Près d’un quart de siècle après la chute du Mur de Berlin, certains objets de l’ex RDA relèvent d’un véritable culte dans l’Allemagne réunifiée. C’est le cas du célèbre Ampelmann, l’homme ampoule, interdisant aux piétons de traverser, ou leur en délivrant l’impatiente autorisation. Voici l’histoire d’une illumination allemande. D’une petite Aufklärung en clair…

Ampelmann "Titre-bouchon"

Le personnage est créé en 1961 par Karl Peglau, un pédagogue de la sécurité routière (Verkehrspsychologe), à qui les autorités confient la prévention des dangers liés à l’afflux d’automobiles dans Berlin-Est. Afin de sensibiliser les plus jeunes, Peglau imagine un personnage ludique auquel il leur sera facile de s’identifier. Les impératifs du rétroéclairage imposent une silhouette humaine visible de loin, raison de sa corpulence accentuée par un chapeau, à  laquelle s’ajoutent des variations explicites : si le bonhomme est vert, son pas dynamique invite à traverser ; s’il est rouge, ses bras écartés indiquent clairement qu’il faut attendre. Cet homme en croix étonnement accrédité par les autorités socialistes confère un tel succès au pictogramme qu’il se répand dans tout Berlin-Est puis, très vite, partout en RDA. Ampelmann devint même une star de la de prévention routière dans un programme destiné aux enfants. Son heure de gloire prit fin en 1989, lorsqu’à la chute du Mur l’Allemagne réunifiée s’appliquera à faire disparaitre tous les symboles de la division.

Après quelques années de mise au placard, Ampelmann revient doucement sur le devant de la scène. Face à la dure réalité sociale du capitalisme, l’ex RDA est submergée par une vague d’Ostalgie : cette nostalgie de l’Est si particulière à une moitié du pays. Notre héros s’affiche alors comme l’un des souvenirs du bon vieux temps, défendu bec et ongles par un comité pour sa sauvegarde… On manifeste, on proteste, bref, on se croirait en France.

Ampelfrau

Au même moment, nous sommes en 1995, Markus Heckhausen, designer de l’Ouest, prend conscience d’un filon prometteur et décide de commercialiser Ampelmann. Il récupère gratuitement le verre des anciens feux pour en faire des lampes et décline toutes sortes de produits à l’effigie du personnage. C’est ainsi que le bonhomme bicolore fait un retour explosif. En 1997,  on l’exile enfin de son chômage technique pour reprendre un service accentué. Aujourd’hui, chaque commune allemande peut choisir entre l’austère pictogramme de l’Ouest ou le charmant petit monsieur de l’Est. Bien entendu, parité oblige, Ampelmann a été rejoint en 2004 par sa collègue féminine : Ampelfrau. Rondouillarde avec des couettes, on peut ainsi la rencontrer dans quelques villes soucieuses de se distinguer à des fins touristiques.

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