Le Carnaval de Dunkerque 2017 a-t-il démontré que « les gens du Nord ont dans leur cœur le soleil qu’ils n’ont pas dehors » ? Que nenni : les Nordistes ont aussi le soleil ! Les carnavaleux (comme on dit là-bas) faisaient rigodon et ont dansé avec les pompons, avec les pompiers. Chaleur et fraternité, et fort chalutage contre les puissants, dont Ségolène Royal, venue déguisée, qui a manqué se « retrouver à poil »

 !

 

Le carnaval de Dunkerque trouve son origine au début du XVIIe siècle quand les armateurs offraient aux marins un repas et une grosse teuf avant de partir pour une campagne de pêche à la morue… dont ils n’étaient pas sûrs de revenir ! Les patrons avançaient la moitié de leur solde. Tous les éléments sont réunis pour une grosse biture, mais ce n’est pas l’essentiel. Le 16 janvier 1676, une ordonnance de magistrat règlemente les festivités, qui ont bien évolué depuis, mais avec des codes et des rites précis.

carnaval dunkerqueLe déguisement d’abord. À l’époque, les placards ne débordaient pas comme aujourd’hui. Les hommes ayant préparé leur paquetage et voulant garder propre leur vêtement de départ, ont commencé à emprunter les fringues de leurs épouses ou de leurs sœurs. Voilà comment est né le travestissement qui maintenant lorgne davantage du côté des péripatéticiennes ! Autres tendances fortes : les Écossais en kilt, les Vikings avec casque à cornes, les Zoulous… À noter, la folle créativité investie dans l’ornement des chapeaux, à coup de fleurs en tissu, de peluches diverses, de capsules, de plumes de paons, de faisans, etc.

L’ordre de défilé. Comme sur un bateau : un peu de discipline, quoi ! Derrière le tambour-major (habillé comme un grognard napoléonien) et la « clique » de musiciens (vêtus de cirés jaunes) se succèdent les lignes de « carnavaleux » avec leur repère, parapluie coloré en haut d’une canne. Les bandes occupent toute la largeur de la chaussée. Chacun des membres se tient par les coudes bien fort, car le déplacement – comparable à une vague qui avance et recule – nécessite une certaine attention et exclut en tous cas les éméchés.

La musique. Une série de chants, au répertoire plus proche des carabins que des cantiques, accompagne le défilé, entonné par la foule qui connaît bien les paroles (notamment l’Hommage au Cô et la Cantate à Jean Bart) et se livre à un « chahut ». Entre les chants, les fifres jouent. C’est un moment de décompression où les lignes marchent plus tranquillement.

Au bal masqué, oh gai, oh gai ! La nuit, les carnavaleux se retrouvent dans des grandes salles du coin (la plus connue est le Kursaal à Malo-les-Bains) pour danser sur une b.o. qui alterne chants de carnaval et musiques actuelles. Tout le monde est déguisé… sauf le service d’ordre et la maréchaussée ! Le bénéfice des entrées va à des associations caritatives.

Les rites. Le dimanche précédent Mardi-Gras, les carnavaleux prennent d’assaut la mairie, dont les huissiers ouvrent les portes entre 8 h 45 et 9 h précises. Là-haut, dans les vastes salles ornées de superbes fresques, la fête est lancée et le petit-déj est servi : soupe à l’oignon, café et brioche pour tous ! À 17 h (après défilés, bal des pompiers et chapelles), les carnavaleux affluent à nouveau vers la mairie pour assister au lancer de hareng, effectué par le maire depuis son balcon. Cette année, Patrice Vergriete a innové en ajoutant un lancer de frites. Imaginez les milliers de personnes amassées en bas scandant « Ver-grite-des-frites ! ». Le dernier rendez-vous du jour est le rigodon. Alors là, les néophytes sont priés de se contenter de… regarder ! Car cette ronde endiablée au pied de la statue de Jean Bart s’opère sur un tempo vertigineux. Restez à l’écart : vous voyez un nuage de vapeur au-dessus des danseurs !

Les chapelles. Faire chapelle à Dunkerque, c’est le principe de l’open-bar chez l’habitant. Pas de Facebook, ni de flyer, l’info passe entre connaissances. On y va sur invitation et on signale si on ramène des copains. Les « invités » poussent la chansonnette avant de se faire offrir une bière ou une coupette. L’auteur de ces lignes a vu ainsi arriver à la chapelle de Janine (merveilleuse septuagénaire très impliquée dans la vie associative locale) un grand beau gaillard avec une tenue XVIIIe pleine de panache : le maire en personne ! Ce système convivial peut se décliner de façon surprenante : chaque année un Belge revient faire chapelle… dans son coffre de voiture ! Tout près du Poisson rouge (incontournable bar), il ouvre son coffre (très) bien rempli et offre un verre aux passants. Çà se passe comme çà à Dunkerque. Moins tendance que Venise, moins sexy que Rio, mais confraternel, assurément.






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Carnaval de Dunkerque 2017 : Entrez dans la chapelle, embrassez qui vous voudrez ! was last modified: mars 5th, 2017 by Marie-Christine Biet
mc.biet [@] unidivers .fr Architecte de formation, Marie-Christine Biet a fait le tour du monde avant de revenir à Rennes où elle a travaillé à la radio, presse écrite et télé. Elle se consacre actuellement à l'écriture (presse et édition), à l'enseignement (culture générale à l'ESRA, journalisme à Rennes 2) et au conseil artistique. Elle a été présidente du Club de la Presse de Rennes.

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