Hier 2 avril : aveux de l’ex-ministre du Budget, garde à vue du président du Conseil général des Bouches-du-Rhône, étrange suicide du sous-directeur des affaires financières de la PJ qui a participé à l’enquête sur les Bettencourt. La France participe-t-elle au concours du pays le plus corrompu ?

À chaque campagne, les candidats nous resucent l’exemplarité, nous larmoient l’honneur bafoué dès qu’un journal un peu courageux sort une affaire ou qu’un juge d’instruction met en examen une personnalité politique ou issue des affaires. Et pourtant, quand de nouveaux venus au passé sans tâche se présentent à une élection, ils sont souvent balayés par ces supposés barons du crimes, ces tricheurs de tout bord, ces Al Capone de la politique, lesquels souvent reviennent aux manettes à l’élection suivante.

Combien de personnalités politiques élues par des citoyens sans truquer les votes s’emploient à truquer des marchés publics, des comptes de campagne, des financements de partis ? Personne ne le sait, d’autant plus que cet establishment serait protégé par ce qu’on appelle maintenant l’éditocratie. Ainsi, encore hier soir, Jean-Michel Aphatie, grand pourfendeur du journalisme feuilletonesque à la Mediapart, a servi sa plus belle imitation d’anguille (avec un jour de retard pour coller au poisson d’avril) afin de faire oublier ses violentes diatribes contre le site d’Edwy Plenel qui dévoila l’affaire Cahuzac… Là encore, le sens de l’honneur ne l’emporte guère sur l’orgueil de l’homme. Mais le plus inquiétant dans cette affaire reste le non-dit.

Lorsque Jean-Marc Ayrault vient en catastrophe au journal soutenir qu’il ne savait rien de rien, le bon citoyen s’interroge tout de même sur les moyens d’investigation de l’État et l’utilité des rapports qui circulent (cf. l’affaire Clearstream). Les journalistes de Mediapart sont-ils plus efficaces que les services de police, de renseignement et de contrôle de la République ?

Désormais, les langues se délient. Elles soulignent les manœuvres de dissimulation de compte par le gestionnaire de fortune de Cahuzac, lequel a d’autres clients encore plus fortunés. Certains évoquent un possible financement du compte de Cahuzac par les laboratoires pharmaceutiques alors qu’il était au ministère de la Santé. Plus que jamais, c’est la suspicion à l’égard d’une classe politique où la brute et le truand semblent plus forts que le bon. Paradoxalement, cette situation favorise encore plus l’immobilisme et le non-renouvellement de la vie politique nationale et locale.

Cela étant, s’il est juste de montrer du doigt ces brebis galeuses et participer au nécessaire assainissement d’une gouvernance nationale et locale marquée par le clientélisme et le conflit d’intérêts, des centaines d’élus occupent des postes par passion du bien commun, sans les instrumentaliser à des fins personnelles ou clientélistes. Dans ce cadre, on est touché par le cri du cœur en forme de réquisitoire contre les fraudeurs de Gérard Filoche, ancien inspecteur du travail et membre du PS, qui s’exprimait hier au micro de LCI.

Certes, il est stérile de mettre toute la classe politique dans la même sac. Toutefois il est plus que temps d’exclure définitivement des manettes politiques tout élu coupable de la moindre fraude (du permis de construire à la main dans le sac en passant par le financement de médias locaux soumis). Avec, à la clé, des sanctions juridiques exemplaires. L’arbre Cahuzac cache-t-il une forêt ? Un bon traitement préventif vaut mieux qu’une désertification de notre vie politique. Et qu’arrivent bien vite une refondation de la gouvernance républicaine et un renouvellement de la classe politique française. Sinon le pire est à venir.

Didier Ackermann et Nicolas Roberti

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