Créé en 2009 à l’initiative de Jean-Yves Le Drian, le Conseil culturel de Bretagne démarrait samedi 11 janvier 2020 sa 4e mandature. Rencontre avec Bernez Rouz, président du CCB, et Loïg Chesnais-Girard, président de la région Bretagne. L’invité d’honneur de cette session ? Le musicien et militant Alan Stivell. Le mot d’ordre ? Le rayonnement culturel de la Bretagne et d’une identité bretonne.

Le Conseil culturel de Bretagne (Kuzul sevenadurel Breizh) est une assemblée uniquement consultative composée de 70 membres, renouvelés tous les 3 ans, issus de structures représentatives des versants artistiques, culturels, patrimoniaux et historiques la Bretagne. Son objectif ? Questionner et valoriser l’identité culturelle de la Bretagne et son rayonnement autour de 3 commissions principales : la culture, la politique linguistique et la commission du patrimoine, tourisme et sport.

Samedi 11 janvier 2020, le Conseil culturel renouvelait 63 % de ses membres. Bernez Rouz, ancien responsable des émissions en langues bretonnes à France 3, est réélu président pour un nouveau mandat de 3 ans. À ses côtés, Aurélie Rousseau (directrice de TVR) est également réélue au poste de vice-présidente. L’assemblée établira le budget 2020 dès le 1er février prochain.

Conseil culturel de Bretagne
De gauche à droite, Lena Louarn, Vice-présidente du Conseil régional chargée des langues de Bretagne, Bernez Rouz, Alan Stivell, Loïg Chesnais-Girard et Aurélie Rousseau.

Une identité culturelle bretonne

Conforter une identité culturelle bretonne forte, attractive et rayonnante, constitue l’axe majeur des études portées par les groupes de projets du Conseil. Une nécessité au regard de la concentration de programmation culturelle sur la scène parisienne. « La région est fournie – explique Bernez Rouz – en villes de taille moyenne, dispersées sur le territoire. Elles ont des équipements culturels, sportifs, des lieux de vie où les gens se retrouvent entre eux, générant une dynamique de territoire. Au sein de la région, les métropoles travaillent entre elles afin de créer des liens culturels solides. C’est une force. »

Loïg Chesnais-Girard ajoute qu’« à Douarnenez, par exemple, il y a une niche de personnes travaillant dans le secteur de l’audiovisuel. Ils font du télétravail, pour Paris ou pour des sociétés à l’international. » De fait, l’intensification quantitative et qualitative d’internet en Bretagne a notamment vocation à servir l’émergence des nouvelles pratiques numériques en matière de créations culturelles. « L’installation de la fibre optique à travers tout le territoire prendra du temps, mais il est vital », s’engage Loïg Chesnais-Girard. De plus en plus d’artistes viennent s’installer et, par conséquent, créer en Bretagne. Le cadre de vie est particulièrement prisé. « La région est attractive, c’est une force. Nous devons soutenir ces créateurs. »

Conseil culturel de Bretagne
Photo: Charles Crié

Vers un patrimoine et un tourisme durables

Inspirée par la COP21 pour le climat et instaurée par la Région, BreizhCop réunit des acteurs locaux et des citoyens afin de créer un projet durable d’ici à 2040. Trois axes majeurs prévalent : faire face à l’urgence climatique et environnementale, assurer l’équilibre du territoire breton et renouveler les pratiques démocratiques.

« BreizhCop est une force. La culture est présente partout. On ne peut pas ignorer les enjeux climatiques majeurs aujourd’hui. Culture et durables doivent être liés », explique le président du Conseil culturel.

Une politique linguistique

La musique est un vecteur culturel fort. Musicien notoire, Alan Stivell est un précurseur de la rediffusion d’une culture bretonne militante, voire « chauvine », selon ses propres mots. « Quand j’ai commencé la musique, nous étions une petite minorité à nous passionner pour la Bretagne. Les gens avaient oublié qu’ils étaient Bretons. Il y avait un sentiment de honte et de rejet régional. Après les années 68, le rayonnement de la langue bretonne a été soudain. L’arrivée de la musique bretonne dans les jukebox, ça été un électrochoc ! ». Le musicien confie qu’il est favorable à une Bretagne indépendante fédérée dans une Europe des régions. En résumé, « je porte une double casquette : celle du militant et celle du musicien. »

Aujourd’hui, l’héritage des pratiques dialectales bretonnes et la promotion du breton KLT* et du gallo s’inscrivent dans une vitalisation culturelle et identitaire. « Nous aimerions voir s’ouvrir plus d’écoles Diwan, mais c’est difficile pour des raisons budgétaires », regrette le président du Conseil culturel. Créées en 1977, les écoles Diwan sont des écoles associatives, gratuites et laïques où l’enseignement est dispensé en langue bretonne.

En sus de la promotion de ce développement linguistique interne, le Conseil culturel de Bretagne ambitionne d’être un outil de diplomatie culturelle façon soft power au profit de l’affirmation rayonnante d’une identité bretonne. Objectif et moyens : un rayonnement marketing territorial de la Bretagne en France et au-delà, un lobbying en faveur du rapprochement, voire le rattachement, de la Loire-Atlantique, mais aussi un renforcement des liens avec les 5 autres pays du Congrès celtique.

 

* « Après le Catholicon, dictionnaire français-latin-breton de 1464 édité à Tréguier, le second dictionnaire de la langue bretonne est écrit en 1716 par Dom Louis Le Pelletier. Le Gonidec en 1837 élabore un dictionnaire français-breton où il rénove aussi l’orthographe. Son travail sera largement utilisé tout au long du XIXe, même si d’autres graphies inspirées de formes dialectales existent. En 1908, François Vallée et Émile Ernault apportent d’autres améliorations. Le KLT (Kerne, Leon, Treger) désigne alors l’orthographe commune, les trois évêchés utilisant un breton assez proche.

Le 28 décembre 1936 à Lorient, la grande assemblée de l’entente des bretonnants, Emglev ar vrezhonegerien KLTG, présidée par Xavier de Langlais, propose des changements. En 1941, une commission d’écrivains se réunit et décide d’une orthographe unifiée devant la nécessité de permettre l’enseignement du breton qui fut alors autorisé de façon facultative à hauteur d’une heure par semaine, en dehors des heures normales de cours. On l’appela « KLT » ou encore peurunvan (totalement unifiée). La courte expérience de breton obligatoire pour tous dans les écoles catholiques finistériennes montrait que les enfants savaient lire ce breton écrit.

Après la guerre, certains auteurs refusèrent d’employer comme écriture l’orthographe peurunvan du fait de l’engagement de certains de ses promoteurs dans la collaboration et créèrent en 1955 une nouvelle orthographe, dite « universitaire ».

L’orthographe universitaire ne sera utilisée que par la tendance régionaliste du Mouvement breton, qui regroupera des personnalités proches du MRP ou du gaullisme, des laïcs chrétiens catholiques pratiquants engagés ou non dans l’Église, des ecclésiastiques et religieux du diocèse de Quimper et Léon avec des membres, sympathisants ou « compagnons de route » du Parti communiste français ou de ses organisations satellites. Certains nommèrent cette orthographe ar falc’huneg, du nom de son créateur.

Une écriture interdialectale (etrerannyezhel) a cherché aussi depuis 1975 à faire le pont entre l’écriture unifiée et l’écriture universitaire. La méthode Assimil de Fañch Morvannou propose une nouvelle orthographe en partant de ces bases. En 2003, Albert Deshayes propose à son tour une version plus scientifique qui se veut plus étymologique.

DIWAN

Aujourd’hui, en 2014, l’écriture en peurunvan est celle qui est utilisée dans toutes les écoles Diwan et les classes bilingues à parité horaire. La maison d’édition TES, destinée aux trois types d’enseignement, publie tous ses ouvrages, les manuels scolaires et la littérature jeunesse dans cette orthographe. La graphie universitaire s’utilise pour Emgleo Breizh et ses éditions (la revue mensuelle Brud Nevez), dirigées par Fañch Broudic qui souhaiterait que l’écriture universitaire brestoise devienne la norme. Fañch Broudic argue que cette orthographe est plus proche de la langue parlée et permettrait une meilleure prononciation du breton :

La seconde hypothèse est celle d’un changement d’orthographe pour l’enseignement. Il existe effectivement une alternative, qui est l’orthographe universitaire de la langue bretonne adoptée en 1955 et toujours en usage. 

Fanny Chauffin, Diwan, pédagogie et créativité. Approche critique des relations entre pédagogie, créativité et revitalisation de la langue bretonne dans les écoles associatives immersives Diwan,Thèse de doctorat, Université de Rennes 2, avril 2015.

Conseil culturel de Bretagne

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