« Une fois par an, le Collectif Danse Rennes Métropole organise un festival à l’image de son projet, pour soutenir le plus loin possible les compagnies accueillies en création. »
Regards sur la fabrication chorégraphique
UN DIMANCHE DE 4 JOURS AU GARAGE
9e édition du 17 au 20 octobre 2013

 Pour la neuvième édition de son festival, le collectif danse Rennes Métrople a concocté un programme varié, d’un grand éclectisme, susceptible d’offrir de très belles surprises à tous les amateurs de danse, des plus exigeants aux plus blasés. Quatre dimanches, accolés les uns aux autres, dans une contraction du temps surréaliste pour un long week-end de découvertes chorégraphiques, dans une ambiance des plus conviviales, propice aux échanges.

Salon de the © Chai Nomad Photo Hsinwen LIANG
Salon de the © Chai Nomad Photo Hsinwen LIANG

Le chroniqueur n’a pas encore dégrisé, « saturé d’informations », formule qu’il emprunte au spectacle Dissolution, il peine à faire le tri, à organiser ses idées pour témoigner de deux spectacles qui l’ont particulièrement marqué durant ces quatre jours de danse, à savoir le susnommé Dissolution et Our pop song will never be popular, deux œuvres aux antipodes l’une de l’autre, mais qui recourent toutes deux à l’onirisme et l’occulte. Pour rendre compte, dans leur variété, de l’ensemble des représentations, expositions, projections cinématographiques, performances urbaines et rencontres du festival, Unidivers aurait pu dépêcher une armée de journalistes-chroniqueurs, de goûts et tempéraments divers. Le lecteur devra se contenter, pour le moment, d’un bref descriptif de quelques-unes des multiples manifestations de ce dimanche de 4 jours.

la table aux chiens© Cedric Martinelli & Julien Touati Photo Hsinwen Liang
la table aux chiens© Cedric Martinelli & Julien Touati Photo Hsinwen Liang
Dissolution©Cie Zephyr Photo Claude Le Guillard
Dissolution©Cie Zephyr Photo Claude Le Guillard

Dans Dissolution de la compagnie Zéphyr, Myriam Crampes et Kathleen Reynolds, la « doublure » de la chorégraphe Sylvie Seidmann, dépêchée au dernier moment pour ces deux représentations au Garage, forment un duo des plus harmonieux. Qui pourrait croire qu’elles ne répètent ensemble que depuis deux ou trois jours  seulement ? Les deux danseuses vont conférer par leurs gestes ondulatoires, liquides arabesques, des pouvoirs magiques à des postes de télévision, autant de machines-lumières, catalyseurs d’énergie pour une invocation rituelle des principes élémentaires féminins.

Dans Point de chute de la compagnie Ochossi, des danseurs de la région rennaise, issus du projet Unisson, groupe rassemblant tous les profils, hommes et femmes, très jeunes et moins jeunes, grands et petits, élégants et débraillés, calmes, sanguins et excentriques vont converger et diverger, se réunir puis se séparer, avant de recouvrer l’harmonie, sous le regard attentif et attendri d’une dessinatrice, Marie-Anne Poully, qui croque leurs expressions mobiles dans son carnet. Jeu d’équilibre, de partage, entre l’individu et le collectif, invention d’une microsociété pacifiée et chaleureuse par le chorégraphe Pedro Rosa.

point de chute compagnie Ochossi photo Yohann Lepage
Point de chute©Cie Ochossi Photo Yohann Lepage

Dans Recorda ou hériter l’exil de la compagnie Ochossi, Myriam Lecoq-Vinagre propose, dans son solo, un voyage introspectif et sensuel ou des échos de danses issues de cultures diverses, d’ici et d’ailleurs, aux rythmes lents ou endiablés, dévoilent tour à tour un nouvel aspect de sa personnalité et interrogent « l’attachement à un territoire et le sens de sa transmission ». Elle danse accompagnée par les cordes très mélancoliques de sa sœur Nadia Vinagre, absente pour cette représentation, mais présente en image sur l’écran vidéo.

Play-Ground©Cie Body Works Photo Romain Coquelin
Play-Ground©Cie Body Works Photo Romain Coquelin

Dans Play-ground (1ère version) de la compagnie Body Works, les fauves sont relâchés, les danseurs laissent s’exprimer leur animalité, avec ou sans pathos, dans un chaos jubilatoire qui met à mal tous les conformismes. Mention spéciale pour le félin aux pas nerveux et lascifs dont le rugissement ferait pâlir Tarzan.

Dans « i » de la compagnie Body Works, trois copines vont contaminer le public de leurs fous-rires cathartiques. À noter qu’une des danseuses, convalescente (sans doute pas si mal en point car on pouvait l’entendre rire dans l’assemblée) a du être remplacée par un danseur de la même compagnie. Affublé d’une jupe, il s’est prêté au jeu de bon gré, et le spectateur l’a accepté d’emblée comme membre à part entière de l’équipe de joyeux drilles à l’hystérie contagieuse. On se demande si le trio ne deviendra pas quatuor lors des prochaines représentations !

Dans Décroitre (1ère version) de la compagnie Dreamcatchers, peau de bête, vélo, béquilles et balle de tennis sont les accessoires d’un théâtre déglingué pour corps et objets, qui vise à une sorte de désengagement, un « débordement dépossessif », une dé-ritualisation des comportements socio-économiques.

Our Pop Song Will Never Be Popular © PILOT FISHES
Our Pop Song Will Never Be Popular © PILOT FISHES

Dans Our pop song will never be popular (1ère version) de Alina Bilokon & Léa Rault / Pilot Fishes – titre énigmatique, à l’étrange redondance, que la coordinatrice du festival et maître de cérémonie Sandrine Garin-Cloarec n’a jamais réussi à énoncer d’un seul trait – le spectateur se soumet sans résistance à différents tests de manipulation mentale, tours de passe-passe où la vue et l’oreille sont également sollicitées par d’addictifs messages subliminaux qui voient sa volonté s’affaiblir, puis se flétrir tout à fait, alors que son esprit hébété s’évade et s’évapore dans un monde de fantasmes aux parfums opiacés ; rêve doux, chaud, et terrifiant…

rencontre Laboratoire Photo Hsinwen Liang
Rencontre Laboratoire Photo Hsinwen Liang

Dans le Laboratoire à imagination insurrectionnelle, on parle d’utopie, et au gré des questions des intervenants, chacun se déplace dans l’espace, d’un mur à l’autre, en fonction de sa personnalité et de ses convictions. Voilà une chorégraphie minimaliste, mais très efficace ! Isabelle Fremeaux et John Jordan évoquent ensuite leurs parcours d’artistes-activistes et permaculteurs, de Londres à Questembert. Ils font preuve d’une grande pédagogie, lancent des débats passionnants et leur enthousiasme est véritablement contagieux. L’intervention du couple dans le cadre du festival montre que le monde du spectacle vivant porte actuellement en lui les germes de profonds changements sociétaux. Qui sait ce que pourra donner l’alliance du Laboratoire et du Collectif Danse ? Affaire à suivre !Snowball © Laboratoire A Imagination Insurrectionnelle

A Chaque Danse Ses Histoires © CollectifDanseRennesMetropole Photo Hsinwen LiangDans «À chaque danse ses histoires », qui n’est pas non plus un spectacle, c’est une exposition pédagogique dans le couloir qui mène à la salle de représentation du Garage, une série de panneaux illustre l’histoire de la danse contemporaine. Les passants sont invités à commenter l’exposition à la craie de couleur. Les enfants se réservent la partie basse du long tableau mural, les adultes remplissent le haut. Les portraits photographiques, très expressifs, de pionnières comme Isadora Duncan, Mary Wigman ou Valeska Gert, inspirent de nombreux dessins. Une grande fresque collective et éphémère où se superposent hommages révérencieux et caricatures grotesques finit par saturer l’écran noir.

A Chaque Danse  Photo Hsinwen LIang

Dans « Collecte », l’autre exposition, sont réunies différents documents légués par les dix compagnies programmées au festival. Des textes, des éléments de décors, des photographies, des dessins, de splendides bonnets pailletés d’or – pièces maitresses de cette belle collection, aujourd’hui conservées, loin des regards, dans un coffre fort – sont enfermés dans des vitrines et annotés de légende
s. Belles reliques, encore fraiches, que le fétichiste aimerait rapporter chez lui pour se remémorer à loisir les spectacles vus. Mais l’amateur de danse n’est pas vraiment un fétichiste qui se délecte de choses mortes prenant la poussière. Il n’a qu’une hâte, revoir dans un avenir proche les spectacles du festival dans des versions inédites, pour ceux qui sont amenés à évoluer, à se parfaire, et découvrir les prochaines créations des compagnies du Collectif Danse Rennes Métropole.

collecte©CollectifDanseRennesMetropole Photo Hsinwen LIANG

+ d’infos :

http://www.collectifdanse.fr/

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Retour sur quatre dimanches de danse au Garage : Collectif Danse Rennes Metropole

 

ROTOMAGO [matthieu mevel] est fascinateur, animateur de rhombus comme de psychoscopes et moniteur de réalité plurielle. rotomago [@] unidivers .fr

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