mar 6 décembre 2022

Cinéma. Close de Lukas Dhont ouvre des identités particulières

Le film de Lukas Dhont Close sortira en salle le 2 novembre 2022. Après la caméra d’Or 2018 pour son premier film Girl, le long-métrage présenté au festival de Cannes le 26 mai 2022 a reçu le grand prix de Cannes. Lukas Dhont revient avec un nouveau film à forte inspiration autobiographique qu’il dédie à ses amis perdus. Ouverture, perte et fermeture.

Fleur Close
© KRIS DEWITTE

Deux garçons courent à travers les herbes hautes dans un champ de fleurs baigné de soleil. C’est le début du film et la scène à partir de laquelle il s’est construit. Quand le film débute, c’est l’été, les fleurs ont éclos et avec elles la saison des récoltes pour les parents de Léo. Le jour, Rémi et lui jouent insouciants dans les plantations. La nuit, ils sont chez Rémi. Ce qui les lie est puissant, alchimique et surtout indicible.

Les parents acceptent cette amitié si fusionnelle et si physique car ce sont des enfants et qu’il n’y a pas encore de questions à se poser. Mais quand l’été finit par mourir, il emporte avec lui leur innocence. L’automne arrive avec le retour à l’école et l’entrée au collège pour les deux amis. L’harmonie paisible qui les animait implose quand on leur demande de mettre des mots sur ce qui les unit. Avec la venue des mots, des étiquettes, arrivent les questions identitaires et les premières frictions.

Close est deuxième long-métrage du réalisateur Lukas Dhont. Son premier film, Girl, nominé à Cannes, mettait en scène le conflit intérieur d’une jeune femme trans qui rejette le corps qui se reflète dans le miroir et qu’elle rêve féminin. À présent, le réalisateur revient avec un film traitant toujours de conflits intérieurs entre la personne et les dictats de la société. Si dans Girl, la société dictait ce qu’était une fille, dans Close, elle dicte, implacable, ce que se doit d’être un garçon et surtout ce qu’il ne doit pas être. Trop féminin, trop délicat, trop sensible, trop proche d’un autre garçon… au risque d’être mis au ban de la société, et de se voir mis en cause dans sa sexualité et son identité. À un âge aussi délicat, frontière floue entre enfance et adolescence, quand on se rend compte qu’on ne sera jamais plus innocent une fois les questions posées, le sujet est glissant et l’effondrement de la personne que l’on s’est construit peu à peu menace…

Léo et Rémi Close

Filmé presque avec gaieté et couleurs, dans un milieu bucolique où les saisons ont vraiment un sens, ce sujet est pourtant sombre. Le contraste entre l’été et sa joyeuse insouciance et l’automne gris, qui amène questionnements et conflits, est saisissant. Au fur et à mesure que le mauvais temps s’installe, au dehors comme au dedans des personnages, on comprend qu’il ne peut y avoir d’issue paisible. Comme dans Girl, l’issue doit être radicale, avec tout ce que cela implique de douleur et de drame. Également reprise dans le film précédent de Lukas Dhont, l’idée que l’adulte n’est pas l’ennemi, mais peut, au contraire, être vu comme un allié stoïque, immuable, dans cette mer de douloureuse remise en question. On notera le parallèle entre le père-copain dans Girl, et Sophie la mère de Rémi qui est vue comme la deuxième mère de Léo et la copine de tous. 

Dans ses deux longs métrages, Lukas Dhont présente les relations sociales comme cruelles : les camarades qui veulent faire rentrer tout le monde dans un tableau comparatif de différences, leurs réflexions sur la masculinité et la féminité ancrées dans notre société et emplies de violences… la confrontation à l’autre est alors vécue comme un traumatisme. L’entrée dans l’adolescence marque l’arrivée de la violence qui fait exploser l’enfance de Rémi et Léo. Psychologique d’abord avec le rejet, les injonctions de se définir et de se conformer, physique ensuite avec les bagarres, le hockey sur glace… 

Hockey Close

Le film aborde également le thème de la culpabilité et de la responsabilité. Celle qui ronge et qui dérange. Évoquer ce sentiment de culpabilité, de responsabilité, était une volonté du réalisateur, pour montrer ses effets sur un enfant. Quitter l’enfance, c’est cela aussi, l’étape nécessaire où l’on comprend que nos actions ont des répercussions sur le monde. Rien n’est jamais neutre, et il faut savoir gérer les répercussions de nos actes. Chez un enfant, les signes de ce sentiment de culpabilité sont très intériorisés, le montrer à l’écran est donc une audacieuse nouveauté.

Avec cette culpabilité qui ronge, vient l’idée d’une libération impossible. D’ailleurs, le film ne peut prendre fin que sur cette libération, quand enfin Léo oralise la culpabilité qui le ronge et le malaise qui s’est emparé de lui. Il s’enlève ainsi un poids, et soulage ses proches. Dans la scène de la libération, il n’y a presque pas de mots, comme si l’essentiel était ailleurs. On voit et on sent les mots que l’autre ne dit pas, mais on ne les nomme pas. Dans le film, ce thème du non-dit est omniprésent. Le mot aussi est vu en ennemi. Il peut enchanter et bercer, mais il peut aussi blesser, classifier, inhumaniser.

  • Rémi Close
  • Léo mer Close

Pour redoubler le drame qui se joue, et créer de l’émotion autrement qu’en nous montrant les larmes et les cris des personnages, le film est truffé de détails contrastés ou de parallèles. Ainsi les fleurs, qui sont charriées par le vent d’été au début du film et se meuvent dans les champs, comme les garçons qui courent parmi elles, vont se faner, et, quand l’automne arrive, elles sont coupées. En même temps, l’amitié de Remi et Léo n’est plus. Rémi fait du hautbois en orchestre, Léo pour défier cette demande de définition va faire du hockey sur glace. C’est froid, c’est brutal, on se rapproche de l’idée faite de la masculinité, loin des champs de fleurs baignés de soleil.

La figure de Sophie, la mère de Rémi, est également très importante et d’une grande noblesse. Interprétée avec brio par Emilie Duquenne (Pas son genre de Lukas Belvaux, Rosetta des frères Dardenne), celle-ci reste stoïque et droite, pendant que son mari s’effondre. Là encore, la société pourrait en rire…

  • Mère Rémi Close
  • Close mère de Rémi

Close est un remarquable long métrage, où Lukas Dhont propose cependant, à nouveau, une vision un peu fermée de l’identité queer. Sous la plume ou plutôt derrière la caméra du réalisateur, ses personnages queer ne semblent jamais pouvoir être heureux. Si la communauté queer porte son lot d’histoires et de traumatismes qu’il ne faut pas oublier pour espérer voir la société changer un jour, il est dommage de faire des films ne montrant que cette vision, déjà trop mise en avant, qui nuit à l’image de cette identité. Pour ne pas tomber dans le cliché cinématographique de représentation de la communauté, Lukas Dhont nous proposera sans doute une autre vision de ce thème dans un prochain film. Rappelons le, on peut être queer et heureux.

Comme dernière modération, voire mise en garde, la sensualisation, voire la sexualisation, de personnes aussi jeunes est susceptible de mettre mal à l’aise les spectateurs comme ce fut notre cas.

Mais si le spectateur peut être saisi d’une angoisse face à cette histoire d’amour dramatique, qu’il n’ait crainte, à la fin du film les fleurs coupées finissent par refleurir.

Close affiche

Close de Lukas Dhont, le 2 novembre 2022 au cinéma.

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