« Caron, ne te courrouce point : il est ainsi ordonné, là où se peut ce qui se veut ; ne demande rien de plus. »                       (Dante, Divine Comédie, Enfer, Chant III)

Dans le cadre de la Biennale Rennes 2012, c’est avec tristesse que nous avons appris la fermeture, peut-être désormais définitive, de la partie de l’exposition intitulée Les Prairies et sise au Newway Mabilais. Les infiltrations et problèmes techniques étant tels que plusieurs œuvres exposées ont dû être tout bonnement déménagées. On ne peut que regretter un tel gâchis et se demander quelle erreur dans la chaîne de commandement a pu l’engendrer. Retour sur la Biennale Rennes 2012 ou Bal tragique au Mabilais

Au demeurant, l’organisation en deux lieux centraux et sept lieux satellites s’affirme plutôt réussie, voire une idée pertinente, une fois rapportée à la taille de Rennes et contextualisée dans son maillage culturel. Il en va de même du commissariat d’Anne Bonnin qui a le mérite de faire montre d’une certaine cohérence, tout au moins formelle, indépendamment d’une certaine indigence humaine. On notera en marge la mauvaise gestion, tardive et cavalière, d’une campagne de communication dont l’affiche exposée dans les lieux publics et les artères rennaises, malgré son intérêt graphique, échoue à accrocher l’œil des passants, a fortiori du grand public.

Avec la fermeture du Newway Mabilais, les curieux et assoiffés d’art sont désormais redirigés vers le FRAC. Haut bâtiment, citadelle artistique autant que symbole politique, monolithe tombé de quelque odyssée de l’espace dans une ZAC Beauregard en attente de vivification. Monolithe à l’entrée dérobée, aux vitres teintées de gris, à l’esthétique intérieure – rouge-noir-béton-inox – d’une platitude dynamique, aux informations et signes volontairement estompés. (Il en va ainsi des commodités dont l’endroit n’est pas indiqué au visiteur qui devra s’en enquérir auprès du personnel, l’occasion pour lui de s’étonner que cette vision de l’art contemporain prétende oublier, avec la gêne d’une jeune fille pudique, qu’il traite aussi des fluides et des matières). Un bref état des lieux qui interroge la volonté publique revendiquée de s’ouvrir au grand public. Certes, l’ascenseur est imposant et, surtout, les salles sont bien taillées. Au reste, le FRAC, tout comme son voisin des Archives de la critique d’art, jouit d’un fonds remarquable. Il est d’utilité publique de le faire connaître. Nul doute que sa direction puisse compter sur la force tranquille de Catherine Elkar pour mener à bien cette mission.

Comment va réagir maintenant et à l’avenir l’instigateur de la Biennale, Bruno Caron, lequel finance aux trois quarts ce grand événement qui dynamise la vie culturelle rennaise ? Bien que la fermeture du Mabillais soit un coup dur, ce partenariat public-privé reste une réussite – et ce, malgré la doxa idéologique ambiante. Avec la Biennale, le mécénat de Bruno Caron est venu suppléer la carence publique et enrichir la diversité culturelle ainsi que l’aura d’une ville dominée par quelques lieux patentés par la bien-pensance officielle. Malgré les critiques entendues çà et là, force est de reconnaître que ce mécénat industriel est bénéfique à la capitale bretonne. On s’étonne que certains participants à la Biennale, du In comme du Off, le critiquent bien facilement alors qu’ils en sont les premiers bénéficiaires aux côtés des élus municipaux, généraux et régionaux.

En fait et pour finir, cette situation (si française…) renvoie à un élément qui fut par trop discret dans les Prairies de cette Biennale 2012 : un manque de fluide, un manque de fluidité. Du moins n’aura-t-elle pas été marquée par la platitude. Reste qu’entre le In et le Off s’est introduit du Out…

Crédits vidéo : Unidivers. Crédits photos : Unidivers avec l’aimable et courtoise participation de : Laurène Baratte, Nathalie Clouard, Jean Cica, Damien Marchal, Morgan Paslier, Steve Roden, Galerie chez Valentin

 

Biennale Rennes 2012 : Bal tragique au Mabilais

Animula blandula vagula : Âme de diaphane intimité, hôtesse et compagne de mon corps, tu verses vers des lieux délavés, escarpés et dénudés, où ne résonnent tes jeux d’esprit…

4 Commentaires

  1. Il est à noter que le jour de l’inauguration officielle et professionnelle, il n’y a eu aucune visite presse dans les 2 lieux partenaires de la Biennale situés sur le campus de l’université Rennes 2 : la galerie Art & Essai et le Cabinet du Livre d’Artiste ! C’est-à-dire aucune visite du comité d’organisation de la Biennale, aucun journalistes spécialisés etc…

    • Comment va donc se recomposer maintenant cette biennale ? Qui va prendre le pas sur l’autre : le projet artistique de déployer le propos sur plusieurs lieux artistiques de la ville, ou bien le « challenge » des entreprises privées tellement volontaires à encourager l’art et à ré-ouvrir coûte que coûte le site sinistré ? Il est vrai qu’il est sans doute grand temps de réaliser aujourd’hui les travaux qui n’ont pas été fait hier… Pourquoi une ville ne prend pas ses responsabilités en proposant un lieu fiable pour un tel événement ? Et où sont les lieux où ces questions sont posées (alors qu’elles sont sur toutes les lèvres) ?

    • Il est toujours nécessaire d’introduire quelques grains de sable dans un concert de louanges :
      http://alter1fo.com/biennale-daunat-fini-de-rire-6209
      Le commentaire est bien entendu de parti pris, et doit être plutôt hermétique à l’art contemporain. Mais il n’en pose pas moins un problème politique majeur ! Pourra t-on encore organiser à Rennes des événements artistiques d’envergure et de qualité hors cette pression industrielle personnalisée ? Ou alors, à quand un Palazzo Grassi rennais ?…

      • Cher Monsieur (Daniel Le Corre ?)

        On peut difficilement parler d’un concert de louanges dans les médias…
        Cela étant, la mesure n’est pas non plus la moindre des qualités d’un article. La modération est de mise, ce qui ne veut pas dire qu’elle doit être consensuelle.
        Quant à savoir si « on peut organiser à Rennes des événements artistiques d’envergure et de qualité hors cette pression industrielle personnalisée », il faudrait pour cela que la Ville se dote d’une politique culturelle. Ce qui n’est guère le cas, nonobstant une illusion sous forme de poudre aux yeux et la toute-puissance sclérosée de quelques lieux en charge de relayer la bien-pensance.

        Unidiversellement,

        N.B. : Unidivers Mag reçoit régulièrement des mails avec des adresses mails erronées. Nous ne les publions pas. Exception est faite ici. Pour la dernière fois.

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