Elle ne peut se souvenir de son nom, de son village, du langage de sa tribu. Ne lui reste qu’une vague mémoire de sa mère qui la savait “douce et bonne”, de sa soeur aînée et de sa jumelle. Avec Bakhita Véronique Olmi révèle le parcours exceptionnel d’une esclave soudanaise. Sauvée par un couple de diplomates italiens, elle trouve asile dans la religion catholique. Après cinquante ans de vie religieuse, Bakhita (1869-1947) a été canonisée par le pape Jean-Paul II le 1er octobre 2000. Prix du roman Fnac 2017

BAKHITA

Bakhita est née en 1876. Enlevée à l’âge de sept ans, elle est vendue à des négriers musulmans qui l’emmènent à Taweisha, dernière ville frontière entre le Darfour et le Kordofan, ville de tous les trafics et de la contrebande. Sa jeunesse fut brisée par des années d’esclavage, de tortures, de violences inouïes, de séparations douloureuses. Bakhita en tire une obéissance aveugle, une volonté vitale de vouloir être aimée pour ne plus souffrir, et même une certaine culpabilité.

Bakhita faisait de son mieux. Elle voulait qu’on la garde. Qu’on la garde parce que l’on était content d’elle. Parce qu’on aimait sa présence. Mais jamais elle n’a pris cela pour de l’amour. L’amour, elle savait ce que c’était, elle l’avait reçu de ses parents, c’était une reconnaissance, un partage et une force. L’amour des maîtresses pour elle était un caprice. Elle vivait dans l’intranquillité et la soumission.

Achetée pour la cinquième fois par un consul italien à Khartoum, elle se rend indispensable auprès d’un enfant eunuque promis à un couple d’Italiens afin de participer au voyage de retour vers l’Italie. Callisto Legnagni a été le dernier Européen à traverser le désert avant la chute de Khartoum. Lorsque Bakhita, seize ans, est enfin lavée et vêtue d’une tunique, elle en pleure de gratitude.

C’est comme cela, par ce corps restitué, qui ne sera plus battu ni convoité, qu’elle retrouve, lentement, le monde des humains.

Cette première partie sur l’esclavage est d’une grande noirceur, souvent insoutenable. On pourrait penser que l’auteure en fait trop si l’on ne savait la réalité.

En avril 1885, Bakhita arrive à Gênes. Première Noire à débarquer, elle est considérée comme le diable. Pourtant, lorsque Maria Michiele constate l’attachement du jeune eunuque pour Bakhita, cet amour qu’il y a entre eux, elle, qui ne sait pas s’occuper d’enfants, la veut absolument. Maria a déjà perdu deux enfants, elle comprend que seule Bakhita pourra l’aider à être mère. Et effectivement, la petite Alice, surnommée Mimmina, doit la vie à Bakhita. Elles seront inséparables, s’aimeront d’un amour fusionnel et confiant. Stefano, l’administrateur de biens, humaniste et père de cinq enfants, éprouve un coup de coeur filial pour Bakhita. Lorsque les Michiele retournent au Soudan, Stefano insiste pour que Bakhita soit confiée à l’Institut des catéchumènes de Venise. Incapable de séparer l’enfant de l’esclave, Mimmina y restera plus d’un an avec elle. De retour du Soudan, Maria intente un procès à l’esclave afin de récupérer son enfant.

Elles se sont donné mutuellement la vie, le bébé que massait Bakhita et dont elle aspirait les glaires, l’esclave que Mimmina réclamait sur le bateau, mais elles ne se reverront plus. La douleur ne s’effacera pas, elle sera ravivée par d’autres douleurs, et par les joies aussi, qui leur rappelleront celle qu’elles s’étaient donnée, la joie, cet éclat brûlant, soudainement remplacée par la solitude.

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Sa première rencontre avec le Christ est marquante. Elle s’identifie dans ce corps blanc crucifié sur la croix. Quelle importance qu’il ne soit ni de la même couleur ni de la même croyance, il porte la souffrance et l’amour sur son visage. Tout ce qu’elle veut est aimer, nourrir les enfants, ne plus les abandonner. Elle a la patience des êtres sauvés et ne souhaite qu’épauler les enfants, les jeunes filles, ceux qui commencent leur vie.

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La seconde partie en Italie, période de retraite chez les soeurs de la Charité, est beaucoup plus introspective. Première esclave noire en Italie, elle fait souvent peur, mais elle intrigue aussi. Les soeurs la poussent à témoigner en écrivant ses mémoires afin de récolter des fonds pour les actions contre l’esclavage. L’auteur évoque rapidement les engagements militaires de l’Italie, le fascisme. Bakhita connaît les souffrances des soldats et des prisonniers, elle apaise ces affligés.

Elle a traversé de nombreuses années et de nombreux pays, et elle n’a jamais vu que le même paysage, celui des hommes perdus, des mères dépossédées et des enfants sans innocence.

Véronique Olmi relate l’histoire de ce personnage hors du commun : héroïne inoubliable d’une belle grandeur d’âme.

Bakhita Véronique Olmi, Éditions Albin Michel, 24 août 2017, 464 pages, 22,90 euros.

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Lectrice boulimique et rédactrice de blog, je ne conçois pas un jour sans lecture. Au plaisir de partager mes découvertes.

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