Parce qu’Internet est la plus grande révolution culturelle depuis Gutenberg, parce qu’il est désormais possible d’acheter des livres épuisés avec la même facilité que les dernières nouveautés, et parce que les chroniqueurs ne tiennent en général pas compte de cette évolution, j’ai choisi de travailler à contre-sens de la politique de cavalerie actuelle : désormais, je chroniquerai aussi des œuvres dont plus personne ne parle. Seconde vie. Seconde chance. Il faut briser l’engrenage qui condamne à mort les livres de plus de trois mois… Voilà ce qui manque aujourd’hui afin de contribuer à casser le système infernal qui conduit le monde de l’édition à se tirer une balle dans le pied. L’exemple des majors de la musique qui pleurent la bouche pleine dans les bras de leurs auteurs, devrait pourtant servir d’exemple à ne pas suivre.

 Kreuzberg est un quartier de Berlin-Ouest. Les berlinois désignent le reste de la RFA sous le nom d’Allemagne de l’Ouest, les habitants de la RFA sous le nom d’Allemands de l’Ouest. Il y a donc l’Allemagne de l’Ouest, l’Allemagne de l’Est. Et Berlin. Ouest. Certaines lois, à Berlin, sont différentes de celles en vigueur dans le reste de la RFA. Il n’y a pas, par exemple, de service militaire obligatoire à Berlin. Le budget culturel de la ville est particulièrement important.

Berlin, dernière de Kits Hilaire, éditions Flammarion (1990)  – Livre épuisé – 168 pages
Berlin, dernière de Kits Hilaire

Ainsi commence Berlin, dernière de Kits Hilaire. Courte histoire parue en 1990 sous la houlette de Françoise Verny, grande prêtresse éditoriale de l’époque. Il s’agit du premier texte, toutes langues confondues, sur l’après chute du Mur. A travers le quotidien d’un petit groupe d’amis : Andy, Olga, Uwe et quelques autres, Kits Hilaire évoque la fin d’un monde dans une ville en plein chambardement. Berlin, dernière est un univers sans véritable héros, une ambiance vampirisée par un protagoniste à l’envergure irréelle : Kreuzberg, quartier ouest collé au Mur sur toute sa longueur orientale. Quartier d’immigrés, de Turcs, marginaux de tout poil, punks et asociaux ; Kreuzberg, sublime et sans retour, du moins chacun l’avait-il espéré avant que l’endroit ne redevienne le centre d’une capitale mutante.

Kits Hilaire nous conte la disparition d’une plèbe dont personne ne voulait entendre parler. Une histoire de torchons et serviettes. Cheveux iroquois face aux brushings impeccables. Il fallait rendre le cœur battant du nouveau Berlin aux nantis en dispersant les indigènes. Devinez qui a gagné ? La réponse est dans l’une des rares interviews de l’auteur qui déclarait en 2009 :

Berlin me manque. Vous pensez sûrement que je devrais sauter dans ma voiture et partir, comme cela elle ne me manquerait plus. Ce n’est pas si simple, mon Berlin n’existe plus. Le Berlin des années 80 est loin… Nous sommes si peu de survivants. 

Berlin, dernière mérite le statut de livre culte, c’est à dire installé dans une époque dont il est devenu incontournable. On se demande pourquoi Flammarion ne le réédite pas, d’autant aujourd’hui où la capitale allemande est redevenue la ville « up to date ».

Jérome Enez-Vriad 

Berlin, dernière de Kits Hilaire, éditions Flammarion (1990)  – Livre épuisé – 168 pages

 

 

 

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