Depuis 2018, le coiffeur-visagiste Kevin Ortega parcourt les rues de sa région à la rencontre de personnes sans domicile fixe et propose une coupe de cheveux et taille de barbe. C’est le mouvement Coiff in the street. Des actions solidaires qui prennent aujourd’hui une tournure nationale ! Pendant tout l’été, il arpentera plusieurs grandes villes de France, en passant par Rennes (du 7 au 9 août). Pour financer son projet, Kevin Ortega lance une campagne de financement. De sa première maraude à ses projets futurs, il nous parle de l’histoire de Coiff in the street. 

Fondateur du mouvement Coiff in the street et originaire du sud de la France, Kevin Ortega est de plus en plus connu dans l’Hexagone. Depuis son arrivée en Loire-Atlantique en janvier dernier, il n’a pas attendu longtemps avant de poursuivre ses actions de solidarité envers les personnes les plus démunies et est déjà parti à la rencontre des sans-abri des villes de Saint-Nazaire et de Nantes pour leur proposer ses services. Équipé de son « salon mobile » (tondeuses à batteries rechargeables, vaporisateurs d’eau, shampoings secs, peignes…), il parcourt les rues, en toute humilité, pour mettre ses compétences au service des plus démunis, « ces personnes ont également droit à un minimum de confort et d’attention », souligne-t-il lors de l’entretien téléphonique.

Après deux ans d’existence, l’été 2020 marque une nouvelle étape dans le développement de Coiff in the street. Accompagné des photographes professionnels bénévoles Frédérique (CAPTURE BYFRIFRI) et Tony (RAW RAW), il arpentera les rues de grandes villes de France afin de donner une nouvelle visibilité à Coiff in the street. Parmi elles – Bordeaux, Lyon, Paris, Lille, etc., Rennes est sur sa route, du 7 au 9 août 2020.

Pour mener à bien son projet, le fondateur du mouvement met en place une campagne de financement : chaque don servira à financer les déplacements – trains, avions, restauration, etc. et chaque donateur recevra une des magnifiques photos de ce périple solidaire. Dans une transparence totale, les factures de toutes les dépenses seront visibles. « Je voulais trouver de nouvelles idées audacieuses et différentes en gardant le même concept. Faire le tour des villes que je n’ai pas encore eu l’occasion de visiter et partir à la rencontre des gens. C’est autant gratifiant pour moi que pour les personnes bénéficiaires de mes actions ».

coiff in the street kevin ortega

« Coiff in the street est un mouvement libre, pas une association »

Unidivers – En 2018, une vidéo d’un coiffeur londonien coiffant gratuitement des sans-abris vous donne l’idée d’adapter ce concept dans le Sud de la France, à la Ciotat. Vous souvenez-vous de la première fois que vous avez fait des maraudes et du premier sans abri que vous avez coiffé ?

Kevin Ortega – Je me rappelle de tous les détails. La première maraude s’est déroulée du jour au lendemain. La première personne à qui j’ai parlé a également été la première à qui j’ai coupé les cheveux. Il s’appelait Farid et était dans la rue depuis 30 ans. Malheureusement, il l’est encore… Mon échange avec Farid a réellement été un déclic. Il était agréablement surpris, voire même choqué, de cette proposition. Il était tranquillement assis face à la mer, la tête dans les nuages, sans rien attendre de précis.

coiff in the street kevin ortega

Unidivers – Par la suite, vous décidez de fonder une association d’accompagnement des sans-abris à la Ciotat, Un cœur d’or. Quelles en sont les missions principales ?

Kevin Ortega – L’action Coiff in the street s’est rapidement propagée, beaucoup de coiffeurs et coiffeuses ont suivi le mouvement. Avec l’aide de ma sœur photographe, on a créé dans la foulée l’association Un cœur d’or afin de réunir des bénévoles pour distribuer des repas qu’ils auraient préparés chez eux, dans la même veine solidaire que Coiff in the street.

J’ai constaté rapidement qu’il fallait faire des choix car je n’arrivais plus à tout concilier : l’association, le mouvement, ma vie professionnelle et ma vie privée. J’ai choisi de développer le mouvement Coiff in the street aux dépens de l’association qui a finalement cessé son activité.

Unidivers – Le mouvement Coiff in the street s’est d’ailleurs étendu à l’échelle nationale et compte actuellement une vingtaine de coiffeurs et coiffeuses professionnel.le.s en France.

Kevin Ortega – En effet. Les professionnel.le.s participent à leur niveau, sans conditions spécifiques. Je ne veux pas leur imposer quoi que ce soit. La grande dimension sociale de Coiff in the street est primordiale. C’est l’idée de donner de son temps quand on peut. Chacun est un électron libre responsable de sa maraude, libre de la faire quand il en a l’envie et le temps.

Je pose simplement un cadre et aiguille les nouveaux arrivants afin de respecter le concept que j’ai mis en place au fil du temps. Je veux que le projet conserve un esprit familial où l’on prend le temps de rencontrer la personne et où aucun timing ou quota n’est à respecter. Nous n’avons pas d’itinéraire à suivre, on maraude à travers la ville à la rencontre des plus démuni(e)s.

D’ailleurs, Coiff in the street est un mouvement libre et pas une association pour cette raison. Et je ne cherche pas à être répertorié association loi 1901. J’ai été bénévole pendant 10 ans pour les Restos du Cœur à Marseille, mais je n’étais pas à l’aise avec le cadre – heures fixes et lieux précis. Il nous arrivait de passer devant des sans-abris sans s’arrêter, car nous avions un itinéraire à respecter ou nous n’étions plus couverts par le Samu Social à partir d’une certaine heure. Je continuais néanmoins les distributions de nourriture en dehors des heures, parfois toute la nuit, pour ceux qui n’avaient pas encore bénéficié d’un repas.

coiff in the street kevin ortega

Unidivers – Comment est perçue votre action par les personnes sans domicile fixe ? Et par les passants ?

Kevin Ortega – Les sans-abris sont en général agréablement surpris et « choqués » par notre venue et notre volonté d’aider de cette manière. Les passants sont quant à eux intrigués par l’action, mais avec la médiatisation dont a fait l’objet Coiff in the street, ils connaissent plus facilement le mouvement.

Comme je suis le fondateur et le porte-parole du mouvement, mon nom est un peu devenu la vitrine de Coiff in the street et les habitants m’assimilent au projet. Cette médiatisation est valorisante et motivante. Elle donne envie de davantage se battre et s’investir dans de nouveaux projets par le biais des personnes qui nous soutiennent. La popularité vient automatiquement avec le développement à grande échelle d’un projet, mais elle n’est pas recherchée. La diffusion de l’information donne l’occasion de toucher les autres coiffeurs et coiffeuses sensibles à la pauvreté dans nos rues.

Certaines personnes sans-abriS ne peuvent ou ne veulent pas se déplacer. Ils doivent transporter avec eux leurs affaires et sont parfois âgés. Ils n’ont plus l’énergie ou la motivation. Je coiffe dans la rue pour montrer que c’est à nous d’aller vers eux et pas le contraire.

Cette visibilité permet également de faire appel à la générosité des coiffeurs. C’est le message que je cherche à transmettre à travers Coiff in the street et pendant mon tour de France : sensibiliser et motiver à reproduire ces actions dans toutes les villes ; casser cette barrière invisible entre les sans-abris et nous ; sensibiliser la population et les plus jeunes. Il arrive que l’on croise le même sans-abri tous les jours, car il reste à proximité de notre domicile. Et pourtant, nous ne nous arrêtons pas forcément pour lui dire bonjour ou lui demander s’il va bien, s’il a besoin de quelque chose à manger ou à boire, etc.

coiff in the street kevin ortega

Unidivers – Avez-vous déjà pensé à de nouveaux projets ?

Kevin Ortega – J’essaie de faire l’intermédiaire avec les associations en donnant aux sans-abris que je croise les noms d’asso et structures que je connais afin de les orienter selon leurs besoins. Nous voulons d’ailleurs mettre en place une fiche d’aide sur les maraudes nomades. Le formulaire spécifiera, avec l’accord des personnes concernées bien entendu, les nom, prénom, âge, besoins médicaux, taille de vêtements et chaussures de chacun et s’il souhaite être suivi par une assistante sociale, etc. Ce système permettra d’identifier les personnes dans la rue, celles qui ne sont peut-être pas encore recensées par les associations de la ville.

Sur du long terme, j’espère pouvoir poursuivre et élargir géographiquement le mouvement, à l’échelle européenne dans un premier temps. Faire les capitales de l’Union européenne et pourquoi pas deux ou trois pays hors UE dans quelques années ? L’objectif initial était que Coiff in the street devienne international et touche le plus de pays possible.

coiff in the street

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Villes dans lesquelles l’équipe de Coiff in the street se rendra (n’hésitez pas à proposer un hébergement en contactant Kevin par mail (coiffinthestreet[@]gmail.com ou par téléphone 07 79 49 06 30) 

– Marseille : 9, 10, 11 et 12 juillet 2020

– Lyon : 13, 14, et 15 juillet 2020

– Strasbourg : 17, 18 et 19 juillet 2020 

– Lille : 24, 25 et 26 juillet 2020

– Paris : du 30 juillet au 4 août 2020

Rennes : 7, 8 et 9 août 2020

– Poitiers : 14, 15 et 16 août 2020

– Bordeaux : 21, 22 et 23 août 2020

– Toulouse : 28, 29 et 30 août 2020 

kevin Ortega
Vous pouvez aussi faire des dons de produits d’hygiène

Pour participer à la campagne de financement de Coiff in the street 

Facebook Coiff in the Street

Facebook Capture Byfrifri photographe

Facebook Raw Raw Photographe (Saint-Nazaire)

 

Sur Unidivers.fr :

Rennes. Les adresses et numéros utiles pour les plus démunis

 

La vie dans la rue en tristes chiffres :

  • Source INSEE : La situation dans les années 2000. Pierrette Briant, Nathalie Donzeau, division Logement. En France métropolitaine, dans la deuxième moitié des années 2000, 133 000 personnes étaient sans domicile : 33 000 en très grande difficulté (entre la rue et les dispositifs d’accueil d’urgence), 100 000 accueillies pour des durées plus longues dans des services d’hébergement social ou dans un logement bénéficiant d’un financement public. Par ailleurs, 117 000 personnes, également sans logement personnel, recouraient à des solutions individuelles (chambres d’hôtel à leurs frais ou hébergement par des particuliers). En outre, 2,9 millions de personnes vivaient dans des logements privés de confort ou surpeuplés, le cumul des deux insuffisances concernant 127 000 personnes.

  • D’après le site mortsdelarue.org le taux de mortalité des personnes SDF est 20 fois supérieur à celui de la population générale âgée de moins de 64 ans. L’âge moyen des personnes décédées est de 48,7 ans en 2018. (45,6 ans pour les femmes, 49,7 ans pour les hommes)
  • Le dernier rapport de l’INSEE de 2012 signale une augmentation de 44% de personnes sans abri en 10 ans en France, entre 2002 et 2012.
  • Le taux de décès par homicide est de 0;3 % dans la population générale et de 5% pour les personnes SDF.

Les aides prioritaires « habituelles » pour les plus démunis concernent le logement, la santé et la nourriture : l’estime de soi est un aspect « secondaire » dans la rue et pourtant si essentiel. Coiffer les plus démunis va bien au-delà du coup de ciseau : c’est aussi recréer du lien social, considérer la personne dans toute son humanité, lui redonner au moins un peu de l’estime de soi qu’elle a perdue.

Si les coiffeurs solidaires sont parfois mal connus, ils sont pourtant bien présents dans divers pays, qu’ils exercent dans leur ville, ou qu’ils partent à l’autre bout de la planète : on peut citer par exemple Mark Bustos coiffeur à New-York qui parcourt le monde avec son matériel, Ged King à Manchester, Stewart Roberts dans la région de Londres, l’infatigable globe-trotter londonien Joshua Combes, les 50 Barber Angels autrichiens, en France Dati Kouch (Solid’Hair sans-abri), Adrien Thomas – The Hair’ tist, street coiff, Nasir Sobhani et the street barbers en Australie, à Madrid Jonathan Martín, Cristina Medina y Ana Cuenca (un corte, una historia) et bien d’autres qui offrent leur temps, leurs compétences, leur compassion aux plus démunis et qui, unanimement, parlent d’expériences humaines uniques.

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