Musicienne, chanteuse et compositrice, Cécile est née à la pointe du Finistère, où elle découvre adolescente la harpe celtique. Elle entretient depuis ces débuts ce lien avec la région bretonne, qui la façonne et la nourrit. Inspirée par les musiques traditionnelles celtiques de Bretagne et d’ailleurs, elle découvre au fil du temps la composition musicale, essentiellement centrée sur la harpe et le chant. Elle cultive un intérêt continu pour les contes anciens, les mélodies ancestrales et les ambiances teintées de féérie, éléments de base de son univers musical. Entretien avec une fée rousse.


Vous avez collaboré avec le studio d’animation japonais Ghibli réalisé la musique d’Arrietty, le petit monde des chapardeurs. Un succès mondial. Quelles ont été et sont les conséquences pour vous de cette success story, aussi bien en termes personnels que de création ?

Il y a évidemment eu un bel éclairage pour moi au Japon. Je n’étais pas du tout connue là-bas, et grâce au film, des millions de gens ont pu découvrir ma musique. C’est une belle façon d’entrouvrir les portes d’un pays. 
Le film est ensuite sorti dans de nombreux pays, dont la France, et beaucoup de gens ont pu ainsi tendre une oreille vers mon travail, c’est un public nouveau pour moi et cela me réjouit.

Pendant toute cette aventure avec le studio Ghibli, il a fallu s’employer à rester soi-même : ils avaient aimé mon album précédent (SongBook vol2) et je ne voulais pas perdre ce qui avait su les séduire.
 Je vis cette « success story » avec beaucoup de détachement. La médiatisation et le succès sont intimement liés à l’aura du studio Ghibli à travers le monde, moi je reste une troubadour. Je vis pleinement chaque instant de ma vie de musicienne, les hauts et les bas, les petits et les grands succès.

Votre nouvel album SongBook vol 3 est disponible depuis la fin mai sur la boutique en ligne de votre site. Pourquoi l’avez-vous sous-titré Renaissance ?

C’est d’abord un clin d’oeil à un album qui ma beaucoup marquée « Renaissance de la harpe celtique » d’Alan Stivell. C’est un album fondateur pour la redécouverte de l’instrument et pour tous ceux qui vibrent pour ces musiques celtiques. Dans SongBook vol. 3 j’ai donné une bonne place à la harpe, aux instruments acoustiques. J’ai eu envie de ce retour aux sources et de cette simplicité. Enfin, cet album est une renaissance personnelle après un tourbillon de presque deux années consacrées à Arrietty.
Cécile Corbel : SongBook vol.4

SongBook vol 4 accueillera-t-il des sons de taiko ?

On se nourrit des paysages et des gens que l’on croise sur sa route… Au Japon j’ai eu l’occasion d’entendre beaucoup d’instruments et de musiques traditionnelles : taiko, shamisen, koto… De fait, il n’est pas impossible que des sonorités se soient égarées et trottent désormais dans ma tête…

Est-ce un choix de distribuer par vous-même vos créations hors des circuits des majors ?

Pour être franc, c’est devenu un choix au fil du temps. Lorsque j’ai démarré, j’étais évidemment une complète inconnue ; je jouais dans les rues, dans les cafés. J’ai autoproduit mon premier disque. Par chance, j’ai trouvé un très bon distributeur en France, Keltia Musique, une maison de disque renommée pour la musique celtique et située à Quimper dans le Finistère. Je pense que mon travail n’intéressait pas du tout les majors à cette date. Il a fallu apprendre à tout faire soi-même, avec énergie et passion.

Le temps a passé, j’ai donné des centaines des concerts et joué dans de nombreux festivals à travers le monde avec mes musiciens. J’ai sorti quatre albums qui sont distribués un peu partout dans le monde et créé la musique pour le plus gros film japonais de l’année 2010…

Je me réjouis aujourd’hui de n’avoir ni éditeur, ni manager, ni contrat d’artiste dans une major. Être indépendante est devenue vital pour moi ; je m’amuse beaucoup à faire mon métier et je veux travailler seulement avec des gens que j’aime. Je suis libre d’accepter ou refuser des projets, j’aime l’idée d’être un artisan de la musique. 
Rien n’est jamais acquis ou définitif dans le métier de musicien, demain je retournerai peut-être jouer dans la rue.

Pour finir, en tant qu’artiste musicienne et, avant tout, comme femme, que pensez-vous du monde dans lequel nous vivons d’un point de vue spirituel, de réalisation personnelle et collective, de bonheur ?

Quand j’étais plus jeune, j’ai étudié l’histoire et l’archéologie. J’essaye de comprendre le monde qui m’entoure au travers de ces connaissances et, pour tout vous avouer, je suis plutôt optimiste.
 Cela ne semble pas évident à lecture des informations et des journaux, mais je pense que les humains sont en grand progrès et que nous progressons vers le mieux. 
C’est d’autant plus vrai pour les femmes. La place qui leur est accordée dans la société évolue favorablement, bien qu’il reste un long chemin à parcourir pour que notre société devienne pleinement adulte et intelligente.

Pour ce qui est du bonheur, je n’ai pas d’enseignement à donner. On dit que les gens de ma génération vont vivre jusqu’à 100 ans. J’ai décidé de passer le premier tiers à observer et comprendre du mieux que je peux le monde qui m’entoure, de ne pas faire de mal aux autres, d’en faire le moins possible à moi-même. Si tout va bien, je passerai le second tiers de ma vie à profiter de tout cela… et atteindrai peut-être enfin la sagesse.

Les musiciens « jouent » d’un instrument. Ce verbe est très joli car il relie à l’enfance et fait que, même si je passe parfois 80 heures par semaine penchée sur mes projets, je n’ai jamais la sensation d’être harassée par mon travail. C’est sans doute là une certaine forme de bonheur : je joue.

Pour aller plus loin : http://www.cecile-corbel.com/

Animula blandula vagula : Âme de diaphane intimité, hôtesse et compagne de mon corps, tu verses vers des lieux délavés, escarpés et dénudés, où ne résonnent tes jeux d'esprit…

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