VICTOR ENFANT SAUVAGE TRUFFAUT

Le 26 février 1970, soit il y a un demi-siècle, sort sur les écrans le nouveau film de François Truffaut L’Enfant Sauvage, tiré des travaux du Docteur Jean Itard auprès du jeune Victor, enfant de 11 ans, capturé par des paysans quelques années plus tôt en 1798 au fin fond de la forêt de l’Aveyron.

« L’homme en tant qu’homme, avant l’éducation, n’est qu’une simple éventualité, c’est-à-dire moins même qu’une espérance. »

Jean Marc Itard

VICTOR ENFANT SAUVAGE TRUFFAUT

Ayant vécu à l’état sauvage pendant plusieurs années, « l’enfant-loup » — tel qu’il sera baptisé par la presse — ne sait ni marcher, ni parler, ni lire, ni écrire. D’abord transféré à Paris, à l’Institut des Sourds-Muets, Victor est rapidement diagnostiqué fou et incurable. Contre l’avis de ses collègues, le jeune médecin Itard — interprété par Truffaut lui-même — entreprend de s’occuper de son éducation dans sa demeure en compagnie de sa gouvernante — la délicate Françoise Seigner . Tous deux veilleront à contribuer à la formation intellectuelle et culturelle de l’enfant sauvage en vue de favoriser sa réinsertion dans la communauté sociale.

VICTOR ENFANT SAUVAGE TRUFFAUT

Situé entre la Sirène du Mississipi et Domicile conjugal, le neuvième long-métrage du cinéaste est le film des premières fois pour Truffaut : première collaboration avec Suzanne Schiffman à la mise en scène, première direction de la photographie confiée à Nelson Almendros et première rôle pour le réalisateur qui se fait acteur, mais à des fins pédagogiques, ce qui lui fera dire dans les Cahiers du cinéma :

« J’ai l’impression d’avoir dirigé ce film devant la caméra et non derrière comme je le faisais jusqu’à présent ».

VICTOR ENFANT SAUVAGE TRUFFAUT

Car c’est un fait, le thème du film gravite autour de l’apprentissage, et quoi de plus logique pour Truffaut que d’en être l’instigateur à l’écran, dans la peau de ce médecin qui s’obstine par de multiples procédés à reprendre l’éducation de Victor ayant vécu dans les bois comme un animal. Et si le naturel nous vient en partie par héritage, le culturel ne pourra venir que par des exercices et des enseignements spécifiques auxquels le docteur Itard va recourir sans relâche tout au long du film qui ne se lassera pas de porter un regard plein de chaleur vis-à-vis de l’enfant (à ce propos, on peut citer un an auparavant la sortie du film de Pialat, L’Enfance nue, autre portrait chargé de sympathie d’un enfant autrement instable et complexe).

L’autre grand thème de l’Enfant sauvage réside dans l’importance de la beauté de cette culture transmise, dans ces gestes répétés par lesquels un individu transmet et lègue ce qu’il a de plus précieux à un autre individu et, malgré l’intrusion du caractère scientifique et matérialiste de l’époque qui évite avec intelligence tout romanesque superflu (dans Combat, Henri Chapier parlera du soin de Truffaut à veiller à tout dépouillement pathétique), surgira une émotion intacte restituée dans un noir et blanc sobre et épuré, à laquelle viendront se mêler délicatement des airs de Vivaldi.

VICTOR ENFANT SAUVAGE TRUFFAUT

Jean-Pierre Cargol, qui interprète l’enfant, découvert par Jean-François Stévenin, second assistant et régisseur du film, joue le rôle de sa vie et poursuivra par la suite une carrière de guitariste dans le sillage de son oncle Manitas de Plata. Si dans le film l’enfant s’enfuit avant de revenir chez le docteur avec qui s’est tissé un lien quasi filial — et on imagine que l’éducation se poursuivra —, dans la vraie vie Victor connaîtra un destin nettement moins heureux, passant d’enfant sauvage à enfant martyr en raison de son autisme avéré. Ce qu’on ignore en revanche à ce jour c’est la véritable identité de Victor, ainsi que l’origine de sa famille, la période concernée se confondant malheureusement avec le désordre des registres et les tourments de la Révolution.

VICTOR ENFANT SAUVAGE TRUFFAUT

L’enfant sauvage, de et avec François Truffaut. Avec notamment Jean-Pierre Cargol et Françoise Seigner. 85′. 1970.

Retronews, le site de presse de la BnF

Pendant cinq années, le docteur Itard travaillera à l’adaptation sociale de cet enfant, mais ne parviendra jamais à le faire parler. Victor mourra en 1828, âgé d’une quarantaine d’années.

Après avoir été capturé par des paysans, un enfant sauvage est amené au Docteur Itard. La plupart du monde scientifique le considère comme un enfant attardé, mais le Docteur Itard va réussir à éveiller, en partie, ses capacités intellectuelles.

Un siècle et demi plus tard, le chirurgien Serge Aroles confrontera l’ensemble des données d’origine sur Victor avec les archives de dizaines d’autres cas d’enfants sauvages de par le monde. Selon lui, les cicatrices sur le corps de Victor ne sont pas celles d’une longue vie dans les bois, mais celles d’une maltraitance humaine. Et en viendra à cette glaçante conclusion :

« [Victor] était un faux enfant sauvage, mais assurément un authentique enfant martyr. »

Regardez l’enfant sauvage de François Truffaut

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