Historienne, philosophe et écrivain, Catherine Clément a vécu plusieurs années en Inde. En 1984, avec Josée Dayan, elle rencontre Indira Gandhi, quelque temps avant sa mort, pour une interview au sujet des épouses brûlées vives par leur belle-mère pour une dot insuffisante. Cette dame minuscule au teint mat et au nez busqué impressionne par sa voix de colombe et sa sérénité.

Cette rencontre, sa profonde connaissance du pays et le témoignage en 2005 de Harbant Singh, ancien journaliste de confession sikh permettent à Catherine Clément de retracer le destin d’Indira Gandhi, fille unique de Nehru qui fut quatre fois Premier Ministre de l’Inde.

Indu a trois ans quand son grand-père, Motilal Nehru, brûle tous les vêtements fabriqués par les colons anglais pour ne plus porter que du coton filé et tissé en Inde. C’est le premier pas vers l’Indépendance qui transformera plus tard Indira en figure de Jeanne d’Arc.

Enfant solitaire, elle se veut garçon manqué pour intéresser Pandit Nehru, son père, diplômé de Cambridge, autoritaire et souvent absent, s’affranchir des sarcasmes de ses tantes qui pallient l’absence d’une mère atteinte de la tuberculose.

Indu Boy, en créant l’armée des singes avait déjà cette volonté de servir son pays. Elle ne voulait pas de mari mais, écoutant le Mahatma Gandhi, trouvait beau de mourir pour son pays.

En mars 1942, elle accepte d’épouser Feroze Gandhi, le meilleur ami de sa mère. S’accordant avec la règle du non-amour des mariages en Inde, elle trouve en Feroze le futur père de ses enfants. Pandit Nehru et Gandhi doivent calmer les esprits devant ce mariage entre une brahmane et un parsi.

« Ce mariage était une mésalliance progressiste qu’aucun des membres de la famille Nehru n’accepta de bon coeur. Si vous ne commencez pas par son mariage boiteux, vous ne comprendrez pas qui était Indira Gandhi. »

Indira voulait des enfants, elle aura deux fils, Sanjay et Rajiv. Très vite, le couple se désagrège. Feroze, délaissé par une Indira au service de son peuple cumule les aventures.

Il faut dire que le pays connaît de nombreuses difficultés, en partie liées à la partition irréfléchie des Anglais, notamment avec le Pakistan et le Tibet suite à l’Indépendance signée en août 1947.

Le Penjab, divisé arbitrairement entre l’Inde et le Pakistan est en ébullition. Puis la Chine envahit le Tibet.

En 1964, à la mort de Nehru, le congrès offre le poste de Premier Ministre à Indira. Elle refuse mais entre au gouvernement. Après la victoire de l’Inde dans la guerre du Pakistan et à la mort de Shastri, premier ministre, les vieux du Congrès pensent profiter de son nom en la nommant Premier Ministre. Mais la veuve qui se fait lapider lors de son premier discours parvient rapidement à se faire aimer de son peuple en allant au plus près des laissés-pour-compte.

« C’est ainsi que j’aime l’Inde quand je suis au milieu de ses déshérités. »

La proclamation de l’état d’urgence en 1975, les actions politiques controversées de son fils Sanjay, notamment l’arrestation d’opposants et la campagne de vasectomie, la mort accidentelle de Sanjay puis finalement l’attaque du temple d’or, haut-lieu de prière des sikhs dirigé par Bhindranwalé, un jeune gourou sanguinaire causeront sa perte.

Contre l’avis de tous, Indira tient à garder auprès d’elle ses deux gardes du corps sikhs. Le 31 octobre 1984, ils l’assassineront de plusieurs balles de pistolet-mitrailleur dans le jardin entre sa résidence et son bureau. Indira Gandhi aurait donné la liberté à son garde du corps sikh de lui retirer la vie quand il le souhaitait pour expier le massacre du Temple d’Or.

Catherine Clément est une écrivaine de grand talent. En deux-cent pages, elle tisse les grands évènements politiques de l’Inde et la vie familiale des Nehru. Dynamisant son récit avec les coutumes d’un pays qu’elle connaît parfaitement et des anecdotes symboliques, elle brosse un portrait sans concession d’une femme exceptionnelle, d’un destin qu’elle élève en légende.

Philosophe, romancière, essayiste, mais aussi familière de l’Inde où elle a vécu cinq ans aux côtés de l’ambassadeur André Lewyn, Catherine Clément nous fait comprendre ce pays méconnu et son milliard d’habitants. Elle est l’auteure d’une bonne soixantaine d’ouvrages (romans, essais, poésies, biographies et Mémoires…) dont certains, comme La Senora et Pour l’amour de l’Inde, furent des best-sellers internationaux. Elle fut aussi journaliste au quotidien Le Matin de Paris (1976-1982), directrice de l’AFAA (1982-1987), Association française d’action artistique chargée de diffuser la culture française à l’étranger. Depuis 2003 elle est la fondatrice et directrice de l’université populaire du Musée du Quai Branly.

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indu boy

Indu Boy de Catherine Clément, Editions Seuil, Date de parution mars 2018, Prix :18.00 € TTC, 224 pages, EAN 9782021323023

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