseau, 1946, Huile sur toile

 

« Je ne fais aucune distinction entre la poésie et la peinture », Joan Miró.

En 1947, il répond à l’invitation de la collectionneuse hongroise Margit Eppinger-Weiss et séjourne 4 mois à Budapest. Il y rencontre le poète d’Imre Pan et, dans les rayons de sa petite galerie librairie, il découvre le surréalisme : la poésie d’André Breton, Paul Klee et Joan Miró.

Face à cet art créé hors du contrôle de la raison, une nouvelle liberté s’ouvre à Corneille. Tout en peignant les alentours du Danube et de la Hongrie – encore marqués par les décombres de la guerre, il laisse libre court à son imagination et se détache de la réalité. Apparaissent progressivement les monstres de CoBra, un bestiaire imaginaire aux références résolument surréalistes. « Ce voyage est une étape décisive, un véritable tournant dans l’art de Corneille », souligne Victor Vanoosten. Guidé par l’héritage de Miró, le dessin devient écriture et inversement.

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« Une ligne est un point qui a fait une promenade », Paul Klee.

Les voyages façonnent la vie de Corneille comme les nouveaux paysages jalonnent sa peinture. Quand il part à Tunis en 1948 sur les traces de Paul Klee, il trouve la plage aussi rose que celle du Cavaliers sur la plage (1902) de Paul Gauguin. Son mentor semble présent dans chacune de ses réflexions artistiques. « Ces explorations lui permettent de découvrir de nouvelles cultures, lumières et de vivre cette liberté absolue, détaché de toute contrainte afin de se consacrer à l’art ». L’année suivante, il poursuit son voyage en terre africaine et suit les traces de Matisse en Algérie.

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Gauguin, Cavaliers sur la place, 1902

 

« Je ne suis pas ridicule parce que je suis un enfant et un sauvage », Paul Gauguin.

Il découvre l’art d’Asger Jorn lors de son premier voyage au Danemark en novembre 1948. « Il s’inspire des arts traditionnels scandinaves et des arts premiers, des dessins d’enfants et de l’art des malades mentaux. Ces références déconsidérées par le public et l’art dit officiel constitue les fondements d’un art nouveau et d’une liberté nouvelle pour le groupe CoBra* ».

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Guidés par les pensées de Gauguin, le groupe CoBra (1948-1951) souhaite revenir à l’enfance de l’art. Des dessins aux allures enfantines certes, mais également une manière de revenir aux origines et retrouver une liberté originelle après le traumatisme de la guerre. De quelle manière remettre les compteurs à zéro ? En redevenant l’enfant dont parlait Gauguin. Un principe qui résonne avec le premier congrès de psychiatrie consacré à l’art des malades mentaux à l’hôpital Saint-Anne à Paris. Fascinés, Corneille et Appel se procurent le catalogue et s’en servent de support. Avec poésie, Corneille illustre les marges. Comme une notice, il écrit un titre, la pathologie du patient et les caractéristiques de l’œuvre. L’art est au cœur de nos vies et de la vie quotidienne.

Alors que CoBra émet un cri de liberté et de couleurs, une douceur se dégage du travail de Corneille. « Il va trouver des réponses à ses propres recherches artistiques. Après le scandale de l’exposition CoBra et son accrochage anti-conventionnel à Amsterdam, les membres se sont installés à Paris (1950) ».

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* CoBra est l’anagramme des villes d’où viennent les membres : Copenhague, Bruxelles et Amsterdam. Membres : les poètes Belges Christian Dotremont et Joseph Noiret, les peintres Néerlandais Karel Appel, Constant, Corneille et le Danois Asger Jorn.

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À droite : Reconstitution d’une oeuvre aujourd’hui disparue, mais peinte à six mains par Constant, Corneille et Appel sur les murs de la maison d’un ami

 

« Pont-Aven lui rappelait les villages d’Hollande. Il se sentait chez lui ».

L’intérêt que porte Corneille pour les traditions populaires d’Afrique – et par la suite d’Amérique latine – est connu, mais sont penchant pour la Bretagne l’est beaucoup moins. « Dès 1950, Corneille est venu à plusieurs reprises à Pont-Aven. Il s’est nourri de l’œuvre peinte de Gauguin. Une parenté autant d’esprit que stylistique ».

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De gauche à droite : Theo Wolvecamp, Corneille et Tjako Hansma à Pont-Aven, 1950 © Henny Riemens / Maria Austria Institute, Amsterdam

Découverte du désert sud de l’Algérie en 1951, voyage à travers l’Afrique centrale de 1956 à 1957, séjour à Beg Meil (Finistère) en 1960, etc. De l’immensité du désert africain au chaos granitique breton, chaque exploration enrichit l’œuvre de Corneille et lui ouvre de nouvelles fenêtres artistiques. Un style plus structuré jaillit de ces nouvelles expéditions. « Personnage et oiseaux mécaniques révèle cette recherche de simplification des formes qui résulte de la découverte des arts populaires d’Afrique, notamment des Touareg ».

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Personnage et Oiseaux mécaniques, 1952, Crayon sur papier (115,5 x 162,3 cm)

Ses peintures sont un voyage dans ses références mentales et ses paysages imaginaires. Au milieu des année 50, ses nouveaux voyages s’accompagnent d’une nouvelle forme de peinture, l’abstraction. À l’image de Corneille qui trace une route en pointillé sur la carte du monde, l’oiseau reste et se faufile dans la toile. Il évoque des souvenirs de voyage, ravive des couleurs et une atmosphère que l’artiste a lui-même vécue.

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Oiseaux du désert, 1960, Huile sur toile (100 x 100cm)

New-York ou « la respiration sauvage des grands fauves de l’Afrique ».

De la Bretagne, Corneille traverse l’Atlantique et foule le sol américain en 1958 afin de rejoindre Karel Appel. Une nouvelle dimension de la réalité se révèle à lui, la radicalité et l’agitation de la ville. « Fasciné, Corneille retrouve une certaine atmosphère en parcourant Central Park, cette impression de grand vide au cœur de l’agitation de la ville ».

La période abstraite de Corneille se poursuit avec les nouveaux paysages de l’Amérique Latine (Cuba, Brésil, Mexique). Le soleil et l’oiseau se rencontrent et fusionnent dans Le Soleil au plumage multicolore (1962). Unis, ils constituent une émotion de couleurs, une poésie de formes, de rythmes et de musique… Les couleurs sombres et minérales deviennent flamboyantes. Elles s’animent sous le pinceau de Corneille dans une féerie de couleurs.

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Le Soleil au plumage multicolore, 1962, Huile sur toile (114 x 162 cm). Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris

De grands formats s’élèvent dans la salle d’exposition et accompagnent le retour de Corneille dans la figuration. Les figures anthropomorphes remplacent les formes symboliques. « En 1966, les formes abstraites et les lignes serpentines de CoBra redeviennent cet oiseau qui prend son envol, Le départ de l’oiseau ».

Dans la dernière section, une photographie le montre devant une tapisserie traditionnelle sur un marché au Mexique. Corneille devient physiquement cet oiseau présent dans l’œuvre d’un artiste. Le parcours arrive à son terme et s’achève en 1987 dans une explosion picturale. Plus flamboyant que jamais, l’oiseau vole dans un océan de couleurs à dominante rose, une couleur mythique pour l’artiste. Après tout, Corneille était cet oiseau que l’on ne pouvait retenir au même endroit trop longtemps…

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Corneille et Walasse Ting, The Dreaming Mermaid (La Sirène qui rêve), 1987, Acrylique sur toile (176,5 x 247 cm). Collection privée

« Ses paysages ont toujours été organisés par le prisme de cette double thématique : la femme et l’oiseau. Le symbole masculin, la liberté, le mouvement et le désir associé à la Terre, la Renaissance et ces déesses mères de mythologie primaire qui fascinait Corneille », Victor Vanoosten

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Exposition Corneille, un Cobra dans le sillage de Gauguin – Musée Pont-Aven
Du 1er février au 20 septembre 2020

 

JOURS ET HORAIRES D’OUVERTURE 2020

Fermé le lundi (sauf juillet et août)

VACANCES SCOLAIRES toutes zones : Du mardi au dimanche de 10h à 18h

Hors vacances scolaires :

Février, mars, novembre, décembre du mardi au dimanche de 14h à 17h30 – Fermé le lundi
Avril, mai, juin, septembre et octobre du mardi au dimanche de 10h à 18h – Fermé le lundi
Juillet et août 7 / 7 jours (du lundi au dimanche) de 10h à 19h (sauf les lundis 1er et 8 juillet)

Le musée de Pont-Aven sera ouvert exceptionnellement le lundi de Pâques, le lundi 27 avril, le lundi 4 mai et le lundi de Pentecôte (1er juin 2020).

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TARIFS 2020

Si l’exposition temporaire est présentée :

> Tarif plein : 8 € / réduit : 6 €

> Tarif groupe (+ 10 personnes, gratuit pour l’accompagnateur) : 5 €

Si l’exposition temporaire n’est pas présentée :

> Tarif plein : 5 € / réduit : 3 €

> Tarif groupe (+ 10 personnes, gratuit pour l’accompagnateur) : 3 €

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