christian lemarchand, vidéorama, rennes, Ceux qui aiment la culture à Rennes, en particulier le 7e art, sont nombreux à connaître et apprécier l’un des hauts lieux de sa promotion. Il répond au nom sans équivoque de Videorama. Créé en 1986 par Christian Lemarchand, ce magasin de vente et de location de K7 vidéo et DVD s’est toujours distingué par la diversité et la qualité de son offre et de son conseil. Quels que soient le genre de cinéma, l’origine d’un réalisateur, le pedigree d’un acteur, vous trouverez la réponse auprès de ce passionné au profil longiligne dont la sensibilité délicate brille à travers de grandes lunettes et un esprit fin.

Mais voilà, il reste moins de six mois à ce Pierre Tchernia rennais du cinéma avant de mettre la clé sous la porte et voir tous ses trésors arrachés et bradés. Comment Christian Lemarchand en est-il arrivé à pareille situation funeste ?

christian lemarchand, vidéorama, rennes, Comme beaucoup de Rennais, j’ai fréquenté avec plaisir le magasin Vidéorama qui avait pignon sur rue durant des années en haut de la place des Lices. Et puis, il y a sept ans, je me suis réjoui de le voir déménager rue Saint-Michel ; la présence d’un tel acteur culturel ne pouvait qu’être profitable à ce « secteur sensible » s’il en est (cf. notre article). Comme Christian Lemarchand, j’ai cru que la Mairie de Rennes, qui est propriétaire des lieux, avait conçu d’installer Vidéorama en ce lieu afin d’accompagner intelligemment, voire en intelligence, une mue profonde et nécessaire de la rue dite de la soif. Comme beaucoup, j’ai pensé en bonne logique que le loyer avait été fixé d’une manière très avantageuse. Il n’en est rien.

À la demande de la mairie, Christian Lemarchand avait indiqué que le montant maximal par lui acquittable ne pouvait excéder 800 € hors taxes. La mairie ne lui a fait aucun cadeau et lui a donc loué ce magasin rue Saint-Michel à… 900 € hors taxes et charges non comprises. Les affaires sont les affaires. Bien entendu, en contrepartie de cet important loyer, la mairie avait assuré à Christian Lemarchand que l’amélioration de la rue Saint-Michel et de son ambiance aurait rapidement lieu afin que les anciens et potentiels clients qui ne prisent guère l’adresse puissent se mettre à affluer dans son magasin.

christian lemarchand, vidéorama, rennes, Hélas, il n’en fut rien. La rue Saint-Michel ne connut pas les changements promis et toujours attendus. Au bout de six ans, soit en 2012, Christian Lemarchand ne pouvait plus payer un loyer qui était passé à… 1080 € hors taxes et charges non comprises. Grevé par le prix trop élevé de la location, les pénalités de retard qui pleuvaient et une rue toujours peu favorable à la venue des clients non alcoolisés, il tenta alors de négocier avec la Mairie afin d’obtenir une facilité de paiement sous forme d’échéancier. Un premier fut accepté, le second refusé. Il n’était plus question d’implanter de la « culture » dans la rue Saint-Michel afin de la faire évoluer. Pour autant, maintenir un magasin de location et de vente de films dans cette rue brouillonne n’aurait pas été bien difficile pour la riche Ville de Rennes qui possède un vaste parc immobilier et peut même se permettre de racheter l’ancienne crêperie attenante, au 21 rue Saint-Michel, pour la laisser vide depuis 6 ans…

christian lemarchand, vidéorama, rennes, Mais le discours de la mairie avait bien changé. Il n’était plus du tout question d’acculturation de la rue Saint-Michel grâce à la présence d’un magasin de location et vente d’objets culturels… En réponse au constat de Christian Lemarchand que la revalorisation de la rue n’avait pas été engagée – ce qui expliquait ses difficultés économiques, – son interlocuteur lui répondit que ce n’était pas là où le bât blessait : il n’avait qu’à pas s’adonner « à une activité économique dépassée » ; hors de question de venir en aide à une entreprise privée. Un vrai coup de poing pour ce passionné qui a toujours travaillé en confiance à promouvoir à Rennes sa passion pour le cinéma sans en attendre des mille et des cents. Devant cette réponse du pouvoir municipal et propriétaire, restait pour seule alternative à Christian Lemarchand de quitter urgemment les lieux afin de trouver un local moins onéreux. Ce qu’il fit en déménageant l’année dernière dans une cour retirée à laquelle le piéton accède par le 7, rue de la Motte Fablet.

christian lemarchand, vidéorama, rennes, Malheureusement, l’endroit pâtit d’un manque évident de visibilité. Qu’à cela ne tienne, Christian Lemarchand décida alors d’installer un chevalet à l’entrée du passage qui mène à la cour. Un des commerçants s’y opposa fermement. Il demanda l’autorisation à la mairie qui l’a laissé mariner quelques semaines avant de lui répondre par la négative tout en lui donnant une autorisation durant les fêtes de Noël. L’aventure, de Charybde en Scylla, de ringardise en déconfiture, commença à tourner au cauchemar. Car, entre temps, la mairie de Rennes qui ne souhaitait plus voir l’activité culturelle de Vidéorama bénéficier à la rue Saint-Michel a ordonné… la saisie de tous ses biens pour récupérer les arriérés de loyer et autres pénalités de retard. Tous les supports de film doivent être saisis pour la grande joie de tel ou tel spécialiste des faillites à qui ils seront bradés.

christian lemarchand, vidéorama, rennes, Après le coup de poing, le coup de couteau. Christian Lemarchand n’avait plus qu’une solution pour empêcher cette fin tragique : mettre Vidéorama en redressement judiciaire. Ce qui est le cas depuis le 12 juin 2013. Désormais, il ne reste plus que quelques semaines à Vidéorama pour tenter de sortir de l’ornière. Son gérant compte déménager encore une fois dans peu de temps, peut-être dans un petit local rue Saint-Melaine au loyer léger. Sera-ce suffisant pour empêcher sa liquidation ? Rien n’est moins sûr.

Aussi, à tous ceux qui croient encore que des domaines culturels doivent être soutenus contre vents et mairies, à tous ceux qui croient que l’exception culturelle a un sens et une pratique, que le soutien d’un acteur de qualité du tissu culturel et artistique local est une nécessité vitale pour une ville, Unidivers demande d’apporter leur soutien à Vidéorama. Une petite emplette serait la bienvenue, dans le magasin de la Motte Fablet ou sur le site internet.

Les vacances d’été sont un moment idéal pour revoir ses classiques et découvrir des chefs-d’œuvre inconnus seul, à deux ou en famille. Quant au prix des DVD, ne craignez rien : ils sont bien souvent moins chers que ceux pratiqués par Virgin et la Fnac. De toute façon, Virgin a fait long feu (voir notre article) ; quant à la Fnac, cet agitateur d’idées et de conflits sociaux, combien de temps gardera-t-elle ses portes ouvertes à Rennes ? Vidéorama qui ferme, c’est un petit gain pour Amazon et une grande perte pour Rennes. À chacun de décider quelle vision de la culture et du marché de l’art il désire pour sa ville.

Nicolas Roberti

Vidéorama
7, rue de la Motte Fablet, 35000 Rennes, 02 99 79 07 65

Animula blandula vagula : Âme de diaphane intimité, hôtesse et compagne de mon corps, tu verses vers des lieux délavés, escarpés et dénudés, où ne résonnent tes jeux d’esprit…

5 Commentaires

  1. En lisant cet article, il y a de quoi être très en colère contre la politique culturelle rennaise et ce, depuis des années. En effet, « Vidéorama » est au cinéma à Rennes ce que fut jadis « Rennes Musique » pour la musique : une institution, un lieu de référence culturelle, une mine cinématographique. Or, on constate que les Socialistes à Rennes ont une politique culturelle uniquement d’affichage où il s’agit avant tout de soigner son Image tournée vers la chambre d’écho des médias tels que Télérama… La Mairie de Rennes défend surtout les grosses structures artistiques standardisées (Les Tombées de la Nuit, Les Transmusicales, Travelling, Mythos). Ceux qui oeuvrent dans l’ombre, ceux qui nourrissent le jugement de goût esthétique des rennais de façon quasi invisible, ceux qui avancent des propopositions culturelles anti-conformistes ne sont guère valorisés par l’équipe municipale de la Ville de Rennes. Cette dernière ne regarde, de façon restrictive, indécente et égoïste, que sa propre publicité et son reflet narcissique en terme d’image hexagonale. Aujourd’hui Vidéorama agonise. A qui le tour ? L’art, l’oeuvre d’art, les lieux culturels « underground » ne peuvent être que mal en point dans la Ville de Rennes lorsque l’on a, à l’égard de la culture, une conception de notable et de gestionnaire intransigeant.

    • Je suis tout a fait d’accord avec votre analyse de la politique culturelle de cette ville et j’irais même jusqu’à rappeler l’édito scandaleux du programme 98 ou 1999 d’unc ertian théâtre, genre : « … N’allez pas ailleurs au théâtre… méfiez vous des faux artistes… » Cela m’a fait penser à ce magnifique livre de Bohumil Rhabal, « une trop bruyante solitude » ou il se voit travailler dans une usine de recyclage de papier et jeter ses propres livres car le pouvoir communiste en place les a condamnes… Et c’est avec conviction que je soutiens Christian Lemarchand pour qu’il puisse continuer à nous proposer ce qu’on ne pourra trouver nulle part ailleurs. Dominique Prie

  2. D’autant qu’en période de crise, les budgets alloués à la culture devraient augmenter (même si ça fait bondir certains) afin d’aider au rapprochement et d’éviter les clivages sociaux. A quand le salaire universel, qui permettrait de poursuivre l’aventure Videorama sans se soucier de contingences matérielles ?. (Mais c’est un autre débat)

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