Présenté lors du dernier Festival de Cannes, le film Chronic de Michel Franco vient de faire son apparition dans les salles obscures de l’hexagone. Pour le plus grand plaisir de ceux qui aiment le cinéma qui met mal à l’aise. Pourtant, il n’apporte guère plus de réponses qu’il ne pose vraiment de questions et vous laisse dans la bouche comme un goût de suicide. cinéma, film unidivers, critique, information, magazine, journal, spiritualité, movies

 

chronicLe film Chronic s’inscrit sans coup férir dans la lignée des couronnés de Cannes. Il apparaît clairement, si l’on se réfère aux ambiances des films des derniers lauréats, que la déprime, les idées noires et une forme de dépouillement pouvant aller jusqu’à l’ennui, sont les critères de sélection d’un jury de précieux dégoûtés, qui n’ont à nos yeux d’autre qualité que de – peut-être – apprécier la musique d’Éric Satie. Mieux encore, ce film a obtenu la palme du meilleur scénario. On croit rêver !

L’acteur principal, Tim Roth, par ailleurs excellent, ne semble échanger que des bribes de conversations avec ses patients ou sa famille, lesquels lui donnent la répartie avec la même économie de moyens.

Le sujet : Un aide-soignant, discret et taciturne, s’occupe de patients en fin de vie ou sérieusement atteints. Il s’investit beaucoup dans son travail, même au-delà de ce qui est nécessaire ; et crée une relation particulière avec les malades, relation dont la nature même pose question. Si aucune réponse ne nous est formellement donnée, le film apporte un certain nombre d’informations qui permettent de se faire une idée. La racine de ce dévouement est identifiable, pourtant certains épisodes restent étranges.

film chronique critiqueLeitmotiv : le rapport sacralisé au corps souffrant. Sans aller chercher une allusion christique aux gestes qu’il accomplit, il y a dans son rapport aux corps une indéniable exigence de beauté. Dans les trois scènes, il apporte toujours un soin particulier à la propreté, rien ne semble le rebuter alors qu’il doit supporter des moments peu ragoûtants. Entre les érections d’un vieillard concupiscent, qui se raccroche à la vie par le sexe, les vomissures et pénibles accidents d’incontinence d’une patiente en phase terminale de cancer, il semble garder une ligne directrice qui se confond avec la nécessaire préservation de la dignité. En acceptant d’accompagner la mort de cette dernière patiente, c’est le même souci qui semble l’animer.

chronicMalgré les remarques un peu sévères formulées plus avant, CHRONIC n’est pas un mauvais film, il est au contraire plein de qualités. Mais le sentiment personnel que l’on peut en tirer est totalement lié à l’état d’esprit qui est le nôtre au moment de le voir. D’un côté, on verra un professionnel admirable, dévoué au-delà de toute expression au bien-être de patients en difficulté ; de l’autre, on reniflera avec suspicion une hypothétique perversion morbide. Cette ultime impression est parfois alimentée par la volonté presque évidente de créer une bulle dans laquelle seuls le soignant et son patient peuvent pénétrer et d’où la famille se sent réellement mise à l’écart. Il appartiendra à tout un chacun de se forger une opinion de ce film sombre et dénué de toute musique, comme pour éviter qu’une mélodie aux accents pathétiques puisse orienter les sentiments de façon artificielle.

C’est la cruelle nudité de la vie qui est ici exposée sans pudeur ni concession, il n’en reste pas moins que ce film plein de belles pages, apparaît comme trop formaté dans l’esprit festival et que malgré de très louables performances d’acteurs on en sort dans un état d’esprit assez mitigé. Faites-vous votre propre opinion, CHRONIC le mérite peut-être.

Film Chronic Michel Franco, Tim Roth, Sarah Sutherland , Robin Bartlett, 1h33

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