colum mccann american mother
Le journaliste James Foley (1973 - 2014)

En août 2014, le journaliste américain James Foley est exécuté par l’État islamique en représailles à l’intervention militaire de la coalition en Irak et en Syrie. James, venu témoigner des bombardements et gazages de civils innocents par le régime d’Al-Assad, avait été kidnappé par les terroristes en novembre 2012. Dans American mother, publié aux éditions Belfond, Colum Mc Cann met son talent littéraire au service de Diane Foley, la mère du journaliste. L’auteur s’efface devant cette mère courage en l’accompagnant dans le deuil, la reconstruction et le pardon.

Octobre 2021, en Virginie. Diane Foley, soixante-treize ans, rencontre un des ravisseurs de son fils. Alexanda Kotey, ex-citoyen britannique, membre de Daech, a plaidé coupable pour l’assassinat de James Foley et de ses co-otages. En acceptant de parler à la famille des victimes, il participe à une négociation de peine exceptionnelle. Pourquoi a-t-elle accepté de le rencontrer ? Comment peut-elle s’approcher de lui et l’appeler par son prénom ?

« D’autres ont dit qu’elle était courageuse de le rencontrer, qu’elle faisait quelque chose d’extraordinaire. Mais ce n’est pas du courage, elle ne le voit pas comme ça, non, pas du tout. Ce n’est pas non plus un acte de bonté ou de pardon. Non. Peut-être est-ce simplement le refus d’avoir peur. »

C’est sans aucun doute pour le lecteur, le premier choc. Voir cette femme déterminée, digne, élégante face à celui qui a torturé son fils. Et ce n’est que le début. Diane Foley va ensuite nous parler de son fils, de ses convictions, de son courage moral. Face aux situations insoutenables, aux comportements intolérables, jamais elle ne baissera les bras.

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Ce récit est avant tout le combat d’une mère. Diane Foley, profondément croyante, est la mère de cinq enfants. Le plupart sont engagés dans les forces militaires américaines. Jim (James), premier né de ce couple de soignants, a toujours été pacifiste. Avec un parcours scolaire chaotique, le jeune homme voulait être quelqu’un pour les autres, s’engager pour le monde. Diane raconte son parcours, son premier enlèvement en Syrie en 2011 jusqu’à son exécution en 2014.

Lors de la demande de rançon en novembre 2013, Diane abandonne son poste d’infirmière pour s’engager dans un combat pour la libération de son fils. Elle s’insurge contre la politique américaine et britannique en matière de négociation pour la libération des otages. Si l’Amérique met tout en œuvre pour sauver ses soldats, elle refuse toute négociation pour les civils. L’attitude de Barack Obama face à cette mère courageuse est pour le moins révoltante. Et l’auteur y reviendra plusieurs fois. Toutefois, dans son infinie bonté, Diane témoigne toujours sans colère.

« J’avais vu l’injustice partout. J’avais vu des gens dont la foi s’était brisée. J’avais vu un gouvernement abandonner ses citoyens et laisser les survivants ramasser les débris du naufrage. Des journalistes traités comme de simples poussières. J’avais vu certaines des choses les plus cruelles que des êtres humains peuvent s’infliger entre eux. Et pourtant, derrière tout cela, je savais qu’une ardeur et une bonté illuminaient encore le monde. »

Cette femme, pourtant largement sollicitée par sa grande famille, refuse de se laisser envahir par les ténèbres. Elle avancera toujours vers la lumière pour continuer l’oeuvre de son fils. Aussi, met-elle un point d’honneur à nommer chaque personne par son prénom, témoignage de l’intérêt porté à l’autre. Sa force de vie est de faire que son fils ne soit jamais oublié. Dans ce sillage, elle oeuvre aussi à la libération d’autres otages. À l’heure actuelle, il y a plus de soixante otages américains recensés détenus à l’étranger.

Avec ce texte puissant, Colum McCann s’efface pour mettre toute la lumière sur l’oeuvre de Diane Foley, cette mère courage impressionnante par sa bonté, son humanité. Il lui offre ainsi une tribune à la mémoire de son fils. Ce roman est une réflexion sur la politique en matière de libération des otages, sur le deuil, sur le pardon. C’est aussi un vibrant hommage au travail des
journalistes et humanitaires qui risquent leur vie pour témoigner et venir en aide.

American mother vient de recevoir à juste titre le prix Transfuge du meilleur roman étranger. Il est sans aucun doute le roman choc de cette rentrée littéraire 2024.

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James Foley

Colum Mc Cann, né à Dublin en 1965, vit aujourd’hui aux États-Unis avec sa famille. Auteur de recueil de nouvelles et de romans, il obtient le National Book Award en 2009 pour Et que le vaste monde poursuive sa course folle. Apeirogon, son précédent roman a obtenu le prix des Lectrices Elle et prix du Meilleur livre étranger.

American mother de Colum McCann et Diane Foley, traduit par Clément Baude, paru le 4 janvier 2024 chez Belfond – 208 pages – Prix : 21,90 euros – ISBN : 9782714499684

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