Entretien avec Samantha Barendson, Prix René Leynaud pour Le Citronnier

dans la rubrique Littérature.

Samantha Barendson

Publié le 03 Sep 2015

Samantha Barendson est une poétesse française, aux origines argentines et italiennes. Le prix René Leynaud, nouveau prix de poésie – du nom du poète résistant lyonnais – lui a été remis pour son recueil Le citronnier à l’occasion de la 17e édition lyonnaise du Printemps des Poètes.

 

barendsonUnidivers : Depuis quand écrivez-vous exactement ? L’écriture poétique rejoint elle l’écriture romanesque ? Associez-vous volontiers les deux, sans barrière, sans idées préconçues ?

Samantha Barendson : J’ai toujours griffonné, raturé, déchiré puis brûlé mes écrits jusqu’à l’été 2004. Cet été-là quelque chose a pris forme en moi et ne m’a plus quitté. Pour ce qui concerne mes écrits, l’écriture poétique y est présente quelle que soit la forme. Qu’il s’agisse de nouvelles, de pièces de théâtre, de poèmes ou de prose poétique, la forme n’est que prétexte à poésie

U : Vous faites et produisez des lectures de vos textes un peu partout. Travaillez-vous la lecture de ces textes longtemps à l’avance ? Envisagez-vous la lecture sur scène, de manière très travaillée, comme le ferait un comédien de théâtre ?

Samantha Barendson : Lorsque je lis en solo mes textes, je n’ai pas besoin de travailler mes lectures trop à l’avance. Je connais la musique et le rythme de mes mots, je connais l’intention et la force que je désire transmettre, je n’ai qu’à vaincre ces quelques instants de trac et je suis prête. Par contre, lorsque je suis accompagnée de musiciens, de danseurs ou d’autres poètes, il faut alors un peu plus de préparation, comme le ferait non pas un comédien de théâtre mais plutôt un chanteur (de rock ou de jazz). barendson samanthaSi la préparation des déplacements et la mise en scène ne nécessitent que quelques indications, l’accord des voix, des rythmes et des tempos nécessitent plus de temps, et pour commencer celui de la rencontre.

U : Que pensez-vous de ces lectures dites vivantes que l’on associe volontiers au Slam ? Pensez-vous que la rythmique attribuée à chaque lecture soit un moyen comme un autre de mettre un texte en valeur ?

Samantha Barendson : Pour moi la poésie est musique ; et le slam est à la poésie ce que le rap est à la musique. J’ai une légère préférence pour le jazz, le classique ou le tango. Il y a de réels talents en slam, parfois des textes magnifiques doublés de performances impressionnantes. Toutefois, certains slameurs se perdent facilement dans l’exercice de style au détriment du sens. Ce parti pris est tout à fait défendable mais il ne m’émeut pas. En poésie j’ai besoin que l’on me perturbe, que l’on parle à mes tripes, j’ai besoin que le texte précède le rythme. Lecollectif dont je fais partie « Le syndicat des poètes qui vont mourir un jour » est composé de 12 membres, 12 poètes et 12 rythmes différents qui montrent chacun un aspect de ce que peut être la poésie. C’est dans la diversité des textes et des rythmes que nous essayons de défendre la poésie.

U : Préfèrez-vous écrire des poèmes ou raconter une histoire par le biais du récit ? « Le citronnier » a reçu un très beau premier prix et a eu un bel impact sur un public connaisseur. Écrivez-vous actuellement un roman ? Quels sont vos projets littéraires ?

conismeSamantha Barendson : Il est important pour moi de raconter une histoire. La poésie me permet de fragmenter mes récits en images, en photographies, en instants, elle me permet de faire des ellipses, de laisser des espaces, des silences et des non-dits. Le citronnier est une enquête poétique qui aurait pu tout aussi bien être une longue nouvelle ou un court roman.
Toutefois, si j’ai choisi de faire paraître ce texte dans la collection poésie des éditions Le pédalo ivre c’est pour continuer à défendre une poésie vivante, accessible et universelle, pour lutter contre cette idée reçue d’une poésie composée uniquement de poètes morts et incompréhensibles dont les textes sont destinés à une élite universitaire vieillissante. Cela semble un peu caricatural mais ça ne l’est pas. Être poète aujourd’hui est un réel sacerdoce : il faut accepter d’entendre mille fois que la poésie c’est « chiant » ; accepter de lire devant des salles de 100 personnes ou de 5 personnes tant l’audience est aléatoire ; accepter de ne pas vendre plus de 500 exemplaires d’un livre quand bien même celui-ci aurait eu un prixet une très bonne presse ; lutter pour faire comprendre aux programmateurs dans les festivals, les médiathèques ou tout autre endroit culturel qu’il est nécessaire de rémunérer les poètes, car ils sont des artistes au même titre que des musiciens ; etc. etc.

Mais je m’égare. Actuellement, je n’écris pas de roman faute de temps. J’ai commencé à en écrire un, 25 pages qui resteront au chaud jusqu’à des jours plus calmes. J’ai donc préféré écrire un nouveau recueil de poésie intitulé « Soixante-seize » fraîchement déposé chez un éditeur qui m’a donné rendez-vous fin août… à suivre…

Samantha Barendson Le Citronnier, Le Pédalo Ivre, 2014, 80 pages, 10€

Site officiel : Samantha Barendson

Crédit photo : Lydia Belostyk

Entretien avec Samantha Barendson, Prix René Leynaud pour Le Citronnier was last modified: septembre 8th, 2015 by Laurence Biava