Non contents de l’avoir annoncé, Unidivers s’est rendu à l’invitation du trio des organisateurs de l’International jazz day à Rennes au 1988 Live Club. Le programme réunissait deux groupes issus de la scène locale : Kopernik  et Undergroove. Une réussite !

 

Après quelques mises au point réalisées de main de maître par Ronan, le sorcier technicien des lieux, c’est vers 21h15 que les trois membres de Kopernik font leur apparition. Après un bref salut, ils entament leur prestation. Si les premières notes sont assez soft, voire un peu planantes, la couleur est vite annoncée : sans concession, les musiciens nous offrent une claire explication de la signification du mot groove. La mise en place est précise, le travail franchement pro, et le premier morceau « Ethiopic » plante le décor sans artifice. Le second, « Le thon, la truite et le merlan » confirme notre bonne impression et permet de décrypter le modus operandi de Kopernik.

Le saxophoniste, Mäel Morel, mène la danse la plupart du temps mais se met en retrait régulièrement pour laisser les autres musiciens s’exprimer. Faune hirsute et sautillant, semblant se colleter avec son instrument, il pousse son saxo jusqu’au bout de ses possibilités et nous embarque dans un délire personnel… Et c’est parfait puisque le public ne demande que cela ! kopernikQue vous dire de Baptiste Grisel au Fender rhodes, il incarne parfaitement à lui tout seul le mot « déjanté ». Lorsque vient son tour, il réussit à sortir de son instrument des sonorités délirantes proches de la vocifération en passant par des imprécations sauvages et offre un véritable festival. Le voir se tordre sur son instrument comme si ses contorsions allaient lui permettre d’en exprimer le son ultime est une véritable jubilation ; le jazz est un son et aussi une attitude, il en est la parfaite image. Heureusement au milieu de ses excès, le rythme est maintenu avec rigueur et élégance par l’excellent David Ranft à la batterie. Avec son look de gendre idéal mâtiné d’études supérieures, il impose un peu de rigueur et de sagesse aux sympathiques ostrogoths qui l’entourent.  Toutefois, lorsque possibilité de s’exprimer lui est donnée, il démontre sans artifice la qualité de sa technique et sa parfaite maîtrise.

1988 Live Club horairesLe Club 1988, au début clairsemé, s’est rempli peu à peu jusqu’à être complet, et les morceaux « Fleur de spet » et « G.G. » créent une ambiance tout à fait en accord avec ce que l’on attend d’un Club de jazz. Juste une surprise : les quadras et autres bobos sont un peu absents du décor ; les étudiants, eux, séduits par un prix de 5 euros tout à fait acceptable et une boisson à base d’orge et de houblon fermentés tout aussi abordable se sont rendus maîtres des lieux… Une autre surprise, c’est leur relative ignorance du jazz, mais totalement assumée ; ce qui ne les empêche pas d’être venus au 1988 avec une réelle soif d’apprendre, un enthousiasme et une curiosité qu’on ne peut que leur envier.

Avec « Avishaï », le morceau suivant, Baptiste Grisel, laissé un instant sans surveillance, rechute de plus belle… Il faudra toute l’énergie de Maël Morel pour le rappeler à l’ordre et le ramener sur le chemin d’un jazz plus habituel à défaut d’être conventionnel. « Happy tune, purple train » continue le concert jusqu’à l’arrivée d’un nouvel intervenant en la personne de Pierre Marie Le Corre à la flûte traversière. Avec Maël Morel, ils se lancent dans une mélodie rapide et complexe jouant strictement les mêmes notes avec une belle dextérité jusqu’au moment où ils reprennent leur indépendance.

undergrooveAvec l’ultime titre « Mauve », les deux formations se retrouvent sur scène pour l’inévitable « Jam » si nécessaire à la réussite d’une soirée jazz.  Pierre Marie Le Corre à nouveau sur la sellette se fait remarquer tout comme le trompettiste de Undergroove, Martin Capon dont on voit immédiatement qu’il n’est pas venu là pour faire de la figuration.

 C’est effectivement le moment pour ce second groupe d’investir la scène. Fort de quatre instrumentistes et d’une chanteuse, également flûtiste. La musique d’Undergroove est franchement différente. Les mélodies plus souples, plus énigmatiques s’allongent, se parent de sonorités spatiales. La langue anglaise est laissée de côté au profit de paroles espagnoles ; la flûte et la trompette entament un dialogue apaisé et un peu déroutant. Undergroove interagit avec le public, n’hésitant pas à stimuler l’assistance à base de de bruits curieux et de cris aigus, mais la pâte musicale reste très funk.

Les influences sont variées et des sonorités tirées du reggae comme des interventions vocales teintées de rap émaillent le discours d’Undergroove. « Le temps qui nous emporte dans le flot d’une énergie incontrôlable »… Il semble que décidément, Martin Capon ne manque pas de cordes à son arc et, embouchant sa trompette après cette courte diatribe, il en extrait des sons un peu étouffés comme s’il utilisait une sourdine. La flûte traversière, pas en reste, lui répond dans une mélodie rapide et complexe dont les sonorités rappellent furieusement Kraftwerk. Youn Lohmann pas décidé à rester au second plan laisse sa Gibson s’exprimer et soutenu à la basse par Thomas Hurtel et à la batterie par l’excellent Joey Brusquet démontre son feeling et sa dextérité.

1988 live blue rennes kopernik undergrooveDifférents intervenants ponctuent la prestation de Undergroove, notamment un chanteur qui en anglais nous assène un rap efficace à la manière des vétérans de Sugarhill Gang, mais en y mettant un enthousiasme un peu excessif. Quelques décibels de moins et la formule fonctionnerait mieux. Il est suivi par une nouvelle chanteuse invitée à la voix rauque, mais à la technique maîtrisée qui nous donne tout de suite envie de réécouter nos vinyles de Janis Joplin. Plus que dans le jazz c’est dans la soul music que l’on situe cette chanteuse et on l’imagine dans « Think » de Aretha Franklin ou dans les chœurs de « I am a soul man » avec une vraie réussite. Elle emballe le public qui en redemande, elle lui en ressert donc avec des feulements de fauves qui deviennent parfois rugissement au plus grand plaisir de l’assistance, séduite par ce réel charisme.

équipe 1988 live club
Le trio jazz du 1988 Live Club : Sylvain Le Pennec entouré de Meryl et Ronan

Vous l’aurez compris on ne s’est pas ennuyé au 1988 Live Club de Rennes jeudi soir. La bonne nouvelle : une prochaine session de jazz attend le public rennais le mercredi 6 mai avec un collectif de jeunes musiciens : « la marquise » et « hop’n swing » qui présenteront « Swing it up ». Si vous ne connaissez pas encore l’endroit, n’hésitez pas à venir vous faire votre propre idée. Il y a de fortes chances que vous ne soyez pas déçus.

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Photos : Adrien Hervé

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