Ne cherchez pas l’esthétisme classique chez cette éphémère beauté : elle est conceptuelle. En effet, cette beauté est née sous la forme de la Biennale de Lyon qui fait la joie des amateurs d’art contemporain. On peut tout dire, tout penser de l’art conceptuel, mais pas qu’il laisse indifférent : difficile de rester complètement hermétique face à un homme nu attaché à des sangles huit heures par jour au milieu d’un hall à peine chauffé. Son calvaire s’est terminé avec la nouvelle année.

L’exposition de la Sucrière est d’autant plus remarquable qu’elle parvient à captiver petits et grands. Le lieu se prête aux expositions magistrales, aux exhibitions et aux installations qui font le succès de la Biennale. Cette année, l’exposition « Une terrible beauté est née », oxymore inspiré du poème de WB Yeats « Pâques 1916 », explore la condition de l’artiste, la nécessité de l’art, tout en laissant la porte ouverte au doute et à la contradiction. Au regard des œuvres sélectionnées et des réactions qu’elles suscitent chez le public, la commissaire Virginia Noorthorn a réussi une très belle performance : les œuvres questionnent le spectateur, le choquent, l’émeuvent, le ravissent ou le laissent perplexe. Petit parcours guidé à travers La Sucrière…

Puxador, de Laura Lima

L’homme est nu, harnaché à des liens qui sont attachés aux piliers du bâtiment. Huit heures durant, il tire sur les cordes, tentant de s’échapper en un effort vain et inutile. Cette performance n’est pas sans rappeler le mythe de Sisyphe : pourquoi répéter inlassablement le même geste éprouvant ?

Stronghold, de Robert Kusmirowski

On passe sans transition de la nature à la culture, de la mythologie à l’histoire, de l’homme à l’objet avec cette superbe installation de Robert Kusmirowski qui déclenche des cris d’extase aux bibliophiles, puis d’effroi à la vue des livres calcinés. On regrette de ne pouvoir admirer cette forteresse que depuis la galerie supérieure et de ne pas avoir la possibilité d’y pénétrer, de déambuler dans les rayonnages, ou de participer au bûcher.  Cette œuvre est un bel exemple d’incertitude : les écrits restent-ils vraiment lorsque les paroles se sont envolées ? Quel est le poids de la mémoire et de l’histoire, comment la conserver, la préserver ?

San Pedro V : The Hope I Hope, de Tracey Rose

Presque entièrement nue et le corps peint en rose, Tracey Rose réalise un film dans lequel elle se met en scène devant le mur séparant Israël de la Palestine. Elle y joue (ou plutôt elle massacre) l’hymne national israélien à la guitare électrique et termine sa performance en… urinant sur le mur, le tout sous les yeux d’une patrouille dont on doute qu’elle n’ait rien vu de la scène. Comment Tracey Rose ne s’est-elle pas retrouvée en prison reste un mystère. L’artiste a souhaité dénoncer l’absurdité de la situation à travers une action subversive et provocatrice qui laisse le spectateur amusé, étonné, pantois, ou encore choqué selon sa sensibilité personnelle.

Le silence des sirènes, d’Eduardo Basaldo

Quel ravissement ! Une grande mare hypnotise les visiteurs au milieu d’une salle dont les lumières se tamisent et changent de couleur. La mare se vide en un tourbillon d’eau qui en révèle le fond, puis se remplit de nouveau, faisant apparaître des reflets au plafond. Un sentiment paisible règne dans cette pièce, l’eau n’est certainement pas étrangère à la quiétude qui envahit les spectateurs. On remarque des sourires qui se dessinent sur les visages, des enfants qui s’extasient et des adultes qui se détendent. D’autres y verront peut-être une ambiance angoissante et inquiétante : c’est la magie de l’art conceptuel, le spectateur tire ses propres conclusions et plusieurs ressentis cohabitent face aux mêmes œuvres.

 

 

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