Après un premier single en octobre 2015, suivi d’un EP en février 2016, le duo Sea Offs formé par les Américains Olivia Price et Rashmit Arora présente son premier album, intitulé « What’s the point ? » Un premier album qui confirme l’ancrage de Sea Offs dans l’univers embué du dream-folk et qui n’a pas à rougir de ses liens de parenté avec le groupe britannique Daughter. À la fois sombres et poétiques, les huit titres de l’album What’s The Point ? nous entraînent dans l’esprit solitaire et perdu d’une personne souffrant de dépression. Cathartique.

 

 

2014, Université d’État de Pennsylvanie. Le club des auteurs-compositeurs du campus a organisé une nouvelle réunion. Olivia Price y interprète un morceau composé avec un ami. Dès que le spectacle s’achève, Rashmit Arora l’aborde. La musique de Price ne l’a pas laissé indifférent : il souhaite travailler avec elle. Après quelques mois passés à se produire ensemble dans les rues de Philadelphie, il s’avère que leur rencontre tenait de l’évidence. Arora et Price ont en commun bien plus qu’un amour de la musique. Ils partagent les mêmes idoles et la même vision du monde.

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« Nous sommes tous les deux vegans, écologistes, opposés à la violence et à l’accès aux armes », explique Olivia Price avant d’ajouter non sans humour : « Vous avec le droit de nous traiter de hippies, si cela vous fait plaisir. » Intimement convaincus que de leurs actions individuelles dépendent bien du plus grand nombre, Arora et Price mettent un point d’honneur à surveiller leur mode de vie, leur consommation, jusqu’aux mots qu’ils emploient.

Outre leur croyance en un modèle social durable et solidaire, le duo Sea Offs possède un référentiel musical commun. Leurs fondamentaux ? Coldplay B-sides, Gregory and the Hawk, Andy Shauf, Half Moon Rud, Alexi Murdoch, The Staves… Mais surtout Elena Tonra et les deux premiers EP de Daughter. Une influence majeure qui plane aujourd’hui encore au-dessus de leurs productions. La critique du titre Unfound, septième piste de leur album, par le site américain The Revue parle d’elle-même : « Doté de la sombre élégance et de l’obscurité époustouflante de Daughter, Unfound est une introduction spectaculaire à Sea Offs. »

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De Daughter, Sea Offs a conservé les accents ainsi que l’indépendance des premiers jours. Qu’ils s’agisse de leur premier single Colliding, de leur EP Sea the Blind ou de leur premier album What’s the point ?, toutes les productions du duo ont été enregistrées et produites dans l’indépendance la plus totale. Un choix artistique grandement facilité par les infrastructures mises à leur disposition par l’université de Penn State. « L’ingénierie du son était la mineure de Rashmit à l’université », explique Olivia Price. « Cela lui permettait donc de s’améliorer. D’autre part, nous bénéficiions d’un accès illimité et gratuit au studio du campus, ce qui nous permettait de contrôler entièrement la production et le mixage de nos titres. Et pour ne rien gâcher, l’université mettait à la disposition des élèves n’importe quel instrument, même les plus incongrus. »

 

C’est ainsi qu’ont été créés les huit titres constituant leur premier album, What’s the point ? Philadelphie, ville qui a vu naître Joan Jett et The Roots entre autres artistes, confirme sa réputation de pépinière de talents. What’s the point ? incarne parfaitement l’idéal musical partagé par ses créateurs, qui perçoivent avant tout la musique comme vectrice d’émotion. « Nous pouvons discuter des heures durant de la manière dont un titre peut parler à notre âme », déclarent-ils.

Un pari réussi. What’s the point? parle d’autant plus à l’âme de son public qu’il aborde un sujet auquel beaucoup sont confrontés: la dépression. Derrière la voix éthérée de Price et l’acoustique épurée, onirique, du duo percent des accents mélancoliques, traînants et obscurs, et des paroles lourdes de sens. De quoi donner une toute nouvelle signification au titre de l’album que l’on pourrait traduire par « À quoi bon ? ».

Rashmit Arora et Olivia Price ne se sont pas attaqués à un sujet qu’ils ne connaissent pas. Si l’album est aussi lourdement chargé en émotions, c’est parce qu’il prend racine dans l’expérience de Price elle-même. « J’ai touché le fond après avoir reçu mon diplôme », déclare-t-elle, « et je me suis retrouvée dans une très mauvaise passe. Dans le même temps, j’étais engagée dans une relation sérieuse, dans laquelle je me sentais complètement perdue : j’avais le sentiment de ne rien avoir à donner à mon partenaire. »

 

Malgré le sujet très lourd dont il s’inspire, What’s the point ? n’englue pas son public dans des réflexions noires. Il a quelque chose de purificateur, de cathartique : Freud parlerait sans doute de sublimation. « Les titres parlent de la dépression en général, mais aussi, plus spécifiquement, de la violente révélation qui a été la mienne : il est impossible d’aimer quelqu’un d’autre si on ne s’aime pas déjà soi-même », déclare Olivia Price.

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Une prise de conscience difficile, mais essentielle, qui permet de se tourner vers l’avenir. Malgré le succès critique de What’s the point ? les membres de Sea Offs souhaitent ralentir la cadence et réfléchir à l’évolution de leur musique. Les deux auteurs n’ont cependant pas cessé d’écrire, et s’attaquent désormais à un nouveau challenge: rédiger leurs textes ensemble et non plus indépendamment l’un de l’autre. Entre quelques concerts, ils espèrent avoir le temps de produire un EP pour 2018. Toujours dans la même veine; celle du folk, un style musical qui ne les quittera jamais même s’ils comptent bien en explorer les limites.

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Morgane Russeil est étudiante à Sc. Po. Elle réalise son stage de web-journalisme à Unidivers. Elle est également lauréate du 33e Prix du jeune écrivain francophone.

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