Dans Tas de pierres, Victor Hugo écrit « En art point de frontière ». Le travail de Célia Criscuolo, art thérapeute, en est la parfaite illustration. La pratique du clown peut-être ainsi envisagée sous un angle thérapeutique par le biais de l’éveil des émotions et du soin relationnel. Unidivers l’a suivi le temps d’une matinée. Il est des rencontres marquantes et celle-là en fait sans aucun doute partie !

art thérapieLe rendez-vous était donné à la résidence Kerélys à Betton, EPHAD (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) accueillant 28 résidents atteints de la maladie d’Alzheimer ou de maladies apparentées. Nous retrouvons Célia ou plutôt Madame Bidule, la clowne qu’elle s’est créée (NDLR La graphie est celle à laquelle tient particulièrement Célia Criscuolo). Avec son nez rouge et son chapeau à fleurs, sans oublier son accordéon et sa valise magique, Madame Bidule est prête à rencontrer les résidents. Une fois arrivée dans la pièce de vie, Madame Bidule illumine les visages, éveille les émotions et fait rayonner la joie de vivre.

Mais en fait d’où tient-elle ce pouvoir si fascinant ? Célia a débuté par une formation dans le théâtre en obtenant un Master en Arts du spectacle « théâtre et mise en scène » à Rennes 2. C’est plus tard par le cirque et les arts de rue qu’elle découvre le clown. Souhaitant dépasser la pratique du clown artistique pour la mêler à une approche thérapeutique, Célia se forme au métier d’art thérapeute. Elle possède ainsi depuis 2008 un DU d’art thérapie délivré par la faculté de médecine et de pharmacie de Poitiers.

celia criscuoloCélia Criscuolo base sa pratique sur la méthode de Validation également appelée Validation affective ou thérapie par empathie. Cette méthode est conçue par Naomi Feil à partir de 1963 alors qu’elle est professeure dans le département des sciences sociales de l’Université Case Western Reserve. Naomi Feil est aujourd’hui présidente de l’Institut de formation à la Validation. La Validation est fondée sur la reconnaissance des émotions et des sentiments de la personne. Naomi Feil développe une vision optimiste de la vieillesse en considérant que « les personnes âgées retrouvent tout naturellement leur sagesse intérieure […] Pour survivre aux pertes du temps présent, elles restaurent un passé dans lequel elles trouvent davantage de sagesse et de plaisir ». C’est par là reconnaître également le besoin d’exister de l’autre et ainsi respecter sa dignité en tant que personne.

Le bien-être des résidents est au cœur de la démarche entreprise par Carole Sauvée, responsable de la résidence Kerélys. Cela passe incontestablement par la reconnaissance du résident en tant que personne et non comme objet de soins. Faire appel à une art thérapeute est une initiative que Carole Sauvée a menée par conviction et par souci d’expérimenter de nouvelles approches thérapeutiques. Reconnaître le résident comme une personne, c’est par conséquent être à l’écoute de ses besoins et de ses émotions.

art thérapieLa clowne est un personnage facilement identifiable pour les personnes et renvoyant à une sphère du positif. Il est un instrument de médiation dans la relation entre la professionnelle et la personne. Célia s’adapte aux différents degrés d’évolution sur la maladie. La musique, langage universel, est par exemple appréciable par tous. Nous avons d’ailleurs eu plaisir à jouer avec des maracas pour l’accompagner à l’accordéon. Cela permet de stimuler leurs capacités, leurs sens et leurs souvenirs. Avec ce public souffrant de troubles de la mémoire, d’altération du langage, Madame Bidule parvient à instaurer un langage émotionnel. Les émotions exprimées peuvent être positives comme négatives : tantôt des sourires illuminent les visages, tantôt les yeux s’embuent de larmes à l’évocation d’un souvenir douloureux. En effet, il s’agit parfois de résoudre d’anciens conflits en vue d’atteindre une forme d’apaisement.

art thérapieLes instants individualisés, tête-à-tête privilégiés avec Madame Bidule, déclenchent la parole. À l’écoute de la personne, Célia prend en compte son histoire. Le travail d’observation lui permet de rebondir sur les paroles, les gestes ou les émotions de son interlocuteur. Cette relation d’empathie et de bienveillance est absolument remarquable ! Carole Sauvée qualifie à juste titre Célia Criscuolo de « personne ressource » puisqu’elle intervient aussi dans le décryptage de la relation entre le résident et sa famille. En outre, elle apporte son expertise aux personnels et fournit des outils de connaissance de la personne.

Soucieuse de transmettre son savoir et ses connaissances, Célia intervient à l’Institut de soins infirmiers du CHU de Rennes et dispense des formations en soin relationnel pour les professionnels de santé et les travailleurs sociaux. Si elle s’est spécialisée sur les maladies de la mémoire, Célia travaille aussi avec des publics ayant des problématiques diverses : handicapés physiques, psychiques, rencontrant des difficultés dans leur parcours de vie… Elle propose également des ateliers de développement personnel par le clown et le jeu relationnel. Célia dirige de plus un groupe de théâtre pour des personnes en insertion professionnelle et un atelier d’art thérapie pour les femmes.

L’heure passée en compagnie de Madame Bidule à la résidence Kerélys est passée très vite, trop vite. Espérons que cette initiative entreprise par Carole Sauvée sera également renouvelée dans d’autres résidences. Cette méthode de soin alternative, non médicamenteuse, apporte des bénéfices non négligeables dans le bien-être des personnes. Encourageons l’art thérapie, méthode thérapeutique encore trop méconnue.

Célia Criscuolo – Arth’émois, art thérapie et clown en soin relationnel

Crédits photo et vidéo : Célia Criscuolo

Art Thérapie Rennes

06 63 90 87 75
 
Pour en savoir plus sur l’atelier d’art-thérapie pour les femmes  c’est ici 

RENNES CLOWN THERAPIE : de l’art à la thérapie was last modified: janvier 13th, 2017 by Rémi Baert

Un commentaire

  1. Bonjour,
    Je suis intéressée par des stages à Rennes qui mettraient en avant la relation, ses difficultés, ses peurs.
    A bientôt peut être
    Thérèse Lorans

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