bis repetita

Bis Repetita, le premier film d’Émilie Noblet, sort ce 20 mars 2024 en salles. Dans cette comédie française portée par Louise Bourgoin et Xavier Lacaille, des lycéens doivent remporter le championnat du monde de latin, sans n’avoir jamais eu un seul cours de ladite langue morte…

Sur fond d’une musique d’ambiance enjouée, le film s’ouvre sur une scène qui ravive nos souvenirs d’adolescents sur les bancs de l’école, à quelques exceptions près : on y voit un tableau griffonné d’équations et de formules, une salle de classe souriante et enthousiaste, des lycéens qui s’entraident, un élève qui court au tableau pour répondre à une équation vectorielle et reçoit une salve d’applaudissements quand il répond correctement… Les cours de maths n’ont jamais paru aussi attrayants, du moins dans mon souvenir, mais peut-être est-ce là un cliché qui parle. Ce rêve éveillé trouve sa complète opposition deux minutes plus tard, dans la salle d’à côté, et pose les bases du film que vous vous apprêtez à voir : Bis Repetita, le premier long-métrage d’Émilie Noblet.

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Delphine, professeure de latin désabusée (si peu…), a passé un deal avec ses élèves : ils lui fichent une paix royale, elle leur distribue des 19/20. Méthode simple et efficace qui va cependant se retourner contre elle. Quand ses excellents résultats (les meilleurs en France tout de même) les propulsent elle et ses élèves au championnat du monde de latin à Naples, face aux meilleures classes du monde, et que le neveu très zélé de la Proviseure, grand passionné de la langue morte, est choisi comme accompagnateur, la pauvre Delphine s’inquiète. Elle ne voit qu’une solution pour sauver l’option latin (et surtout sa situation hyper confortable) : tricher !

L’idée de cette comédie n’est certes pas vraiment novatrice, mais elle fait son petit effet pendant toute la durée du film. Après des débuts balbutiants, qui frôlent parfois la caricature des personnages, le premier long-métrage d’Émilie Roblet réussit à transporter les spectateurs et spectatrices dans sa légèreté à partir du moment où le bus se gare à Naples. La réalisatrice nous plonge dans un bâtiment historique italien aux allures de château d’Harry Potter version moldus, sauf qu’il n’est pas question de championnat de grandes écoles magiques comme dans Harry Potter et la coupe de feu, mais des meilleures classes latinistes du monde… Et avouons qu’un long-métrage qui promeut en filigrane l’apprentissage du latin pour tous et toutes, ce n’est pas une lubie régulière chez les réalisateurs et réalisatrices. Car, contrairement à ce qu’un personnage (hautement cliché) dit : malgré la difficulté de l’apprentissage et l’investissement nécessaire, cette langue morte n’a en effet pas à être réservée à une élite ! Il suffit d’avoir un bon enseignant et enseignement. Bon, ce n’est malheureusement pas le cas de Delphine dans Bis Repetita, prof usée par son métier qui préfère commander des vêtements sur Internet plutôt que d’écouter un élève faire un exposé sur les casques romains. 

Quand Rodolphe – sa bonne humeur, son sérieux et son admiration pour le latin sous le bras – arrive dans la vie de cette passionnée de théâtre reconvertie en professeure, la catastrophe diplomatique, du moins professorale, ne tarde pas à poindre le bout de son nez. Le duo Louise Bourgoin et Xavier Lacaille fonctionne à merveille à l’écran. Il est à la fois amusant et attendrissant. Les acteurs sont accompagnés d’une classe de cinq élèves, chacun avec leur singularité : le timide amouraché de sa prof, l’influenceur en herbe, etc.

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Avec légèreté et humour, on suit les péripéties de la classe en terre italienne, avec l’envie en fin de long-métrage que ces élèves qui n’y connaissent absolument rien au latin gagnent le concours, malgré toutes les entourloupes illégales qu’ils sont prêts à faire pour y parvenir. Peut-être insupportables au premier abord, mais après tout ce sont des adolescents, ils deviennent vite attachants.

Derrière cet élan cinématographique aux lignes de premier abord désinvoltes, d’autres sujets sont abordés de manière naturelle, mais peuvent passer inaperçus si on n’y prête pas attention. Bis Repetita dresse le portrait d’une femme qui s’est retrouvée dans un lycée alors qu’elle aspirait à autre chose, après été victime de l’effet Mathilda dans sa jeunesse. Quand votre responsable de thèse vole votre idée, comment vous retournez-vous ? Elle n’a certainement pas fait les bons choix en termes d’enseignement pour ses élèves, mais elle cite tout de même du Shakespeare face à une fresque d’Adonis et Aphrodite, c’est que tout n’est pas perdu… De même, le petit tacle féministe lancé par une des lycéennes, par le biais de la mythologie romaine et du personnage de Médusa (violée par Poséidon et punie par Athena), est appréciable sans trop en faire, en déclamant seulement des vérités.

Le film d’Émilie Noblet a également le mérite de montrer quelques beautés architecturales napolitaines avec une photographie réussie et une lumière digne des pays méditerranéens (sauf quand il pleut, mais ça arrive même aux pays les plus ensoleillés). On voyage ainsi en compagnie d’un florilège de personnages fort sympathiques le temps d’un film. L’objectif dans Bis Repetita n’est au final pas tant la victoire que les liens qui se créent en parallèle et les interrogations que le long-métrage soulève à travers le genre de la comédie. « Ne laissez personne dire de vous que vous ne valez rien », dira Rodolphe. Une phrase qu’il est bon que tous et toutes retiennent, et pas seulement quand on est adolescent !

Bis Repetita de Émilie Noblet, comédie (91 minutes)
Sortie au cinéma : 20 mars 2024
Avec Louise Bourgoin, Xavier Lacaille, Francesco Montanari, Noémie Lvovsky, Rosie Boccardi, Élias Donada, Gabrielle Garcia, Stylane Lecail

Projections dans les cinémas Pathé et TNB

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