Le 2 juillet aux champs libres, Spéléographies dévoilait son premier événement en présence d’un public nombreux. Une installation proposée jusqu’en décembre 2015. L’aventure à l’envers, un aller-retour dans l’histoire de la bande dessinée force l’admiration et propose un réel voyage tant spatial que temporel dans le monde de la bande dessinée. Une exposition à découvrir sans plus tarder qu’on soit passionné de BD ou non.

 

Si Spéléographies, la Biennale internationale des écritures de Rennes ne doit officiellement débuter qu’au printemps, l’association éponyme propose déjà son premier événement. Ainsi Laurence Coste et Luc Cotinat (alias Morvandiau le dessinateur des affiches des Champs libres) s’appuient sur le fond très riche de la bibliothèque pour nous offrir cet « aller-retour dans l’histoire de la bande dessinée ». Un travail remarquable et original qui met en valeur tout le monde du 9e art.

L’exposition c’est tout d’abord un lieu : les escaliers de la bibliothèque des Champs Libres. En effet le long des murs des 6 étages se suivent des vignettes de 69 bandes dessinées différentes. Il faut saluer la qualité de l’installation dans un espace pourtant difficile qui met à merveille en avant les différentes illustrations choisies par les 2 artistes. L’œuvre est ainsi claire, épurée et permet à chacun de s’immerger dans la création.

Les vignettes sont loin d’être choisies au hasard, elles traversent ainsi tant l’espace (Europe, États-Unis, Japon) que le temps. On commence en effet en 1840 avec une illustration de Rodolphe Töpffer considéré comme l’inventeur de la BD pour finir avec une œuvre particulièrement récente de Willem de 2015. Toutes ses œuvres se suivent donc dans un ordre chronologique et monter ou descendre les escaliers c’est embarquer dans une machine spatio-temporelle permettant d’observer tous les styles, époques, codes de la BD.

Mais le réel tour de force et l’attrait de cette exposition ne se limite pas à cela. En effet, toutes ses vignettes prises les unes après les autres forment une continuité. Chaque case est liée à celle qui la précède. Ce qui est encore plus puissant car celle qui la précède n’est pas nécessairement celle placée juste à sa gauche (et donc plus ancienne). L’exposition est en effet anacyclique, on peut la lire indépendamment d’un sens ou de l’autre. Il est alors possible de démarrer soit en bas de l’escalier et de dérouler le temps ou alors de le remonter en démarrant d’en haut.

On rentre alors dans l’exposition, dans l’histoire. La visite devient alors en quelque sorte ludique. On cherche les liens d’une case à une autre, on tente de a lire dans les deux sens, et ça marche. On s’interroge, on revient sur ses pas, il n’y a pas de droite ligne. En revenant, parfois les cases reprennent un sens fou, on perçoit l’enchaînement soit dans le dessin, soit dans le texte. C’est intelligent, drôle ou triste, mais ça marque. Une sorte d’exercice à faire tant seul qu’en groupe, pour partager ses impressions ou idées.

bande dessinée Champs libresC’est bien une véritable aventure qui nous est proposée par les artistes. La rigueur dans le travail et son exigence impressionne. Les contraintes qu’ils se sont imposées ne rendent le tout que plus beau. On passe par tous les styles de la BD franco-belge, à la BD japonaise ou américaine. On reconnait des BD ou auteurs mythiques tel que Gotlib, Tardi, Franquin et les personnages de Lucky Luke, Blueberry ou Astérix. Mais si l’on les reconnait, ils ne sont pas mis en avant, ils sont juste dans la continuité de l’œuvre. Cela est permis par l’absence de cartel que les artistes ont imposé. On ne sait pas alors quelle œuvre est devant nos yeux. Les informations sont seulement disponibles au début et à la fin du cycle. C’est ainsi l’œuvre en elle-même qui ressort et pas son contexte ce qui nous plonge dans cette aventure à l’envers.

L’exposition est pour l’instant seulement destinée aux champs libres pour une durée d’un semestre, les artistes réfléchissent à une suite à donner. Cependant pour une publication les questions de copyright posent problème. En effet dans le monde de la BD le droit de citation n’existe pas. Cela est notamment visible avec les nombreux procès intentés par la société Moulinsart pour l’utilisation de l’image de Tintin (d’ailleurs absent de l’expo). C’est pour la même raison qu’on ne peut y voir de comics américain.

Cette exposition est donc indéniablement une réussite, adressée au plus grand monde elle mérite le coup d’œil. C’est un émerveillement visuel en même temps qu’un hommage et une découverte du 9e art parfois méconnu. On peut y voir des enchaînements savoureux, d’autres implacablement justes et tristes. Rendez-vous jusqu’à mi-décembre pour admirer ce travail fantastique.

Exposition L’Aventure à l’envers, par Spéléographies, Bibliothèque des Champs libres du 30 juin au 13 décembre 2015 (gratuit)

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